7 octobre : « ma mère criblée de balles, des bonbons dans les mains »la colère des rescapés face à NAZA

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7 octobre : « ma mère criblée de balles, des bonbons dans les mains »la colère des rescapés face à NAZA

 

NAZA fait le tour du monde, le massacre du 7 octobre reste ignoré : trois témoignages

Le documentaire NAZA, consacré aux accusations de tirs délibérés de Tsahal contre des civils à Gaza, connaît un succès international retentissant depuis son ovation à la Mostra de Venise. Pour Liora Ben-Tzur, Eran Mess et Ofer Lieberman, trois témoins du massacre du 7 octobre 2023, cette exposition ravive une autre colère : celle de voir le monde se passionner pour Gaza pendant que leur propre tragédie reste, selon eux, ignorée.

7 octobre 2023 : une naissance trente heures avant le massacre du Hamas

Le 5 octobre 2023, Liora Ben-Tzur, habitante du kibboutz Ein HaShlosha, donne naissance à sa troisième fille, Assif, à l'hôpital Assuta d'Ashdod. Son mari Dor, ses enfants et sa mère, Marcel Talia, viennent la voir avant de rentrer au kibboutz. Liora reste seule à l'hôpital avec son nouveau-né.

À 6h29, les sirènes du 7 octobre retentissent. Malgré le shabbat, elle comprend que quelque chose d'anormal se produit et tente de joindre les siens.
Sa mère, hébergée dans un logement à une centaine de mètres de la maison familiale, ne répond pas. Liora parvient à joindre Dor, réfugié avec les enfants dans la pièce sécurisée, et improvise depuis son lit d'hôpital une cellule de coordination, suivant les informations sur Telegram pour tenter de comprendre comment sauver sa famille.

Le témoignage de Liora Ben-Tzur sur le massacre d'Ein HaShlosha

Les deux frères de Liora quittent le sud du mont Hébron pour rejoindre Ein HaShlosha. Ils retrouvent Dor et les enfants vivants dans l'abri, qui leur indique où se trouve leur mère.
Ils découvrent Marcel Talia criblée de balles de kalachnikov, une femme de 65 ans, en pyjama, pieds nus, baignant dans son sang. Elle tenait encore des bonbons destinés à ses petits-enfants, réfugiés à cent mètres d'elle.
Le père de Liora était mort des années plus tôt dans un accident de tracteur. Dor, resté dans l'abri avec un simple couteau de cuisine pour seule protection, n'a jamais vu les terroristes entrer chez lui. Sa belle-mère, elle, a été assassinée à cent mètres de là.

Liora dénonce une vision du 7 octobre qui, selon elle, s'efface trop vite de l'attention mondiale, rappelant que les terroristes sont venus, pendant une fête juive, pour tuer, massacrer et torturer. Après avoir témoigné aux États-Unis, elle affirme avoir reçu des messages selon lesquels sa mère aurait mérité son sort parce que ses deux enfants avaient servi dans l'armée israélienne.
Face au succès international de NAZA, elle demande aux réalisateurs de venir rencontrer les familles endeuillées du 7 octobre et de présenter leurs excuses.

Eran Mess, réserviste de Tsahal, témoin du massacre de la rave Nova

Eran Mess, 48 ans, de Kiryat Ata, lieutenant-colonel de réserve, n'avait aucune raison de se trouver dans le Sud ce matin du 7 octobre. Alerté par son frère, il enfile son uniforme, prend son arme personnelle et roule seul vers le sud sans attendre d'ordre.
À Patish, il trouve des centaines de jeunes fuyant la rave Nova, certains blessés, et improvise un poste de commandement pour recenser les disparus.

En se rendant sur le site de la fête, il découvre des corps sur la route et croise des terroristes du Hamas, dont il affirme avoir abattu deux avec son arme de poing.
Sur place, il aperçoit ce qu'il prend d'abord pour un tas de bois en feu : ce sont des corps brûlés vifs, dont l'un lui tend la main dans un dernier geste avant de succomber.

Rejoint par des soldats, il continue à chercher des survivants avant de rassembler, à l'aide d'un tracteur trouvé sur place, environ une centaine de corps de victimes du massacre.

Depuis le 7 octobre, Eran Mess parcourt le monde pour témoigner et se heurte, dit-il, à des négations répétées de ce qu'il a vu de ses propres yeux. Il précise ne pas chercher la vengeance, mais s'inquiète de voir un film sur Gaza recueillir une ovation mondiale pendant que son propre témoignage peine à trouver le même écho.

Ofer Lieberman et les ouvriers de Gaza sauvés à Nir Am

À Nir Am, Ofer Lieberman a dirigé pendant trente ans l'agriculture du kibboutz, en collaboration avec des ouvriers venus de Gaza, certains employés depuis le début des années 1980.
Le matin du 7 octobre, un entrepreneur l'informe que des tirs ont visé ses ouvriers, blessant trois d'entre eux, avant que sa fille, membre du dispositif de sécurité du kibboutz, ne confirme la présence de terroristes dans la zone.

Dans l'après-midi, Lieberman participe avec une escouade d'intervention au sauvetage de dix ouvriers palestiniens de Gaza pris entre deux feux dans les champs. Ils sont extraits vivants, mais l'expérience le marque durablement. Sans preuve directe que ces ouvriers aient transmis des informations au Hamas, il estime que la précision des renseignements détenus par les terroristes sur les kibboutzim frontaliers a ébranlé une confiance construite pendant des décennies.

Lieberman juge honteux que la polémique autour de NAZA occupe autant l'espace public pendant que le 7 octobre s'efface du débat international. Il reconnaît que s'y opposer donne au film une tribune supplémentaire, mais rappelle que la première scène leur a été offerte par d'autres, non par les familles endeuillées. Pour lui, les faits du matin du 7 octobre restent simples : ils ont tiré sur nous et nous avons riposté, ils ne sont pas venus pour partager un café.

Pourquoi le succès du film NAZA ravive la colère des familles du 7 octobre

Les trois récits diffèrent, tout comme leurs réactions au film NAZA. Mais tous partagent le même constat : pendant que le documentaire sur Gaza recueille une ovation record à Venise et une attention politique mondiale, le massacre du 7 octobre 2023, ses pièces sécurisées, ses kibboutzim, ses routes et le site de la rave Nova, continue selon eux de disparaître des priorités internationales.

 

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