Shoah - Ivan Demjanjuk devant ses crimes

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Article d'Alain Vincenot paru dans "Francesoir.fr"

Accusé d’avoir participé à l’assassinat de 29.000 Juifs à Sobibor. Mercredi, Jochen Menzel, le directeur de la prison de Stradelheim, à Munich, a été formel : « Son état de santé est bon. Il est même meilleur que ce que l’on peut s’attendre à observer chez un homme de 89 ans. »

La faiblesse de John Demjanjuk était un des arguments utilisés par ses avocats pour éviter son extradition vers l’Allemagne. Multipliant les recours, ceux-ci osaient même affirmer que, souffrant d’insuffisance rénale, d’affection de la moelle osseuse, de leucémie et d’anémie, il ne supporterait pas une telle mesure et la qualifiaient de torture.

Mise au point du ministère américain de la Justice : « Aucun rapport médical fourni par le demandeur n’étaye l’affirmation selon laquelle voyager ou être incarcéré pourrait être assimilable à de la torture étant donné son état de santé. » Quant au porte-parole du parquet de Munich, Anton Winkler, il souligne : « Il va être dans un premier temps placé dans le service hospitalier de la prison », établissement, précise-t-il, où Adolf Hitler avait été incarcéré quelques mois en 1922.

John Demjanjuk figure sur la liste des « criminels de guerre nazis les plus recherchés » établie par le Centre Simon-Wiensenthal.

Il est soupçonné d’avoir participé à l’assassinat de 29.000 Juifs dans le camp d’extermination de Sobibor, en Pologne, où il a été gardien du 27 mars à la fin septembre 1943. Une « usine de mort » que le Bureau des enquêtes spéciales du département de la Justice (OSI) américain décrit comme « le lieu ressemblant le plus à l’enfer qui ait jamais été construit sur cette planète ».
« Aktion Reihnardt »

Cerné par une triple enceinte de barbelés et un champ de mines d’environ 15 m de large, c’est le deuxième camp construit dans le cadre de l’« Aktion Reinhardt », nom de code du plan visant l’extermination des Juifs de Pologne. Il doit son nom à un petit village du centre du pays, situé à 5 kilomètres à l’ouest de la rivière Bug et à 8 kilomètres au sud de Wlodawa, que dessert une gare de chemin de fer sur la ligne Chelm-Wlodawa.

D’avril 1942 à sa fermeture, en octobre 1943, à la suite d’une révolte de déportés, 250.000 hommes, femmes, enfants, vieillards, y furent assassinés.

Pour la plupart des Juifs polonais des districts de Lublin et de Chelm, mais également de Tchécoslovaquie, d’Allemagne, d’Autriche, de Hollande, ainsi que quatre mille venus de France, rappelle Serge Klarsfeld, le président de l’association des Fils et filles de déportés juifs de France. L’extermination d’un convoi de vingt wagons, soit plus de mille malheureux, prenait de deux à trois heures.

Aujourd’hui, Avner Shalev, président du Mémorial Yad Vashem de Jérusalem, parle d’un « procès juste » qui aura bientôt lieu en Allemagne. Ajoutant : « C’est un symbole que le monde reste conscient. »

 
Un bourreau en quelques dates

3 avril 1920. Naissance à Dubowije Macharinzjy, près de Kiev, en Ukraine, d’Ivan Nikolaiewitsch Demjanjuk.
Printemps 1942. Capturé par les Allemands, alors qu’il combat dans l’armée soviétique, il est recruté pour servir d’auxiliaire des SS dans les camps. Affecté d’abord au camp de Treblinka, il sera ensuite dirigé vers Sobibor et Majdanek, en Pologne, puis Flossenbourg, en Bavière.
1952. Il s’installe aux Etats-Unis avec sa femme, dont il a fait la connaissance dans un camp de personnes déplacées, change de prénom et devient John. Il vit d’abord dans l’Indiana, puis à Steven Hills, dans l’Etat de l’Ohio. Il trouve un emploi d’ouvrier dans l’usine automobile.
14 novembre 1958. Il reçoit la nationalité américaine.
1977. D’anciens déportés du camp de Treblinka le reconnaissent. C’est, affirment-ils, Ivan le Terrible, un des gardes les plus cruels.
1983. Il est déchu de la citoyenneté américaine pour avoir menti sur son passé de gardien de camp.
1986. Les Etats-Unis l’extradent vers Israël pour qu’il y soit jugé.
1993. En raison d’un doute sur son identité, la Cour suprême d’Israël annule sa condamnation à mort pour crimes contre l’humanité. Et l’expulse vers les Etats-Unis.
2002. Les Etats-Unis rouvrent le dossier.
2008. Un tribunal régional de Munich, en Allemagne, se déclare compétent pour le juger. Motif : il a vécu dans la région en 1952. La Cour suprême américaine déboute l’appel de Demjanjuk, qui conteste l’ordre de son expulsion vers l’Allemagne.
11 mars 2009. Le tribunal de Munich l’inculpe pour sa responsabilité dans l’assassinat de plus de 29.000 Juifs.
11 mai 2009. Il est expulsé des Etats-Unis vers l’Allemagne.

La conférence de Wannsee et la solution finale

Une discrète villa en bordure du lac de Wannsee à Berlin. Le 20 janvier 1942, Reinhard Heydrich, adjoint d’Heinrich Himmler et directeur de l’Office central de sécurité du Reich, réunit quinze dignitaires du régime nazi. Sous le nom de code « Solution finale » sont établies les modalités de la destruction des Juifs d’Europe. Reinhard Heydrich fixe un chiffre : onze millions d’hommes, de femmes et d’enfants à « traiter ».

Et il s’agit d’associer à cette entreprise d’extermination l’ensemble des rouages de l’Etat. Même si les Einsatzgruppen (unités mobiles d’extermination) sévissent déjà, épaulés par des supplétifs locaux, à l’arrière des armées allemandes, multipliant massacres et atrocités dans les pays d’Europe de l’Est et en Union soviétique, cette « conférence de Wannsee » va incarner le caractère industriel de la Shoah : les chambres à gaz des camps d’extermination.

Celles-ci vont permettre de « déshumaniser » les tueries, qui finissaient par atteindre psychologiquement les assassins. Et surtout d’augmenter considérablement le nombre des victimes.

A la différence des camps de concentration, qui furent essentiellement des camps de détention et de travail, même si beaucoup de déportés mouraient de faim, d’épuisement ou sous les coups, les camps d’extermination, eux, furent des « usines de mort ».

Leur vocation première se résumait à un impératif : anéantir le maximum de Juifs. Le premier fut celui de Chelmno, dans la partie de la Pologne annexée par l’Allemagne, puis ceux de Belzec, Sobibor et Treblinka, implantés dans le secteur du Gouvernement général de Pologne. Le plus important, Auschwitz-Birkenau, près de Cracovie, disposait, au printemps 1943 de quatre chambres à gaz qui ont englouti jusqu’à huit mille déportés par jour.

A peine descendus des convois, ces derniers étaient directement poussés jusqu’au bout de la sinistre rampe où les SS leur promettaient une « douche ». Autre camp d’extermination : Maïdanek, toujours en Pologne, qui auparavant avait été un camp de prisonniers de guerre, puis un camp de concentration.

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