Alya/ado: Jérémie par Bernard Zanzouri

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                                                               Alya/ado: Jérémie par Bernard Zanzouri

Jérémie - nom d'emprunt - est arrivé en Israël à l'âge de dix ans. Il en a quatorze aujourd'hui. Pour son bien, bien entendu, on ne lui a parlé du grand départ vers Israël que trois mois avant juillet 2010.

Pour ne pas qu'il gamberge trop. Traditionaliste comme ses parents, on l'a inscrit, toujours pour son bien, dans une école très religieuse de Jérusalem. C'est normal, une montée physique doit s'accompagner d'une montée spirituelle.

Il était, à Paris, très amoureux de Sarah, sa voisine de palier et sa complice de tous les jours à l'école. Mais quelle importance cela peut-il avoir?

En Israël, les premiers mois à l'école ont été ultra difficiles. Une impression d'être tombé sur la planète Mars. Des élèves qui se moquent de ton accent français. Une envie démentielle de retrouver ta vie parisienne. Et Sarah qui envoie des messages tous les jours.

Des parents qui rament et à qui on ne peut rien raconter sans se faire sermonner. Un père qui fait techouva et qui devient de plus en plus moraliste et inquisiteur. L'horreur.

Mais pourtant Jérémie s'accroche. En deux ans il parle hébreu vite et bien et corrige même certains de ses copains. Et puis il kiffe la liberté dont jouit un ado en Israël. Adios la protection "à la française".

Même si ses parents prennent vraiment ça très mal. Comme il y a des disputes tout le temps, il va souvent dormir chez un copain dont la mère, divorcée et seule au foyer, est beaucoup moins regardante. Chez Uri, les limites n'existent pas.

La route vers les randonnées nocturnes est donc grande ouverte. Les notes à l'école deviennent vite inversement proportionnelles au plaisir trouvé dans une clope ou dans un verre de vodka orange longtemps après minuit. Des nuits blanches à répétition.

Un avenir qui s'assombrit. Jérémie, je l'ai rencontré par hasard  à Tibériade cet été. A court d'argent - il avait mal calculé les impératifs techniques de son escapade - il faisait du stop torse nu en plein soleil, avec un téléphone portable vide à la main.
En montant dans ma voiture, il a demandé s'il pouvait passer un appel avec le mien. Puis il s'est ravisé, craignant de se faire hurler dessus par des géniteurs paniqués. On a parlé une heure. Puis je lui ai passé cent shekels et il est parti en grommelant un vague merci. Une alya, ça se prépare de l'humain au technique.


S'assurer que tout le monde est bien sur la bonne longueur d'onde. Qu'on a fait ce choix tous ensemble. Qu'on a le temps de dire longuement au revoir et de faire un peu le deuil de ce qu'on va laisser.

Qu'on est très motivés et très au fait de ce qui nous attend ici. Après seulement, on peut partir voir un fiscaliste, un agent immobilier et un spécialiste de l'emploi. Sinon les Jérémie risquent de se multiplier sous notre nez. Et le travail en aval est dix fois plus compliqué. Un enfant c'est fragile. Sa vie, son ressenti, sont respectables et doivent être respectés.

Et plus encore quand on envisage des changements "tsunami" comme ceux qu'engendre une émigration. Car si dans dix ans votre ado vous remerciera pour ce merveilleux choix, veillez à ce qu'il soit partenaire de ce dernier pour que, dans deux ans, votre fils ne devienne pas votre plus grand sujet d'inquiétude.
Bernard Zanzouri

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