Le roi décapité de Jérusalem et l'énigme de l'inscription d'Abba

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Le roi décapité de Jérusalem et l'énigme de l'inscription d'Abba

 

Sous un chantier de construction à Jérusalem, en 1970, des bulldozers mettent au jour une grotte funéraire vieille de deux mille ans. Elle appartient à un prêtre nommé Abba, qui revendique sur ses murs une ascendance vertigineuse : fils du prêtre Éléazar, lui-même descendant d'Aaron, le tout premier grand prêtre d'Israël et frère de Moïse.

C'est cet héritier d'une lignée sacerdotale millénaire qui raconte, dans une inscription bouleversante, avoir rapatrié et enseveli la dépouille d'un certain Mattathias. Dans une niche dissimulée sous le sol de cette même tombe, un ossuaire d'une richesse inouïe, caché comme un secret d'État.
Depuis, une question hante les archéologues : ces ossements décapités sont-ils ceux du dernier roi juif indépendant, exécuté par Rome ?

Qui était Antigonus, le roi qu'on voulait effacer

Pour comprendre l'enjeu de cette découverte, il faut remonter à l'an 40 avant notre ère. Antigonus II Mattathias est alors le dernier roi de la dynastie hasmonéenne, cette lignée issue des Maccabées qui avait arraché l'indépendance juive aux Séleucides deux siècles plus tôt.
Face à la montée d'Hérode, soutenu par Rome, Antigonus tente le tout pour le tout : il s'allie aux Parthes, ennemis jurés de l'Empire romain, dans l'espoir de restaurer la souveraineté hasmonéenne. Le pari échoue.
En 37 avant notre ère, Hérode s'empare de Jérusalem avec l'appui des légions romaines. Antigonus est capturé, emmené à Antioche, puis livré à Marc Antoine. Sa mort marque un précédent inouï dans le monde romain : selon l'historien Cassius Dio,
il est le premier roi que Rome ait fait flageller puis crucifier. Selon Plutarque, il aurait été décapité. Avec lui s'éteint la dynastie hasmonéenne, et s'ouvre le règne d'Hérode, l'homme que Rome a installé sur le trône de Judée.

L'inscription qui a tout déclenché

Trente ans après la découverte du site, les archéologues déchiffrent, sur le mur intérieur de la grotte, un texte en écriture paléo-hébraïque, un script archaïque totalement inhabituel pour l'époque du Second Temple. Traduit de l'hébreu, il dit ceci :

« Moi, Abba, fils du prêtre Éléazar, fils d'Aaron le grand prêtre, moi, Abba, l'opprimé et le persécuté, qui suis né à Jérusalem, et suis parti en exil à Babylone, et qui ai ramené Mattathias fils de Juda, et je l'ai enseveli dans la caverne que j'ai acquise par acte écrit. »

Un prêtre, descendant revendiqué d'Aaron, qui affirme avoir bravé l'exil pour rapatrier secrètement à Jérusalem la dépouille d'un certain Mattathias, fils de Juda. Le nom résonne immédiatement chez les chercheurs : Mattathias est justement le nom hébreu d'Antigonus.

Un ossuaire trop somptueux pour un inconnu

À quelques pas de l'inscription, les archéologues découvrent un ossuaire richement sculpté, considéré depuis comme le plus élaboré jamais mis au jour dans les tombeaux de Jérusalem.
Détail troublant : contrairement à l'usage, il ne porte aucune inscription révélant l'identité de son occupant. Plus troublant encore, il n'était pas exposé dans la chambre funéraire mais dissimulé dans une niche creusée sous le sol de la grotte, comme si quelqu'un avait voulu le soustraire aux regards.
Pour les tenants de la thèse royale, cette dissimulation prend tout son sens si l'on imagine Abba risquant sa vie pour cacher aux partisans d'Hérode, ennemis jurés des Hasmonéens, la dépouille du roi vaincu.

Ce que révèlent les ossements

Reste la pièce à conviction la plus troublante : les os eux-mêmes. Un premier examen, mené dans les années 1970 par le professeur Nicu Haas, identifie les restes de deux hommes, l'un d'environ vingt-cinq ans, l'autre d'environ soixante-cinq ans, accompagnés d'ossements d'enfant.
Sur le squelette du jeune homme, les chercheurs relèvent des clous fichés dans les os de la main, une mâchoire tranchée et des entailles sur une vertèbre cervicale, un tableau clinique qui évoque irrésistiblement une crucifixion suivie d'une décapitation, exactement le sort que les historiens antiques attribuent à Antigonus.

Mais l'affaire ne s'arrête pas là. Un réexamen ultérieur, conduit par l'anthropologue Patricia Smith, propose une lecture différente : l'ossuaire contiendrait les restes d'un homme jeune et robuste, et d'une seconde personne aux ossements plus fins, possiblement une femme âgée, à laquelle serait attribué le crâne portant les traces de décapitation. Cette divergence entre les deux expertises n'a jamais été définitivement tranchée par la communauté scientifique.

Un mystère toujours ouvert

Deux mille ans après les faits, la tombe de Givat Hamivtar continue donc de diviser les archéologues.
D'un côté, une inscription qui nomme un Mattathias rapatrié depuis Babylone par un prêtre prêt à tout pour lui offrir une sépulture digne. De l'autre, un ossuaire somptueux, délibérément caché, et des ossements dont l'identité exacte reste disputée entre experts. Le dernier roi hasmonéen a-t-il vraiment trouvé refuge, deux mille ans durant, sous les pierres d'une colline de Jérusalem ? À ce jour, personne ne peut l'affirmer avec certitude, et c'est peut-être ce qui rend cette découverte aussi fascinante.

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