Fraude à 3 milliards de dollars : la Turquie démantèle un réseau dirigé par des Israéliens

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Fraude à 3 milliards de dollars : la Turquie démantèle un réseau dirigé par des Israéliens

Un réseau international d'escroquerie aux investissements, actif depuis près de dix ans et responsable de plus de trois milliards de dollars de préjudice, vient d'être démantelé par les autorités turques.
Neuf ressortissants israéliens figurent parmi les principaux organisateurs présumés de cette organisation, qui exploitait des centres d'appel dissimulés sous couvert de sociétés de conseil ou de tourisme.

Une opération coordonnée à grande échelle

Le parquet d'Istanbul a annoncé vendredi le démantèlement d'un vaste réseau international de fraude à l'investissement, à l'issue d'une opération menée conjointement avec le ministère turc de l'Intérieur, les services de renseignement nationaux, la police cybercriminelle et Interpol. Deux cent trente-neuf mandats d'arrêt avaient été délivrés, et deux cent une personnes ont été interpellées lors de perquisitions simultanées menées dans deux cent quatre-vingt-six adresses réparties entre Istanbul et la province de Muğla, dans le sud-ouest du pays. Les enquêteurs poursuivent leurs recherches pour localiser les suspects encore en fuite, notamment ceux résidant à l'étranger.

Des Israéliens présentés comme les organisateurs du réseau

Parmi les personnes arrêtées figurent quarante-cinq ressortissants étrangers originaires d'une vingtaine de pays, dont neuf Israéliens, onze Pakistanais et deux Marocains, ainsi que des citoyens azerbaïdjanais, syriens, jordaniens, ukrainiens, thaïlandais et indonésiens.
Selon le parquet d'Istanbul, les neuf Israéliens occupaient les postes de direction du réseau. Le ministre turc de la Justice, Akın Gürlek, a précisé que l'examen des structures de propriété des sociétés impliquées faisait apparaître une nette prédominance d'entités liées à Israël. L'enquête décrit une organisation structurée, dirigée selon les termes des procureurs turcs par des figures expérimentées du secteur de la fraude financière, qui auraient désigné des gestionnaires dans plusieurs pays pour créer des sociétés écrans et des centres de services servant de façade aux opérations frauduleuses.

Un mécanisme classique de fraude aux faux rendements

Le mode opératoire suivait un schéma désormais bien documenté par les autorités financières internationales. Des sociétés présentées comme des centres de conseil, de trading ou de tourisme démarchaient des investisseurs potentiels via les réseaux sociaux, en leur promettant des rendements élevés sur des placements en devises étrangères ou en cryptomonnaies. Les victimes commençaient par verser une somme modeste. Une fausse interface leur affichait ensuite des bénéfices fictifs destinés à les convaincre d'investir des montants toujours plus importants. Lorsqu'elles tentaient de récupérer leur argent, leur compte était bloqué et de nouvelles sommes leur étaient réclamées, sous prétexte de taxes ou de frais de déblocage. Les fonds collectés n'étaient jamais réellement investis mais transférés vers des comptes bancaires et des portefeuilles de cryptomonnaies contrôlés par le réseau.

Israéliens et Américains volontairement épargnés

Fait notable relevé par l'enquête turque, l'organisation évitait délibérément de cibler des citoyens israéliens et américains, concentrant ses activités sur des victimes situées en Malaisie, aux Émirats arabes unis, en Russie, au Royaume-Uni, au Canada, en Australie, en Irlande, en Chine et en Suisse. Cette sélection géographique des cibles limitait le risque de plaintes susceptibles de remonter jusqu'aux autorités israéliennes ou américaines et de déclencher une coopération judiciaire rapide avec la Turquie.

Une discipline interne digne du crime organisé

L'enquête a également mis en évidence un degré de clandestinité inhabituel au sein des centres d'appel. Les employés étaient soumis à des tests polygraphiques réguliers, interdits d'utiliser leur téléphone portable sur leur lieu de travail et même sommés de ne pas parler hébreu dans les locaux, afin de dissimuler l'origine du réseau à d'éventuels visiteurs ou autorités locales. Selon plusieurs médias israéliens, ce type d'organisation prolonge une filière plus ancienne, celle des options binaires, un secteur qui a employé pendant des années des milliers d'Israéliens et détourné des milliards de dollars à travers le monde avant que la pratique ne soit interdite en Israël. Une partie de ces anciens opérateurs se serait reconvertie dans les offres initiales de jetons numériques ou aurait délocalisé ses activités vers Chypre ou la Turquie.

Une affaire qui relance le débat sur la régulation israélienne

Ce nouveau dossier turc relance en Israël le débat récurrent sur la responsabilité de l'État dans l'exportation de ces pratiques frauduleuses. Malgré l'interdiction des options binaires votée par la Knesset en 2017, une partie du savoir-faire et des réseaux humains constitués durant cette période semble avoir migré vers d'autres juridictions et d'autres produits financiers, échappant ainsi à la surveillance des régulateurs israéliens. Les autorités turques ont indiqué que les investigations se poursuivaient pour identifier l'ensemble des ramifications financières du réseau et localiser les avoirs dissimulés, en coopération avec Interpol.

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