En Dordogne, une famille israélienne ouvre sa ferme aux voyageurs pour dormir et se régaler

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En Dordogne, une famille israélienne ouvre sa ferme aux voyageurs pour dormir et se régaler

Le gîte de Rotem et Ouri Bar en Dordogne : manger et dormir chez la famille de Lior Dayan

Rotem et Ouri Bar ont quitté Israël voici plus de dix ans pour un domaine de huit hectares en Dordogne, sans parler un mot de français ni détenir de passeport européen. Le couple qui a élevé Lior Dayan depuis sa petite enfance a construit dans le Périgord une ferme d'accueil et un potager florissant, où fils adoptif, petits-enfants et voyageurs du monde entier se retrouvent chaque année.

Le fils d'Assi Dayan a grandi dans leur foyer

L'histoire de Rotem et Ouri Bar est indissociable de celle de Lior Dayan. Rotem avait 22 ans quand une habitante du kibboutz voisin de Dvir lui a demandé d'accueillir, pour quelques mois seulement, un bambin d'un an et dix mois.
Cet enfant était le fils d'Assi Dayan et de Caroline Langford. Assi Dayan, réalisateur, acteur et scénariste, était l'une des figures les plus marquantes du cinéma israélien avant sa mort en 2014, et le plus jeune fils du général et ministre de la Défense Moshe Dayan et de la militante pour la paix Ruth Dayan. Caroline Langford, comédienne et seconde épouse d'Assi Dayan, s'est éteinte récemment après un combat contre le cancer.

Les quelques mois d'accueil ne se sont jamais achevés. Lior a grandi chez Rotem et Ouri comme leur propre fils, aux côtés de Neta et Sitav, nés par la suite. Aujourd'hui adulte et père de deux enfants, il reste extrêmement proche du couple, que ses propres enfants considèrent comme leurs grands-parents. Une chambre à l'étage de la maison du Périgord lui reste toujours réservée, ainsi qu'à ses enfants.

Un rêve né en 1984, réalisé trente ans plus tard

Le projet de vivre en France a germé lors d'un voyage du couple en 1984. Il aura fallu attendre 2014, quand Rotem avait 52 ans et Ouri 60, pour qu'ils quittent le moshav Avigdor, dans le sud d'Israël, et se lancent dans cette nouvelle vie.
Leur première étape, en Limousin, s'est révélée décevante à cause d'un hiver interminable. Ils ont alors sillonné pendant trois mois le sud-ouest de la France et la côte atlantique, avec l'idée que ce qui les séduirait en hiver les séduirait plusieurs fois plus en été.

C'est à Brantôme, petite cité du Périgord traversée par la rivière Dronne, qu'ils ont eu le coup de cœur décisif, autour d'un café pris dans un bar du village.
Brantôme doit sa réputation à une ancienne abbaye bénédictine fondée en 769, désaffectée depuis la Révolution française, dont les reliques attirent encore de nombreux pèlerins. Ses frontières se confondent avec celles d'une île entièrement cernée par les bras de la Dronne, ce qui lui vaut son surnom de Venise verte du Périgord. Le village attire aujourd'hui plus de 120 000 visiteurs par an et reste très animé grâce à son marché hebdomadaire du vendredi, complété l'été par un second marché le mardi.

Une installation sans visa facilitée par une boutique de cosmétiques

S'installer en France passé la cinquantaine, sans nationalité européenne et sans parler français, a demandé de l'ingéniosité. Pour obtenir un titre de séjour, le couple a ouvert une boutique d'importation de produits de la mer Morte à Brantôme. La vente en boutique s'est vite révélée être ce que Rotem détestait le plus au monde. La situation s'est débloquée lorsque Ouri a obtenu la nationalité portugaise, ce qui leur a permis de fermer le commerce et de se consacrer entièrement à la recherche de leur domaine et au développement de leur activité touristique, entre chambre d'hôtes, visites guidées et repas.

