7 octobre : l'exfiltration d'une haute responsable du Shin Bet piégée dans un kibboutz de Gaza

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7 octobre : l'exfiltration d'une haute responsable du Shin Bet piégée dans un kibboutz de Gaza

 

Elle savait que si le Hamas la capturait vivante, ses propres collègues auraient dû la tuer. Deux ans après le 7 octobre, une haute responsable du Shin Bet, prise au piège dans un kibbutz de la ceinture de Gaza, raconte pour la première fois à visage découvert la course contre la montre menée par des combattants d'élite pour l'exfiltrer avant qu'elle ne tombe entre les mains des terroristes, sans jamais sacrifier les familles retranchées dans leurs abris.

Une menace jugée existentielle pour la sécurité de l'État

C'est une histoire restée scellée pendant deux ans. Ce mercredi soir, après le journal principal de Kechet 12, une responsable du Shin Bet a accepté de témoigner à visage découvert sur les événements du 7 octobre 2023. Ce jour-là, elle résidait dans un kibbutz situé sur la frontière avec Gaza, en pleine zone d'invasion des commandos du Hamas. Sa fonction au sein du renseignement intérieur israélien faisait d'elle une cible d'une valeur inestimable pour les terroristes, et sa capture vivante aurait constitué, selon les mots mêmes des responsables sécuritaires interrogés, un désastre stratégique pour Israël.

Le témoignage a été recueilli pour "Uvda", l'émission d'investigation phare de la journaliste Ilana Dayan, diffusée sur Kechet 12.

L'ancien chef de la division Sud du Shin Bet, qui s'exprime lui aussi dans le document, résume l'enjeu en une comparaison saisissante. Selon lui, la perdre équivaudrait à voir le chef de la division de reconnaissance d'AMAN, le renseignement militaire, tomber aux mains de l'ennemi. Il insiste sur l'ampleur des connaissances que détenait cette femme, sur son niveau d'accès et sur l'intimité de ses liens avec des dossiers sensibles, autant d'éléments qui faisaient d'elle ce que le jargon sécuritaire israélien appelle un "actif à extraction obligatoire".

"Il était clair pour tout le monde qu'il aurait fallu me tuer"

Le témoignage de la commandante elle-même donne la mesure du danger qu'elle représentait à ses propres yeux. Elle explique avoir compris, dès les premières heures de l'attaque, que sa capture vivante n'était pas une option envisageable pour ses collègues. Sa phrase, reprise par plusieurs médias israéliens ce mercredi, est sans détour : si elle tombait aux mains du Hamas, il aurait fallu la tuer plutôt que de la laisser être emmenée à Gaza, tant les informations qu'elle détenait auraient pu, entre les mains des terroristes, causer un dommage considérable à la sécurité d'Israël.

Ce niveau de lucidité, exprimé à froid deux ans après les faits, donne une idée du degré de préparation mentale exigé des agents de haut rang du renseignement israélien confrontés à un scénario d'enlèvement. Le document rappelle que cette réalité n'était pas propre à cette seule commandante, mais qu'elle s'imposait à tout officier détenant un niveau d'habilitation comparable, présent ce jour-là dans les kibboutzim de la ceinture de Gaza.

Un combattant de l'unité Tequila raconte l'arbitrage impossible

Le récit prend une dimension supplémentaire grâce au témoignage d'un combattant de l'unité Tequila, une unité d'intervention conjointe entre le Shin Bet et la police, aujourd'hui réserviste après avoir combattu ce jour-là. Il décrit une mission aux priorités contradictoires, où il fallait à la fois organiser au plus vite l'exfiltration de la commandante et, simultanément, porter secours à des familles retranchées dans leur pièce sécurisée, en train de résister physiquement aux terroristes qui tentaient d'en forcer la porte.

Selon son témoignage, la doctrine adoptée sur le terrain était claire : la commandante devait sortir le plus tôt possible et ne devait en aucun cas tomber entre les mains du Hamas, tant la quantité d'informations sensibles qu'elle détenait rendait sa capture inacceptable. Mais il précise aussitôt que cette exfiltration ne pouvait pas se faire au détriment des familles en danger immédiat de mort, en train de lutter physiquement contre des terroristes cherchant à pénétrer dans leur abri. La priorité, insiste-t-il, restait la vie des civils avant toute autre considération opérationnelle, y compris la protection d'un actif stratégique du renseignement.

Un document qui éclaire les arbitrages du 7 octobre

Ce témoignage vient s'ajouter à la masse déjà considérable de récits individuels publiés depuis deux ans sur les événements du 7 octobre, mais il apporte un éclairage rare sur la manière dont les unités d'élite israéliennes ont dû hiérarchiser leurs interventions en temps réel, au cœur du chaos, entre la protection d'agents détenteurs de secrets d'État et le sauvetage de civils en danger de mort immédiat. Il illustre aussi la nature des dilemmes auxquels ont été confrontés, dans les toutes premières heures de l'invasion, des combattants souvent livrés à eux-mêmes, sans chaîne de commandement clairement établie.

L'identité complète de la commandante n'a pas encore été rendue publique au moment de la diffusion, l'interview mettant l'accent sur son parcours et sur la reconstitution des événements plutôt que sur les détails biographiques permettant de l'identifier précisément. Le document devait être diffusé ce mercredi soir sur Kechet 12, immédiatement après le grand journal télévisé de la chaîne.

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