Massacres et pogroms des Juifs : 2 483 crimes recensés, 33 siècles de haine mis à nu sur Zakhor.ai

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Massacres et pogroms des Juifs : 2 483 crimes recensés, 33 siècles de haine mis à nu sur Zakhor.ai

 

Massacres des Juifs et pogroms à travers l'histoire : le catalogue qui construit la mémoire juive

2 483 pogroms et massacres des Juifs, de l'Égypte pharaonique aux attentats de 2025, sans oublier le pogrom du 7 octobre 2023 en Israël, sont aujourd'hui recensés ligne par ligne sur Zakhor.ai. Ce travail de mémoire juive, unique par son ampleur, appelle chacun à y ajouter le nom de sa propre communauté.

Un catalogue des massacres des Juifs sans précédent

Sur Zakhor.ai existe désormais une page qui ne se lit pas d'une traite : Massacres et pogroms. Elle recense, événement après événement, ce qui a été fait aux Juifs parce qu'ils étaient juifs. Pour chaque entrée, une date, un lieu, un bilan, établis à partir des sources historiques disponibles.

Le compteur affiche aujourd'hui 2 483 événements. Trente-trois siècles d'histoire y sont couverts, depuis l'ordre d'infanticide de Pharaon, douze siècles et demi avant notre ère, jusqu'aux attentats de 2025. Près d'une centaine de pays et territoires sont représentés.
Le chiffre donne le vertige, et il reste pourtant incomplet : des milliers d'épisodes locaux ne survivent que dans une ligne de chronique, ou ont disparu de toute mémoire écrite. Pour la Shoah seule, chaque bourgade d'Europe de l'Est a connu sa propre Aktion, et seuls les sites et opérations majeurs figurent dans la liste actuelle.

C'est pourquoi la plateforme fait appel à chacun. Une archive familiale, un livre du souvenir, l'histoire orale d'une communauté suffisent à proposer un événement manquant depuis la page elle-même. Chaque contribution est relue avant publication. Chaque ligne ajoutée redonne un nom à une communauté effacée.

Ce que révèlent les pogroms recensés depuis trois mille ans

Mis bout à bout, ces 2 483 événements dessinent une mécanique qui se répète, d'un siècle et d'un continent à l'autre, avec une régularité glaçante.

Une accusation précède presque toujours le massacre : un incendie imputé à Antioche en l'an 70, un enfant prétendument assassiné à Norwich en 1144 puis à Blois, Fulda, Lincoln et Trente, une hostie profanée, des puits empoisonnés en 1321 puis en 1348. L'accusation est absurde, mais on la « prouve » sous la torture avant de la faire circuler de ville en ville.

Une crise précède presque toujours la violence : peste, guerre civile, croisade, mort d'un roi, changement de dynastie. À Strasbourg, en février 1349, la communauté est brûlée deux jours avant que la peste n'atteigne seulement la ville. Le bouc émissaire n'attend pas la catastrophe, il la précède.

Le calendrier et l'argent reviennent sans cesse. Les violences éclatent volontiers à la Semaine sainte, un jour de chabbat ou de fête. Et la dette apparaît presque toujours en arrière-plan : à York en 1190, les émeutiers brûlent les registres de créances dans la cathédrale, juste après avoir exterminé la communauté.

Le pouvoir se montre ambivalent. Des évêques et des princes protègent, parfois au péril de leur propre autorité. Mais les mêmes souverains taxent, confisquent, expulsent, rappellent contre rançon puis expulsent à nouveau. Quand la foule gronde, la protection cède presque toujours. Le refuge devient alors un piège : à Worms, Mayence, York ou Nemirov, le palais de l'évêque ou la tour du château, censés protéger, deviennent le lieu même du massacre.

Tout commence par le marquage : la rouelle, le vêtement distinctif, le mellah, le ghetto préparent le terrain. Et certaines villes sont frappées encore et encore : Kitzingen, en Franconie, voit sa communauté détruite trois fois en un demi-siècle, à chaque fois reconstruite par des Juifs revenus.

Le foyer de la violence se déplace à travers les âges, de la Judée romaine à la Rhénanie des croisades, puis à l'Espagne de 1391 et 1492, à l'Ukraine de 1648 et 1768, à l'Empire russe, à l'Europe entière, au monde arabe, et enfin au terrorisme mondialisé d'aujourd'hui. Il suit les exilés vers leurs refuges successifs. Les justifications changent, théologiques puis économiques puis raciales puis politiques, mais la mécanique demeure identique.

Pourquoi la mémoire juive ne peut pas être sélective

On pourrait objecter que la mémoire devrait célébrer la vie plutôt que compter les morts. Mais dans la tradition juive, le commandement de mémoire n'a jamais été sélectif.

Zakhor, souviens-toi : le verbe traverse la Bible comme un fil conducteur. Au Deutéronome, il s'applique précisément au souvenir d'une agression, celle d'Amalek, à travers deux injonctions pour un même devoir, l'une active et l'autre négative. Se souvenir du mal subi n'est pas une complaisance, c'est une obligation.

