Shin Bet : des cadres du Hamas disparus de WhatsApp, l’alerte ignorée deux jours avant le 7 octobre

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Shin Bet : des cadres du Hamas disparus de WhatsApp, l’alerte ignorée deux jours avant le 7 octobre

7 octobre : un vétéran du Shin Bet affirme avoir alerté Ronen Bar deux jours avant le massacre

Par Claudine Douillet

Un ancien agent du Shin Bet, fort de 37 ans de service, affirme avoir transmis le 5 octobre 2023 à 16 heures une alerte sur la disparition soudaine de responsables terroristes à Gaza. Selon lui, l'information est remontée jusqu'au directeur Ronen Bar, sans jamais parvenir à Benyamin Netanyahou. Après le massacre, il dit avoir subi un polygraphe, des pressions et des menaces de mort. Le Shin Bet et Ronen Bar démentent catégoriquement.

Un témoin de l'intérieur, 37 ans au renseignement intérieur israélien

Le témoignage a été diffusé mercredi soir 21 octobre 2026 par Hadashot 14, la rédaction d'Aroutz 14, dans un entretien exclusif mené par son correspondant militaire Hillel Biton Rosen. L'homme n'est identifié que par l'initiale « A ». Il témoigne de sa propre voix.

Entré au Shin Bet à l'âge de 17 ans, il a occupé pendant près de quatre décennies des postes sensibles dans la lutte antiterroriste, le cyber et le renseignement humain, avec des opérations visant les réseaux responsables d'attentats contre des civils et des soldats israéliens. C'est la première fois qu'il s'exprime publiquement.

2 octobre 2023 : un coordinateur terroriste de Gaza disparaît des radars

Selon son récit, les premiers signaux apparaissent le 2 octobre 2023, cinq jours avant l'attaque du Hamas. Un rapport de l'unité électronique du Shin Bet signale qu'un coordinateur terroriste basé à Gaza,chargé de diriger des exécutants à distance , a soudainement disparu des réseaux. Il n'utilise plus WhatsApp et a coupé tout contact avec les hommes qu'il dirigeait. Pour l'agent, c'est un signe très inquiétant.

5 octobre : une voix à l'accent gazaoui au bout du fil

Trois jours plus tard, le jeudi 5 octobre, il apprend que le contact a été rompu avec un deuxième responsable dans la bande de Gaza. Il tente de le joindre sur son numéro WhatsApp connu. C'est un autre homme qui répond, avec un accent gazaoui, pour l'informer que l'intéressé n'est pas disponible, sans donner de raison. Interrogé sur un troisième activiste, l'inconnu répond que lui non plus n'est pas joignable.

L'agent pose alors une question simple à sa hiérarchie : Israël prépare-t-il l'élimination d'une haute personnalité du Hamas à Gaza, ce qui expliquerait que plusieurs cadres se mettent à couvert en même temps ? La réponse est non. Il en tire une conclusion sans ambiguïté et l'énonce clairement : quelque chose de grand se prépare.

16 heures : l'alerte remonte jusqu'à Ronen Bar

Ce jeudi 5 octobre vers 16 heures, moins de 48 heures avant l'assaut, il affirme avoir transmis son alerte à ses officiers traitants par les canaux du renseignement. Selon lui, l'information n'est pas restée bloquée sur le terrain. Elle serait passée immédiatement de son unité au chef de division, puis au directeur adjoint du Shin Bet, et enfin au directeur Ronen Bar.

Il soutient qu'aucune mesure n'a été prise pour empêcher l'attaque et que l'alerte n'a jamais été transmise au Premier ministre. Il désigne sans hésiter Ronen Bar comme responsable, comparant le chef du service à un père que l'on tient pour comptable du comportement de ses enfants.

Polygraphe, question sur le suicide, menaces de mort

Après le massacre, lorsqu'il rappelle à ses supérieurs qu'il avait donné l'alerte, il dit avoir senti le regard changer sur lui. On lui impose un passage au polygraphe, au cours duquel il est interrogé sur d'éventuels contacts avec des services de renseignement étrangers et israéliens.

Lors d'une autre conversation, on lui demande s'il envisage de se faire du mal. Il interprète cette question comme une menace voilée contre sa vie, affirmant que le service ne parle jamais ainsi à l'un des siens. Il dit avoir ensuite reçu d'autres menaces, dont des menaces de mort, avant d'être écarté du Shin Bet. Il n'a précisé ni les circonstances ni l'identité des auteurs.

Le Shin Bet et Ronen Bar opposent un démenti total

Le Shin Bet rejette ce récit. Le service affirme que ses enquêtes internes et les documents saisis à Gaza pendant la guerre montrent que les hauts responsables du Hamas avaient eux-mêmes été tenus à l'écart et ignoraient la date de l'attaque jusqu'à peu avant son déclenchement. Il dénonce toute tentative de diffuser de fausses informations visant à salir ses responsables, actuels ou passés.

Ronen Bar a fait savoir qu'il s'agissait selon lui d'une pure fausse information et d'un événement qui n'a jamais existé. Il affirme que les enquêtes, les interrogatoires et les documents du Hamas saisis à Gaza prouvent que les cadres de l'organisation ne sont pas passés en mode d'urgence cette semaine-là.

Recontacté par Aroutz 14 après ces démentis, l'ancien agent maintient intégralement sa version. Il se dit prêt à passer un polygraphe en tout lieu choisi par les enquêteurs, à la seule condition que ce ne soit pas au Shin Bet. La chaîne indique avoir procédé à des recoupements, tout en reconnaissant qu'un désaccord de fond subsiste sur l'existence même de l'alerte, son contenu et les échelons qu'elle a atteints.

Un témoignage en pleine guerre judiciaire entre Ronen Bar et Netanyahou

Ce témoignage tombe une semaine après la plainte en diffamation déposée le 14 octobre par Ronen Bar devant le tribunal de district de Tel-Aviv. L'ancien directeur réclame 3 millions de shekels à Benyamin Netanyahou, qui l'avait accusé le 28 septembre sur X de « défaillances et crimes » et d'avoir dissimulé des renseignements avant l'attaque.

Dans un document de 134 pages, Ronen Bar affirme avoir multiplié les mises en garde dans les mois précédant le 7 octobre, dont un avertissement de guerre en juillet 2023. Il assure que le Shin Bet a diffusé une alerte à l'ensemble des services dès 3 h 03 dans la nuit du 7 octobre et qu'il a appelé le secrétaire militaire du Premier ministre, le général Avi Gil, ne disposant pas du numéro personnel de Netanyahou. Ce dernier a répliqué par un message ironique demandant à Ronen Bar s'il était sérieux.

Le vice-ministre Almog Cohen a réagi au témoignage en jugeant la révélation bouleversante mais pas surprenante, et en tenant Ronen Bar pour directement responsable du massacre de Simhat Torah.

Une question toujours sans réponse officielle

Ronen Bar a quitté la direction du Shin Bet le 15 juin 2025, après avoir reconnu la part de responsabilité du service dans l'échec du renseignement. Aroutz 14 mène depuis 2025 une campagne ouverte contre lui, ce que le lecteur doit garder à l'esprit. Mais la précision du récit, ses dates, son heure et sa chaîne de transmission, pose une question que seule une commission d'enquête d'État pourra trancher : qui savait quoi au Shin Bet dans les 48 heures qui ont précédé le 7 octobre 2023, et pourquoi le Premier ministre n'en a rien su ?

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