Ba Mikat B — Bat Yam, Épisode 5 : Ce que l’on croit pour tenir

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Ba Mikat B — Bat Yam, Épisode 5 Ce que l’on croit pour tenir

Ba Mikat B — Bat Yam, Épisode 5

3h du matin. L’alerte retentit.

Je calcule. Entre l’alerte et l’alarme, il s’écoule quelques minutes. Parfois aucune alarme ne suit. Je parie. Je me rendors.

Mauvais pari.

Du fond de mon sommeil, l’alarme rugit. Je bondis, le cœur battant, plaquée contre le mur porteur — ce mur qui, dans ma tête, fait la différence entre la vie et un éclat de métal traversant une fenêtre ouverte.

Je n’ai pas eu la force de descendre au Miklat. Je l’avoue.

J’attends. Les explosions successives, caractéristiques des missiles à fragmentation, résonnent, proches. Trop proches. J’apprendrai quelques instants plus tard qu’il y a eu un impact à Petah Tikva — à quelques kilomètres. Puis le silence.

Je retourne me coucher.

Une nuit presque comme les autres.

La vie, dans la journée, reprend ses droits. Les centres commerciaux débordent, les restaurants affichent complet, et les Israéliens font ce qu’ils font de mieux : contourner la loi juive tout en la respectant scrupuleusement. Pizza casher pour Pessah. Pain spécial. Un sport national. Un art de vivre.

La vie, coûte que coûte.

De retour au bureau, vers 16 heures : nouvelle alerte, nouvelle alarme. La seconde de la journée. Je file dans la cage d’escalier.

Mon voisin âgé m’accueille avec un sourire réprobateur :

« Alors, où tu étais passée ? On ne t’avait pas vue ! »

Je ris.

« Quoi, c’est devenu un lieu de rendez-vous ? »

« Bien sûr — on s’inquiète quand quelqu’un manque à l’appel. »

Descend de l’étage du dessus notre autre voisin, sa femme et ses deux petites filles, l’une encore dans les bras de sa mère, en pyjama.

Et là, dans cette cage d’escalier servant d’abri improbable, je pose la question qui me taraude depuis des jours.

Pourquoi l’Iran, qui veut notre disparition totale — civils, enfants, bébés, sans distinction — ne lance-t-il que quelques missiles par jour ?

La veille du Seder, les alertes s’enchaînaient comme les contractions d’un accouchement. Puis… presque rien.

Mon voisin me regarde et répond simplement :

« Parce qu’ils n’ont plus de stocks. Ils en fabriquent quelques-uns par jour dans les rares usines encore debout — et ils les envoient aussitôt. Ce sont des missiles tout frais sortis du four. »

Des missiles artisanaux. Fabriqués la nuit, lancés le matin.

L’explication est nette. Rassurante. Presque trop.

Je ne sais pas si elle est vraie.

Peut-être qu’elle l’est en partie. Peut-être pas du tout.

Car une guerre ne se mène pas seulement avec des stocks, mais avec des calculs. Tester les défenses. Maintenir une pression constante sans provoquer l’irréparable. Avancer par à-coups, pour ne jamais laisser l’autre respirer ni réagir pleinement.

Alors non, peut-être que ces missiles ne sont pas les derniers.

Peut-être qu’ils sont simplement dosés.

Mais dans cette cage d’escalier, à cet instant précis, la vérité importe moins que ce qu’elle permet de tenir.

Croire que l’ennemi s’épuise. Que ses moyens diminuent. Que demain sera un peu moins dangereux qu’hier.

Une hypothèse fragile, peut-être. Mais une nécessité.

Un régime qui se targue depuis 47 ans de nous effacer de la carte… et que l’on imagine désormais à bout de souffle.

Et si, au fond, la cage d’escalier de Bat Yam ne révélait pas la réalité de la guerre — mais celle de ceux qui la vivent ?

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