Le peuple juif l'a traduit en pratiques concrètes à chaque génération. Après les massacres rhénans de 1096, les communautés composent la prière Av HaRahamim, encore récitée chaque chabbat dans les synagogues ashkénazes.
Des Memorbücher consignent les noms des martyrs pour qu'ils soient lus à voix haute.
Après le bûcher de Blois en 1171, Rabbenou Tam institue un jeûne le 20 Sivan, renouvelé par le Conseil des Quatre Pays après 1648.
La liturgie de Yom Kippour pleure les dix martyrs de l'époque d'Hadrien, et les kinot de Tisha beAv, jour auquel se rattache aussi l'expulsion d'Espagne, rassemblent en une seule journée de deuil des siècles de destructions.
Au vingtième siècle, les survivants ont écrit des centaines de livres du souvenir, les Yizker-bikher, un par shtetl anéanti. Le catalogue de Zakhor.ai s'inscrit modestement dans cette même lignée.

Se souvenir, c'est d'abord rendre un nom à ce que le bourreau voulait effacer. C'est ensuite comprendre : les schémas révélés par ce catalogue, l'accusation fantasmatique, la crise, le bouc émissaire, la protection qui cède, se reconnaissent encore aujourd'hui.
La mémoire est une forme de vigilance. C'est enfin refuser le dernier mot au persécuteur, car oublier les victimes reviendrait à les tuer une seconde fois.

Une précaution s'impose toutefois. L'historien Salo Baron mettait en garde contre une conception larmoyante de l'histoire juive, qui la réduirait à une suite de malheurs. Il avait raison : ce catalogue n'est pas l'histoire juive, il en est l'ombre portée. C'est pourquoi il voisine sur Zakhor.ai avec les familles, les généalogies et les grands livres, c'est-à-dire avec la vie elle-même.

Comment les massacres des Juifs ont façonné le judaïsme

Il existe une raison plus profonde encore de se souvenir. On ne comprend ni la pensée juive, ni la sociologie juive, ni sans doute le judaïsme tel qu'il se pratique aujourd'hui, sans ces événements. Le judaïsme n'a pas été « fait » par les persécutions, mais il a répondu à chacune d'elles, et ses réponses l'ont transformé.

Quand Rome rase le Temple en l'an 70 puis écrase Bar Kokhba, les sages de Yavné font le choix de la reconstruction par l'étude : la prière remplace le sacrifice, la synagogue remplace le Temple, la mise par écrit de la Mishna puis du Talmud répond en partie à la peur de voir la tradition orale se perdre dans la tourmente.
Sous les persécutions d'Hadrien, les sages réunis à Lod fixent les limites du martyre et font naître le Kiddouch ha-Chem comme catégorie de la loi juive ; mille ans plus tard, Maïmonide répondra de la même manière aux conversions forcées almohades.

Après l'expulsion d'Espagne en 1492, les exilés se retrouvent à Safed, où Joseph Karo compose le Choulhan Aroukh, code qui unifie encore aujourd'hui la pratique juive, tandis qu'Isaac Louria y élabore une kabbale de la réparation du monde que l'historien Gershom Scholem a lue comme une réponse au traumatisme de l'exil.

Les massacres de 1648 laissent le monde juif d'Europe orientale exsangue, ouvrant la voie à la ferveur messianique de Sabbataï Tsvi puis, dans les mêmes terres meurtries, à la naissance du hassidisme.
Après les pogroms russes de 1881, plus de deux millions de Juifs quittent l'Europe orientale ; Léon Pinsker publie Autoémancipation en 1882, les premiers pionniers partent pour la Palestine, et le poème de Bialik après le pogrom de Kichinev en 1903 nourrit l'autodéfense juive.
Le sionisme politique n'est pas réductible à une réponse aux persécutions, mais il en reste inséparable. Après la Shoah, l'État d'Israël naît trois ans après la libération des camps, tandis que la philosophie juive se reconstruit autour de la catastrophe, entre le « 614ᵉ commandement » d'Emil Fackenheim et le témoignage devenu vocation chez Elie Wiesel.

Ces épreuves ont aussi façonné une véritable sociologie de la survie.
Une communauté expulsée ne peut emporter ses terres, elle emporte son savoir, d'où la valeur accordée à l'étude et aux métiers transportables.
Une minorité menacée s'organise en kehila, avec ses caisses, sa justice, sa solidarité, et fait du rachat des captifs une obligation prioritaire.

L'Alliance israélite universelle naît en 1860 dans le sillage de l'affaire de Damas et de l'affaire Mortara.
La géographie juive elle-même, de Salonique à Amsterdam, de la Pologne à New York et Tel-Aviv, dessine une carte des refuges successifs.
L'historien Yosef Hayim Yerushalmi a analysé cette recherche séculaire de la protection du pouvoir central contre la foule, cette « alliance royale » dont la faillite au vingtième siècle fut tragique.
C'est d'ailleurs à Yerushalmi, et à son ouvrage Zakhor, que le site doit son nom : il y montrait que le peuple juif a longtemps entretenu moins une histoire qu'une mémoire, liturgique, rituelle, collective. Le catalogue de Zakhor.ai tente de réconcilier les deux, en apportant la rigueur de l'historien, dates, lieux, bilans jamais arrondis, au service d'une mémoire qui refuse l'oubli.

Participez à la mémoire juive : ajoutez le nom manquant

Ce catalogue de pogroms et de massacres des Juifs ne sera jamais complet, et c'est précisément pour cela qu'il doit rester vivant. Parcourez-le. Cherchez-y la ville de vos ancêtres. Et si un nom manque, si une date ou une communauté échappe encore à la liste, proposez-la sur Zakhor.ai.

Chaque ligne ajoutée répond, à travers les siècles, à l'injonction la plus ancienne de la tradition juive.

Zakhor. Souviens-toi.

Participer à la construction de ce catalogue en vous inscrivant 

 

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