Sulfate de cuivre en Méditerranée : l'expérience secrète et ratée qui a coûte 5 millions de shekels

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Sulfate de cuivre en Méditerranée : l'expérience secrète de l'Autorité de l'eau coûte 5 millions de shekels

Dessalement en Israël : 70 tonnes de produits chimiques jetées en mer pour un test raté à 5 millions de shekels

Par Claudine Douillet

L'Autorité israélienne de l'eau a payé 5 millions de shekels pour disperser 70 tonnes de produits chimiques en pleine Méditerranée. Objectif : détruire les micro-algues qui paralysaient les usines de dessalement. Le public n'a pas été prévenu, la pêche a été interdite, et l'expérience n'a rien donné.

L'information n'est pas sortie d'une conférence de presse. Elle figure noir sur blanc dans le rapport des engagements contractuels de l'Autorité de l'eau pour le troisième trimestre 2026, publié sur le site gouvernemental et révélé le 20 octobre par le quotidien économique Calcalist. On y découvre qu'une somme de 5 millions de shekels a été versée à la société BlueGreen pour une opération que personne, ou presque, n'avait vu venir : le déversement massif de substances chimiques au cœur des concentrations d'algues, au large des côtes israéliennes.

Une crise qui a frappé 80 % de l'eau potable du pays

Pour comprendre l'urgence, il faut revenir au mois d'août. Pendant environ un mois, cinq des six grandes usines de dessalement d'Israël, qui fournissent à elles seules près de 80 % de l'eau consommée dans le pays, ont dû tourner au ralenti. La cause : une turbidité exceptionnelle de l'eau de mer, provoquée par une prolifération de micro-algues qui encrassait les installations.

La crise tombait au plus mauvais moment. Les ressources naturelles d'Israël sont elles-mêmes à bout de souffle. Le lac de Tibériade, la nappe phréatique côtière et les puits sont asséchés par une sécheresse prolongée, ou bien appauvris et pollués. Sans dessalement, le pays n'a plus de véritable filet de sécurité.

Face à la menace d'une pénurie durable, l'Autorité de l'eau a pris deux décisions. La première consistait à financer elle-même, pour les usines de dessalement détenues par des opérateurs privés, des membranes coûteuses leur permettant de continuer à fonctionner partiellement, sans regarder au rapport coût-efficacité. La seconde, beaucoup plus contestée, a été de lancer une expérience chimique en mer.

40 tonnes de sulfate de cuivre, 30 tonnes de sulfate d'aluminium

Selon le permis délivré à l'entreprise par le ministère de la Protection de l'environnement, l'opération autorisait le rejet en mer de 40 tonnes de sulfate de cuivre et de 30 tonnes de sulfate d'aluminium, une substance toxique pour le milieu marin. Les produits ont été dispersés directement dans les zones où les algues étaient les plus concentrées, dans l'espoir de les éliminer rapidement.

Aucune information préalable n'a été donnée au public. Ce n'est qu'après coup que le ministère de la Santé a dû interdire la pêche dans les jours suivants, le temps d'évaluer les effets de ces substances sur les poissons de la zone. Pour les pêcheurs comme pour les consommateurs, la nouvelle est tombée sans explication.

Un résultat nul, selon l'Autorité elle-même

Le bilan est sans appel : les algues n'ont pas été détruites. Une photographie prise près de l'usine de dessalement d'Ashkelon montre les nappes d'algues toujours présentes après le traitement.

Interrogée par Calcalist, l'Autorité de l'eau défend sa décision. Elle explique qu'une proposition de solution avait été soumise alors que l'épisode d'algues risquait de dégénérer en crise d'approvisionnement, et que cette proposition avait été examinée par des équipes professionnelles réunissant l'Autorité de l'eau, l'Institut israélien de recherche océanographique et limnologique, ainsi que les ministères de la Santé et de la Protection de l'environnement. Compte tenu de l'ampleur du défi, l'expérience a été menée pour environ 5 millions de shekels. L'Autorité reconnaît que les conclusions n'ont pas été tranchées et précise que l'opération n'a pas été renouvelée.

Le cuivre, un poison qui ne disparaît pas

Les conséquences écologiques restent à mesurer. Le Dr Zvi Steiner, de l'Institut des sciences de la Terre de l'Université hébraïque de Jérusalem, met en garde contre un effet pervers. Le cuivre est toxique pour le zooplancton, ces minuscules organismes qui se nourrissent justement des algues et constituent eux-mêmes une source essentielle de nourriture pour les poissons. En les tuant, on affaiblit le prédateur naturel des algues.

Surtout, le cuivre ne se dégrade pas dans l'eau. Il se dépose au fond avec la matière organique, puis se libère à nouveau dans la mer, dans un cycle qui peut se répéter des centaines de fois. Résultat possible : la solution d'urgence pourrait provoquer exactement ce qu'elle devait empêcher, à savoir de nouvelles proliférations d'algues et des dégâts répétés sur les usines de dessalement. Pire encore, elle pourrait favoriser à terme l'apparition d'algues résistantes au cuivre, capables de proliférer plus longtemps.

Une menace connue, une préparation absente

Les autorités israéliennes ont présenté cette prolifération comme un événement imprévisible. L'argument tient mal. Partout dans le monde, le réchauffement des eaux lié au changement climatique fait des proliférations d'algues l'une des principales menaces pour le dessalement, et leur fréquence augmente. En 2009 déjà, un épisode de ce type avait mis à l'arrêt une série d'usines dans le golfe Persique et à Oman pendant près de neuf mois.

En Israël même, le Contrôleur de l'État avait alerté sur ce scénario. L'avertissement n'a manifestement pas suffi à préparer un plan d'action. Faute d'anticipation, l'État s'est retrouvé à improviser en pleine crise, au prix de 5 millions de shekels et de 70 tonnes de produits chimiques dans la Méditerranée.

Une question de transparence

Au-delà de l'échec technique, cette affaire pose une question de fond. Comment une opération d'une telle ampleur, touchant à la mer, à la pêche et à la santé publique, a-t-elle pu être conduite sans information du public ? Et pourquoi a-t-il fallu attendre un rapport trimestriel pour en connaître le coût ?

Israël a bâti sa réputation mondiale sur la maîtrise de l'eau et l'excellence du dessalement. Ce modèle repose désormais presque entièrement sur cinq ou six installations côtières. L'épisode de l'été 2026 montre à quel point cette dépendance rend le pays vulnérable, et combien une stratégie sérieuse face aux algues devient une priorité nationale.

Source : https://www.calcalist.co.il/local_news/article/bys11i3x3gx

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