L'accord américano-iranien qui traite Israël comme un État sous tutelle

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L'accord américano-iranien qui traite Israël comme un État sous tutelle

 

Un accord américano-iranien qui oblige Israël sans le nommer

Le mémorandum signé entre Washington et Téhéran est présenté comme une avancée diplomatique majeure vers une désescalade au Moyen-Orient. Mais derrière la façade d'un accord bilatéral se cache une réalité que ni l'administration Trump ni le gouvernement Netanyahu ne souhaitent formuler trop clairement : Israël est lié par un texte qu'il n'a pas signé, et dont l'application conditionne l'avenir de toute la région.

Israël dans le texte, sans être dans la salle

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaei, a levé une partie du voile en s'exprimant dans les colonnes d'Al-Akhbar, le journal libanais proche du Hezbollah. Selon lui, le protocole d'accord stipule explicitement que "l'autre partie" -- dont chacun comprend qu'il s'agit d'Israël -- s'engage à garantir la souveraineté et l'intégrité territoriale du Liban. En clair, cela implique un retrait complet des forces israéliennes du territoire libanais.

La formulation est diplomatique, mais le message ne l'est pas. Baghaei a précisé que tant que des portions du Liban restent sous contrôle israélien, "la guerre se poursuit et n'est pas fondamentalement terminée". Et si ce retrait ne se produit pas, le protocole sera annulé, et toute négociation vers un accord définitif restera lettre morte.

Le Liban, trois fois dans le texte, une fois dans les calculs iraniens

Téhéran n'a pas signé à l'aveugle. Baghaei a confirmé que l'Iran a suivi "de très près" le dossier libanais tout au long des négociations, avec un double objectif : obtenir un cessez-le-feu durable et mettre fin à l'occupation israélienne. Le résultat se lit dans la structure même du document : le terme "État du Liban" apparaît trois fois dans le texte du mémorandum, une insistance que Téhéran présente comme le reflet de "l'importance suprême du Liban pour l'Iran".

Ce n'est pas un détail stylistique. C'est une contrainte juridique intégrée dans un accord que les États-Unis ont cosigné. Washington s'est donc engagé, au moins implicitement, à garantir quelque chose qu'Israël n'a pas accepté de faire -- et que Netanyahu n'a manifestement aucune intention d'accomplir dans l'immédiat.

Trump commence à en avoir assez

C'est là que la fracture entre Washington et Jérusalem prend toute son ampleur. Selon le Wall Street Journal, lors d'une conversation récente, Netanyahu aurait apostrophé Trump avec une question qui résume la méfiance israelienne : "Donald, comment vas-tu vérifier cela ?" Une phrase révélatrice, qui dit tout à la fois le scepticisme du Premier ministre israélien envers la solidité des garanties américaines et sa façon habituelle de faire pression sur son interlocuteur.

Trump, de son côté, a confié à ses conseillers qu'il commence à saturer. "Personne ne peut faire face à Netanyahu", aurait-il lâché, en ajoutant qu'il voulait "bombarder tout le monde" -- formule qui en dit long sur son niveau de frustration.
Un haut responsable de l'administration, familier de ces échanges, a livré un portrait éclairant des conversations entre les deux hommes : Netanyahu y plaide systématiquement pour une nouvelle action militaire, explique pourquoi le renseignement israélien sait "comment et quand" frapper, et le président écoute -- "les conversations se répètent généralement".

La Maison Blanche doute des intentions de Bibi

La frustration ne se limite pas à Trump. Au sein même de l'administration, des hauts responsables commencent à formuler une question qui était jusqu'ici tabou : et si Netanyahu cherchait délibérément à prolonger les hostilités pour consolider sa position politique intérieure ? Selon des sources proches de la Maison Blanche, certains membres de l'entourage présidentiel se sont ouvertement posé cette question.

Du côté israélien, on réplique en pointant du doigt certains conseillers de Trump, accusés de fournir au président des informations délibérément négatives sur Israël. La guerre d'influence se joue donc désormais dans les couloirs du pouvoir américain autant que sur le terrain.

Un accord qui repose sur une inconnue israélienne

Ce qui se dessine, au fond, est une architecture diplomatique fragile, construite sur un paradoxe : les États-Unis ont signé un texte dont l'application dépend d'un acteur -- Israël -- qui n'était pas à la table et qui n'a donné aucun accord. L'Iran, lui, a obtenu ce qu'il voulait : inscrire le Liban dans le marbre d'un document international, et transformer le retrait israélien en condition sine qua non de tout accord définitif.

Trump voulait un grand deal. Il a obtenu un mémorandum dont la crédibilité repose sur la bonne volonté de quelqu'un qui lui pose des questions suspicieuses au téléphone. Netanyahu, lui, continue ses conversations en boucle, expliquant pourquoi il faut "faire exploser quelque chose". Et Israël se retrouve lié par un texte qu'il n'a pas lu, dans une négociation à laquelle il n'a pas participé.

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