Shin Bet : un militant anti-Netanyahou convoqué le jour de son mariage pour un message WhatsApp

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Shin Bet : un militant anti-Netanyahou convoqué le jour de son mariage pour un message WhatsApp

 

Le Shin Bet a convoqué en urgence un militant anti-gouvernement de Jérusalem le jour même de son mariage. On lui reprochait d'avoir signalé dans un groupe WhatsApp fermé que Benjamin Netanyahou n'était pas chez lui. Le service de sécurité invoque la protection du Premier ministre, le militant parle d'intimidation à cinq jours des élections.

Shin Bet : un militant anti-Netanyahou convoqué le jour de son mariage pour un message WhatsApp

Par Claudine Douillet

Un appel urgent en pleins préparatifs de noces

Jeudi 22 octobre, vers midi, Koren Ofer se préparait à se marier le soir même à Ein Hemed, près de Jérusalem. Ce militant de 35 ans, habitant de Jérusalem, appartient au mouvement « Meshanim Kivoun » (Changer de cap), engagé contre le gouvernement.

Son téléphone a sonné. Au bout du fil, un agent du Shin Bet se présentant sous le nom de « Mark » exigeait de le voir immédiatement. Le militant lui a expliqué qu'il se mariait le soir même. L'agent l'a félicité, mais a maintenu que l'affaire était urgente et qu'il devait se présenter dans la demi-heure.

Ce qui lui était reproché

Environ deux semaines plus tôt, Koren Ofer avait écrit dans un groupe WhatsApp fermé que le Premier ministre ne se trouvait pas à son domicile. Le message visait à informer les militants qui préparaient une manifestation devant la résidence de Benjamin Netanyahou.

Le militant explique avoir déduit cette absence en observant, sur son propre lieu de travail, les préparatifs liés à une visite du Premier ministre. Il en avait alors informé les membres du groupe.

Un entretien d'avertissement au commissariat Harel

Koren Ofer s'est rendu au commissariat Harel, à Jérusalem. L'entretien d'avertissement s'est déroulé en présence de l'officier de renseignement du poste et d'un membre de l'unité de protection des personnalités du Shin Bet.

Selon son récit, le représentant du service lui a reproché d'avoir diffusé en temps réel la localisation du chef du gouvernement. Il s'est dit inquiet que cette information parvienne à des personnes qui voudraient lui nuire, et lui a demandé pourquoi il l'avait publiée.

On lui a aussi précisé que son message ne constituait pas un délit pénal, mais qu'il était interdit de rendre publics les déplacements du Premier ministre.

« Mes principes excluent la violence »

Le militant affirme avoir expliqué à l'agent que son message ne visait en rien à nuire à Benjamin Netanyahou, et que son groupe s'interdit toute violence. À la fin de l'entretien, toujours selon lui, l'agent lui a assuré qu'il le jugeait non dangereux, qu'il transmettrait cette conclusion et que l'affaire était close à ses yeux. Koren Ofer est arrivé à temps pour son mariage.

Une « tentative d'intimidation » selon le militant

Avec le recul, Koren Ofer voit les choses autrement. Il dit avoir compris que l'urgence était artificielle et qu'il n'avait transmis aucune information dangereuse. Pour lui, il s'agissait d'une tentative d'intimidation du Shin Bet. Il estime que l'usage du service de sécurité contre des opposants au gouvernement montre à quel point les élections de mardi sont importantes.

Le Shin Bet n'avait pas réagi à la publication de Haaretz au moment où l'information a été reprise par Zman Israël.

Un contexte de menaces réelles contre les dirigeants

L'affaire tombe dans une période où la sécurité des responsables israéliens est une préoccupation majeure. Le Premier ministre fait l'objet de menaces, notamment liées à l'Iran, et plusieurs chefs de partis d'opposition ont été placés sous la protection du Shin Bet à deux jours du scrutin. Dans ce climat, la diffusion de la localisation d'un dirigeant, même dans un groupe privé, est considérée par les services comme un risque sérieux.

La question soulevée par ce dossier n'est donc pas celle de la protection du Premier ministre, que personne ne conteste. Elle porte sur la méthode : faut-il convoquer en urgence, le jour de son mariage, un militant que l'agent lui-même juge finalement inoffensif ?

Un précédent déjà contesté

Ce n'est pas la première fois que de tels entretiens font polémique. En mars dernier, Haaretz avait déjà révélé que deux militants de « Meshanim Kivoun », interpellés lors d'une manifestation près de la résidence du Premier ministre à Jérusalem, avaient été interrogés par deux agents du Shin Bet avant leur libération.

À deux jours d'élections législatives présentées comme décisives, l'épisode relance le débat sur la frontière entre la mission de protection du Shin Bet et la liberté de manifester.

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