Une maison trouvée grâce à un pommier

Ce n'est pas une agence immobilière qui leur a permis de trouver leur maison, mais un pommier. Une voisine leur a parlé d'un couple anglo-américain âgé qui peinait à récolter les fruits d'un arbre imposant dans son jardin. Rotem et Ouri se sont proposés pour aider à la cueillette, ont partagé un café avec les propriétaires et sont tombés sous le charme des lieux, huit hectares en partie boisés à seulement trois kilomètres du bourg mais complètement isolés. Quand les propriétaires ont expliqué vouloir s'installer plus près du centre-ville par crainte de ne plus pouvoir conduire un jour, Rotem leur a aussitôt proposé de racheter la propriété.

Le domaine comprenait une maison de campagne de deux étages, une cuisine déjà rénovée et un gîte indépendant baptisé Home in the Dordogne. Le couple y a fait creuser une piscine, destinée à la fois à sa famille et à ses hôtes.

Un potager et un verger qui nourrissent la maison au fil des saisons

Malgré un sol rocailleux au sommet de la colline, Rotem et Ouri ont transformé leur terrain en un jardin d'abondance. Le verger compte pommiers, pêchers, cognassiers, cerisiers, pruniers, poiriers, abricotiers, un pacanier, des oliviers, des figuiers et des vignes, sans oublier quelques kiwis et bananiers. Le potager fournit selon la saison tomates, concombres, poivrons, courgettes, aubergines, haricots, poireaux, patates douces et herbes aromatiques, complétés par un champ de pommes de terre à proximité. Le poulailler donne des œufs frais, les poules étant considérées comme des compagnes plutôt que comme de la volaille destinée à l'assiette.

La maison de 140 mètres carrés s'organise autour de la cuisine de Rotem, qui a étudié l'architecture d'intérieur au Technion. Elle y prépare confits de foie gras d'oie et de canard, confitures maison, gâteaux et plats traditionnels, en pratiquant les techniques de conservation des légumes et des fruits pour lesquelles le Périgord est réputé.

De l'accueil à la ferme aux tournées gastronomiques

Les hôtes du gîte, israéliens comme voyageurs internationaux, profitent d'une expérience de la ferme à la table, avec des repas de bienvenue organisés autour des produits du domaine. Certains préfèrent cuisiner eux-mêmes dans le gîte équipé après avoir fait leurs courses au marché local, d'autres choisissent une visite culinaire guidée par Rotem, ou encore un repas payant directement chez le couple.

C'est cette activité d'accueil qui a donné naissance à la nouvelle spécialité de Rotem, les tournées culinaires guidées. La région se prête particulièrement à ce type d'expérience, avec ses marchés villageois hebdomadaires où producteurs locaux proposent fromages, miel, noix, légumes et produits artisanaux, ainsi que la possibilité de faire du canoë sur la Dronne ou une croisière fluviale commentée pour découvrir le patrimoine local. Rotem emmène des couples ou de petits groupes de huit personnes maximum à la rencontre de marchés paysans authentiques, de fromagers artisanaux, de producteurs de champignons, d'un élevage de caviar local et d'une huilerie à noix vieille de sept siècles qui fonctionne toujours à la force de l'eau.

Comment s'y rendre depuis Israël

Avant la pandémie de Covid-19, des vols directs reliaient Israël à Bordeaux, à environ 120 kilomètres du domaine. Brantôme se trouve à environ 60 kilomètres de Bergerac et 69 kilomètres de Limoges. Pour les voyageurs israéliens, la solution la plus pratique reste de rejoindre Paris, puis de louer une voiture ou de prendre le TGV jusqu'à Angoulême, à environ deux heures et demie de la capitale, avant de terminer le trajet en voiture de location en une heure environ.

Un bilan sans regrets malgré les crises

Plus de dix ans après leur installation, Rotem et Ouri Bar regardent le chemin parcouru avec sérénité. La pandémie a fermé le ciel alors que leur gîte affichait complet un an à l'avance, puis la guerre en Israël et les turbulences internationales ont suivi, sans jamais entamer leur tranquillité intérieure. Ils n'ont pas fait fortune, mais ce n'était pas leur objectif : ils ont gagné dix années calmes et pleines, où il suffit toujours d'aller cueillir une tomate fraîche au jardin.

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