Du palais de Beit Jala à la Cour suprême : le magnat palestinien qui défie Israël

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Du palais de Beit Jala à la Cour suprême : le magnat palestinien qui défie Israël

Du palais de Beit Jala à la Cour suprême : le magnat palestinien qui défie Israël

Nasser Nasser, l'un des hommes d'affaires les plus puissants de l'Autorité palestinienne, a bâti un empire de la pierre exporté vers les États-Unis, l'Europe et le Golfe. Alors que le marché de Gaza s'est « quasiment effondré », il attaque Israël devant la Cour suprême pour les restrictions au pont Allenby et ce qu'il appelle « le monopole israélien » sur l'entrée des marchandises dans la bande. « La pauvreté et l'instabilité toucheront autant les Palestiniens que les Israéliens. »

Sur la terrasse de son palais de Beit Jala, entre terrasses de pierre et silence absolu, Nasser Nasser semble à mille lieues de la crise qui étrangle l'économie palestinienne. C'est pourtant de là que cet homme d'affaires, l'un des plus influents de l'Autorité palestinienne, a choisi d'ouvrir un front judiciaire frontal contre Israël : deux requêtes déposées devant la Cour suprême, l'une contre les restrictions au pont Allenby, l'autre contre l'exclusion des producteurs palestiniens du marché des marchandises destinées à Gaza.

L'ouvrier devenu roi de « l'or blanc »

Rien, dans le décor luxueux du palais, ne trahit le parcours de Nasser. Né dans une famille modeste de Yatta, au sud d'Hébron, il a commencé comme simple ouvrier dans une carrière poussiéreuse, puis chauffeur de camion sur la route Bethléem-Gaza. « Je n'ai hérité ni de millions ni de relations », dit-il. « Je me suis construit pierre après pierre. »

Il a ensuite acheté sa première carrière, investi dans la technologie, décroché des certifications internationales. Aujourd'hui, son groupe Nasser Investments exporte ce que le secteur appelle « l'or blanc » : une pierre palestinienne présente dans des tours américaines, des palais du Golfe et des bâtiments publics allemands. Sans étiquette politique marquée, il préside le Conseil de coordination du secteur privé et l'Union des hommes d'affaires palestiniens.

Gaza, un marché à l'arrêt

Pour Nasser, la rupture entre Gaza et la Cisjordanie est le coup le plus dur porté à l'économie palestinienne. « Nous avons perdu un marché qui représentait 35 à 40 % de notre économie. Aujourd'hui, ce taux est quasiment nul », affirme-t-il. Avant la guerre, 38 % des produits cisjordaniens rejoignaient Gaza, directement ou non.

Il accuse Israël d'avoir confié à quatre entreprises israéliennes le contrôle exclusif de l'approvisionnement de la bande, excluant tout commerce palestinien direct. « Nous considérons la Cisjordanie et Gaza comme un seul marché, un seul peuple, un seul pays. Imposer un intermédiaire tiers nuit directement à notre économie. »

Le secteur privé palestinien se dit prêt à participer à la reconstruction, « dès que seront levées les restrictions ». Une reconstruction qui pourrait, selon lui, s'étaler sur dix à quinze ans et devenir un moteur de croissance, à condition d'y être associé.

Allenby, le goulot d'étranglement

Seul point de sortie pour 3,5 millions de Palestiniens, le pont Allenby cristallise l'autre requête. Nasser dénonce des horaires réduits, six heures par jour contre un fonctionnement continu attendu d'un poste international. Résultat : entre 3 000 et 5 000 voyageurs quotidiens s'entassent dans un créneau trop étroit, aux côtés des camions de marchandises. Sur ce dernier point, le déséquilibre est frappant : 170 à 200 camions entrent chaque jour de Jordanie, contre 15 seulement dans l'autre sens.

Il cite en comparaison les passages de Wadi Araba et Cheikh Hussein, ouverts douze heures par jour, y compris le samedi, avec un franchissement de quelques minutes. Entre 2017 et 2019, un élargissement estival des horaires d'Allenby avait fait grimper la fréquentation de 20 %, jusqu'à 18 000 passages quotidiens. Un succès depuis abandonné. « Si le but est de faire pression sur les habitants de Cisjordanie, ces restrictions atteignent leur objectif. Faire fonctionner Allenby en continu n'est pas seulement une exigence politique, c'est une nécessité humanitaire. »

Milliards, shekels et fonds gelés

Nasser rappelle que la relation économique profite aussi à Israël : les importations palestiniennes depuis Israël pèsent entre 4,5 et 5,5 milliards de dollars par an, sur un total de 8,5 milliards.

Deux dossiers l'inquiètent particulièrement. D'abord les fonds de compensation, ces recettes fiscales collectées par Israël pour le compte de l'Autorité palestinienne et régulièrement gelées. « Une grande partie provient de la TVA payée par notre secteur privé à l'importation. La loi prévoit un remboursement sous 40 jours. Quand Israël bloque ces fonds, c'est notre liquidité qui s'effondre. »

Ensuite, l'excès de shekels en circulation sur le marché palestinien, faute de pouvoir les reverser aux banques israéliennes. Il propose de confier à un organisme international indépendant l'évaluation du volume réel en circulation, estimé à 35 milliards de shekels contre un plafond fixé à 18 milliards en 2019. « Le shekel est une monnaie israélienne. La responsabilité de sa réabsorption revient à Israël. »

« La pauvreté vous touchera aussi »

Pragmatique revendiqué, Nasser prévient que la situation se détériore des deux côtés de la frontière. Des dizaines de milliers de Palestiniens ayant perdu leur emploi en Israël, le marché du travail recule et l'activité économique se contracte.

Son avertissement vise autant Ramallah que Jérusalem. « La pauvreté et le manque d'opportunités sont un terreau fertile pour la violence et l'instabilité. Cela touche les Palestiniens comme les Israéliens. La politique actuelle ne sert les intérêts d'aucun des deux camps. »

Il conclut, terrasses de pierre en toile de fond : « Israël subit un préjudice réel en interdisant aux travailleurs palestiniens de venir travailler chez elle. Ce gouvernement idéologique ne sert ni l'agriculture ni le bâtiment, dans aucun des deux camps. »

Reste à savoir si la justice israélienne entendra l'un des hommes d'affaires les plus pragmatiques du camp palestinien, ou si la fissure économique continuera de s'élargir jusqu'à ébranler la stabilité régionale tout entière.

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