Alyah : 50 000 Juifs de France prêts à partir, la menace d’un argent bloqué en France

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Alyah : 50 000 Juifs de France prêts à partir, la menace d’un argent bloqué en France

Vendre son appartement à Paris et voir l’argent rester prisonnier d’une banque française : c’est la peur qui gagne les Juifs de France. Ariel Kandel, directeur général de Qualita, alerte : si Marine Le Pen l’emporte le 2 mai 2027, la “priorité nationale” et la chasse aux binationaux dans les postes sensibles pourraient se doubler d’une offensive contre les sorties de capitaux, au moment même où 50 000 Juifs français se préparent à l’alyah.

La France brûle et les Juifs français font leurs valises. Ariel Kandel, directeur général de Qualita, l'organisation faîtière des olim de France en Israël, estime à 50 000 le nombre de candidats à l'alyah dans les prochaines années, mais alerte sur deux dangers : un argent qui pourrait rester bloqué en France et des émeutes encore plus graves au soir de la présidentielle.

Par Claudine Douillet

Une semaine de chaos qui a changé la donne

Les autorités françaises ont imposé un couvre-feu nocturne dans des quartiers du centre de Paris après les émeutes qui ont éclaté en marge des manifestations organisées dans tout le pays. Tout est parti d'une mobilisation contre la vie chère : 410 000 manifestants, dont 110 000 à Paris, le 17 octobre. La journée a dégénéré en pillages. À Limoges, l'hôtel de ville, classé monument historique, a été détruit par un incendie volontaire, et Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Strasbourg et Rouen ont aussi été touchées.

Le bilan est lourd. Plus de 2 700 personnes ont été interpellées et près de 1 000 policiers blessés, certains grièvement, rapporte Ynet. Le ministère français du Commerce estime qu'au moins 3 000 commerces ont été touchés, et la facture pour les assureurs devrait atteindre entre 1 et 1,2 milliard d'euros. Selon Mako, le journaliste français Paul Amar a affirmé que les casseurs visaient en particulier des commerces appartenant à des Juifs.

Ce samedi 24 octobre, la rue a de nouveau grondé. Le ministère de l'Intérieur a mobilisé 70 000 policiers et gendarmes dans tout le pays, et à Lyon, la police a fait usage de gaz lacrymogène contre la foule.

Netanyahou contre Macron, la passe d'armes

La crise a pris un tour diplomatique. Sur i24NEWS, Benyamin Netanyahou a déclaré que la France avait cédé à l'islam radical et qu'il avait prévenu Macron. Le président français a riposté. Il a laissé entendre que Netanyahou et Donald Trump exploitaient les émeutes à des fins politiques en vue des prochaines élections, et a affirmé que certaines images diffusées à l'étranger étaient des vidéos fabriquées par intelligence artificielle montrant des scènes qui n'ont jamais eu lieu.

Kandel : "le vrai test, c'est le soir de la présidentielle"

Pour Ariel Kandel, ces violences ne sont qu'un avant-goût. Interrogé par Ynet, il y voit une répétition générale avant l'élection présidentielle de mai. Selon lui, Jean-Luc Mélenchon est déterminé à affronter Marine Le Pen au second tour, quitte à embraser la rue. Le directeur de Qualita situe le moment critique au 2 mai à 20 heures : d'après tous les sondages et scénarios, Marine Le Pen deviendrait présidente, et il se demande si la gauche fera alors descendre des millions de personnes dans la rue. Déjà, ajoute-t-il, beaucoup de Juifs paniquent et presque tous pensent à l'alyah.

50 000 olim : un potentiel bien réel

Le chiffre ne sort pas de nulle part. Il y a dix ans, les sondages de Qualita montraient déjà 50 000 Juifs désireux de s'installer en Israël, soit à peu près le nombre de ceux qui sont effectivement partis. Les études actuelles donnent des résultats comparables, d'où un potentiel réel de 50 000 nouveaux olim dans les années à venir. Kandel dit recevoir chaque jour des appels de Juifs de France qui approchent de la décision.

Auprès de Behadrei Haredim, il cite une étude de l'Ifop selon laquelle environ 52 % des Juifs de France souhaitent quitter le pays pour Israël, et estime que le rythme actuel d'environ 4 000 départs par an pourrait passer à 10 000 ou 15 000, voire davantage.

Les chiffres officiels confirment la tendance. En 2023, 1 097 Juifs de France ont fait leur alyah, ils étaient 2 234 en 2024 et 3 357 en 2025. Jusqu'à fin juillet 2026, environ 2 400 sont arrivés, une hausse de plus de 30 % sur un an. Depuis le 7 octobre 2023, quelque 20 000 Juifs de France ont ouvert un dossier d'alyah auprès de l'Agence juive. La communauté juive de France compte environ 470 000 personnes, dont 200 000 liées à la vie communautaire.

L'argent bloqué, la grande angoisse

C'est le point le plus explosif de l'entretien. Le programme du Rassemblement national, baptisé "priorité nationale", favoriserait les entreprises françaises dans les marchés publics et pourrait toucher les binationaux, dont de nombreux Juifs franco-israéliens. Il prône aussi la lutte contre la fuite des capitaux. Résultat, beaucoup de Juifs détenant des biens ou des comptes en Israël redoutent une fiscalité agressive, des obligations déclaratives draconiennes ou des pénalités sur les avoirs hors Union européenne. Cela leur rappelle l'exode du Maroc et des pays arabes, quand il fallait abandonner biens et argent.

Kandel décrit le scénario redouté : vendre son appartement parisien, voir l'argent rester dans une banque française et ne pas pouvoir le transférer pour acheter en Israël, sauf à payer un impôt confiscatoire. L'accès aux retraites pourrait aussi être limité aux banques françaises. Plus grave, il affirme avoir eu connaissance de comptes bloqués de Juifs qui avaient légalement transféré des dons à des associations israéliennes. Il se félicite que les circuits d'argent noir aient été fermés, mais s'inquiète que l'argent propre soit désormais visé. D'où un mouvement déjà en cours : beaucoup cherchent à sortir leurs fonds maintenant, ce qui prend du temps quand on possède biens et entreprises.

Fini les olim fortunés de Tel-Aviv

Le profil a changé. Selon Kandel, l'époque des riches olim achetant à Tel-Aviv est révolue : de plus en plus s'installent en périphérie, à Netivot, Sdérot, Afoula, Hadera ou Nahariya. La plupart appartiennent à la classe moyenne, et l'érosion de l'euro pèse sur leur pouvoir d'achat. Certains, venus de banlieues difficiles, pourraient passer d'abord par des centres d'intégration, comme celui rénové à Kiryat Gat.

Ce qu'Israël doit faire maintenant

Kandel ne réclame pas de logements gratuits. Il plaide pour la levée des obstacles bureaucratiques, la reconnaissance des diplômes, l'aide à l'emploi, une bonne intégration des enfants à l'école et le soutien communautaire, des mesures parfois peu coûteuses. L'enjeu économique est considérable : une étude a montré que chaque shekel investi dans un oleh en rapporte quinze, une population où tous ont le bac et la moitié un diplôme universitaire.

Ynet – article original (23/10/2026) ·

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