Hôpital Hadassah ouvre un centre à Chypre et garanties financières russes sans prévenir Israël

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Hôpital Hadassah ouvre un centre à Chypre et garanties financières russes sans prévenir Israël

 

Par Claudine Douillet

Le centre médical Hadassah de Jérusalem a inauguré un centre à Limassol, à Chypre, sans en informer les ministères israéliens de la Santé et des Finances, qui le financent et le contrôlent. Révélée par le quotidien économique Calcalist, l'affaire s'étend désormais à Moscou, où Hadassah s'est engagé à couvrir jusqu'à 30 millions de dollars d'indemnisations au profit des dirigeants de son centre russe.

Une inauguration saluée, un volet passé sous silence

Le 15 octobre 2026, Hadassah a officiellement inauguré son nouveau centre médical de Limassol, sur la côte sud de Chypre.  Selon une enquête du journaliste Adrian Filut publiée le 19 octobre par Calcalist, les deux administrations chargées de surveiller la stabilité financière de l'hôpital ont découvert le projet après coup.

Le ministère de la Santé a confirmé au quotidien que le projet chypriote ne lui avait jamais été présenté. Il rappelle que toute nouvelle activité d'un hôpital, surtout hors de son campus, doit faire l'objet d'un examen réglementaire et économique pour vérifier qu'elle ne nuit ni aux soins, ni aux effectifs, ni aux finances de l'établissement. Le ministère des Finances affirme lui aussi n'avoir été ni informé ni consulté.

Un centre ambulatoire, puis deux hôpitaux en projet

Le centre de Limassol, en activité depuis l'été, n'est pas un hôpital général. Il s'agit d'une structure ambulatoire qui propose diagnostics, examens, consultations de spécialistes, rééducation et médecine préventive. Les ambitions vont beaucoup plus loin. Un hôpital de 46 lits est prévu à Nicosie en 2027. Un projet plus vaste, baptisé Hadassah Healthcare Park, est en préparation à Lakatamia, dans la périphérie de la capitale chypriote : un hôpital privé de 156 lits, une institution universitaire de médecine et des logements étudiants. Le ministère chypriote des Finances évalue l'investissement à environ 150 millions d'euros.

Le dossier n'est pas né cette année. Dès novembre 2020, une société chypriote annonçait un accord avec Hadassah Medical Ltd, filiale de l'organisation médicale Hadassah, pour ouvrir un centre à Nicosie et un centre de diagnostic à Limassol sous la marque Hadassah. En juin 2026, une réunion tenue en Israël avec les représentants de l'hôpital, de sa filiale, de l'organisation des femmes Hadassah et des partenaires chypriotes a validé l'ouverture de Limassol. Aucune demande officielle n'a pourtant été adressée aux régulateurs israéliens.

La défense de Hadassah : un partenariat sans argent

L'hôpital, présidé par Dalia Itzik, rejette toute mise en danger de ses finances. « Hadassah n'a pas investi un shekel dans le projet et ne le finance pas », a-t-il répondu à Calcalist. Selon sa direction, le centre est entièrement financé par un groupe d'entrepreneurs chypriotes, Hadassah se limitant à apporter conseil, savoir-faire et standards cliniques. L'établissement souligne aussi que ce type de projet améliore l'image d'Israël à l'étranger, dans une période particulièrement difficile pour le pays sur la scène internationale.

La question, pour l'État, n'est pas seulement celle de l'argent versé. La marque Hadassah, sa réputation mondiale, son expertise et surtout le temps de ses médecins ont une valeur économique. Reste à savoir quelle contrepartie touche l'hôpital public de Jérusalem pour leur utilisation, et qui encaisse les revenus. Interrogé, Hadassah n'a pas détaillé ce mécanisme.

Un hôpital sous perfusion publique

Ces interrogations pèsent lourd au regard de l'histoire financière de Hadassah. En 2014, l'hôpital s'est retrouvé en cessation de paiements avec un déficit cumulé d'environ 1,3 milliard de shekels. Un plan de redressement a suivi, dans lequel l'État s'est engagé à verser près de 1,4 milliard de shekels sur sept ans. La commission Gabai, chargée d'examiner la crise, avait pointé des défaillances de gestion, de la politique salariale et de la médecine privée.

Le précédent de la médecine privée éclaire le débat actuel. En 2013, sur environ 254 millions de shekels de revenus tirés de cette activité, quelque 214 millions, soit 84 %, étaient revenus aux médecins, l'hôpital ne conservant qu'environ 40 millions. En décembre 2025, la direction de Hadassah a encore averti qu'elle risquait de ne pas pouvoir payer les salaires. Les ministères l'ont alors placé sous surveillance financière rapprochée. En 2025, l'hôpital a reçu près de 162 millions de shekels de soutien public. Calcalist a demandé ses rapports financiers à Hadassah et aux deux ministères. Tous ont refusé.

Moscou : 30 millions de dollars de garanties

Deux jours après la première révélation, Calcalist a publié le 21 octobre une lettre adressée au directeur général de Hadassah, le professeur Yoram Weiss. Signée par Neria Stauber, directrice adjointe chargée de la planification et du budget au ministère de la Santé, et par Yoav Hecht, responsable de la santé à la division du budget du ministère des Finances, elle confirme que l'État ignorait tout. Les deux ministères y écrivent avoir appris « par diverses publications votre intention d'ouvrir un centre médical à Chypre ».

Le passage le plus inhabituel concerne la Russie. D'après les rapports financiers 2025 de l'hôpital, Hadassah Israël s'est porté garant d'indemnisations pouvant atteindre 30 millions de dollars au profit des administrateurs et dirigeants de Hadassah Medical Moscow. Ce centre fonctionne depuis 2018 dans le parc technologique de Skolkovo, au sein du réseau de cliniques privées Medscan, dont Rosatom, le conglomérat nucléaire d'État russe, détient la moitié du capital depuis 2023. Les ministères veulent comprendre pourquoi l'hôpital a choisi cette garantie plutôt qu'une assurance externe, qui l'a approuvée et avec quel argent elle serait honorée si elle devait jouer.

Ce que l'État exige désormais

La direction de Hadassah est convoquée à une audition. Elle doit remettre le plan d'affaires complet du projet chypriote, le détail des investissements et engagements, les principaux accords signés avec les financeurs, ainsi que le procès-verbal du conseil d'administration ayant validé les garanties moscovites. Les ministères demandent aussi la structure juridique exacte du projet, la chaîne de propriété reliant Chypre, l'hôpital israélien, sa filiale et l'organisation mondiale Hadassah, ainsi que la répartition des revenus entre les centres.

Ils exigent enfin le nombre de médecins et d'employés israéliens mobilisés, ainsi que l'inventaire des ressources non financières mises à disposition : systèmes informatiques, équipements, temps de direction, réputation et propriété intellectuelle. Une fois les faits établis, Santé et Finances examineront les conséquences juridiques, budgétaires et réglementaires de ces activités hors d'Israël.

Pourquoi les donateurs français sont concernés

Fondé en 1912 par l'organisation des femmes sionistes américaines Hadassah, l'hôpital de Jérusalem, avec ses campus d'Ein Kerem et du mont Scopus, reste l'un des grands symboles de la médecine israélienne. En France, des milliers de familles le soutiennent depuis des décennies par leurs dons. L'affaire ne remet pas en cause la qualité des soins à Jérusalem. Elle pose une question simple, que l'État israélien pose désormais lui-même : à qui profite l'expansion internationale d'un hôpital public financé par l'argent des contribuables et la générosité de la diaspora ?

Sources
https://www.calcalist.co.il/local_news/article/r1xghom3zl

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