Grâce présidentielle controversée : Herzog efface le casier d'Elor Azaria contre l'avis de Tsahal

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Grâce présidentielle controversée : Herzog efface le casier d'Elor Azaria contre l'avis de Tsahal

Affaire Hébron : dix ans après, Herzog gracie Azaria en pleine veille de Kippour

Le président de l'État Isaac Herzog a signé, samedi soir à la veille de Yom Kippour, la décision de raccourcir la période de radiation du casier judiciaire d'Elor Azaria, l'ancien soldat condamné pour homicide à Hébron. Cette mesure de clémence, adoptée contre l'avis unanime du chef d'état-major et de la hiérarchie militaire, relance dix ans après les faits une controverse qui n'avait jamais totalement disparu.

Une décision prise en pleine période de pardon

La présidence a justifié ce choix par l'esprit des jours redoutables et de la période de miséricorde et de pardon qui précède Kippour. Dans les motifs avancés, Herzog évoque le temps considérable écoulé depuis les faits, près d'une décennie, ainsi que l'exécution complète de la peine de prison prononcée contre Azaria et l'écoulement du délai de prescription. La présidence met également en avant la situation familiale et médicale complexe traversée par la famille du soldat, ainsi que sa volonté de lever les obstacles professionnels qui pèsent encore sur lui.

Le dossier souligne enfin qu'Azaria, aujourd'hui père de deux enfants, a affirmé dans sa demande que les valeurs de Tsahal lui restent chères et qu'il élève ses enfants selon ces principes, tout en exprimant des regrets quant aux conséquences de l'affaire. Herzog a néanmoins tenu à préciser que l'institution de la grâce reste un acte de clémence et non une instance d'appel, et que cette décision ne remet nullement en cause les jugements de la justice militaire ni le principe de pureté des armes qui encadre l'usage de la force par les soldats israéliens.

Le commandement militaire s'oppose frontalement

La décision présidentielle intervient au terme d'un désaccord frontal et particulièrement vif entre le ministre de la Défense et l'état-major de Tsahal. Dans son avis officiel, le chef d'état-major Eyal Zamir avait tranché sans ambiguïté contre la demande de radiation. La position de l'armée, appuyée par le chef du personnel et la procureure militaire générale adjointe, insistait sur le caractère exceptionnel d'une telle mesure et relevait qu'Azaria s'était abstenu d'exprimer des remords ou d'assumer la responsabilité de ses actes, même dix ans après sa condamnation par le tribunal militaire. L'armée notait également l'absence de circonstances nouvelles suffisamment significatives pour justifier une exception.

Le ministre Katz avait poussé pour la grâce

À l'opposé, le ministre de la Défense Israël Katz avait déposé un avis totalement inverse, appelant à radier immédiatement le casier judiciaire. Il avait justifié sa position en estimant qu'il n'était pas raisonnable qu'un combattant distingué, condamné pour une infraction commise dans le cadre de son service opérationnel, continue de payer un prix aussi lourd dix ans après les faits. Katz appuyait également son raisonnement sur les bouleversements sécuritaires survenus depuis le 7 octobre et sur la libération de centaines de terroristes dans le cadre des accords sur les otages, mettant en garde contre le message négatif que continuerait d'envoyer le maintien du casier judiciaire aux combattants de Tsahal.

Après la publication de la décision samedi soir, le ministre Katz a salué le choix du président Herzog d'adopter sa recommandation, qualifiant la mesure de décision juste, humaine et appropriée, à la veille de Kippour, porteuse selon lui de l'esprit du pardon et de la possibilité d'ouvrir une nouvelle page. Il a ajouté que cette grâce envoie un message important aux combattants de Tsahal et à leurs familles, affirmant que l'État n'abandonne pas ses soldats.

Une affaire qui avait divisé Israël en 2016

L'affaire remonte à mars 2016, lorsqu'Elor Azaria, alors médecin militaire en service à Hébron, avait tiré une balle mortelle sur un assaillant palestinien déjà neutralisé et immobilisé au sol, plusieurs minutes après une attaque au couteau contre des soldats israéliens. La scène, filmée et largement diffusée, avait provoqué une onde de choc dans l'opinion publique israélienne, divisant profondément la société entre soutien au soldat et défense stricte des règles d'engagement militaires. Azaria avait été condamné par le tribunal militaire pour homicide involontaire et dégradé de son grade, avant de purger une peine de prison.

Un acte de clémence aux implications symboliques fortes

En choisissant de signer cette décision à la veille de Yom Kippour, jour le plus solennel du calendrier religieux juif consacré au repentir et au pardon, le président Herzog inscrit ce geste dans un registre hautement symbolique. La présidence insiste sur le fait que cette mesure de grâce ne constitue en rien une remise en cause du verdict judiciaire, mais reste circonscrite à un allègement administratif du casier judiciaire d'Azaria, dans un cadre légal distinct de toute révision du procès.

Cette décision intervient dans un contexte où le débat sur le statut d'Elor Azaria n'a cessé de resurgir dans le débat public israélien, certains responsables politiques et militaires réclamant régulièrement sa réhabilitation, tandis que d'autres continuent de défendre fermement les principes disciplinaires et éthiques de Tsahal face à ce type de dérive sur le terrain. Le désaccord affiché ouvertement entre le ministre de la Défense et le commandement militaire illustre la persistance de ces tensions internes, une décennie après les faits.

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