La guerre que personne ne voit : comment l'Iran réécrit sa défaite en victoire

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La guerre que personne ne voit : comment l'Iran réécrit sa défaite en victoire

L'axe iranien en guerre psychologique : "La défaite d'Israël est inévitable"

Pendant qu'Israël et l'Iran s'affrontent dans les airs, une autre bataille se mène en silence et elle est tout aussi décisive.
Dans les colonnes d'Al-Akhbar, journal libanais organe officieux du Hezbollah, l'axe iranien déploie sa véritable arme de fond : le récit. Pas les faits. Le récit.
Celui qui installe dans les esprits opinions arabes, chancelleries hésitantes, pétromonarchies du Golfe la conviction qu'Iran résiste, qu'Israël s'épuise, que l'option militaire a échoué.
Peu importe ce qui se passe réellement sur le terrain : ce qui compte, c'est ce que les acteurs croient qu'il se passe. C'est le cœur de la guerre psychologique et Téhéran la pratique avec une discipline redoutable.

La propagande de l'ombre

Tandis que les échanges de feu entre Israël et l'Iran reprennent de l'intensité, un article publié dans le quotidien libanais Al-Akhbar considéré comme le porte-voix officieux du Hezbollah et un relais direct de l'axe iranien propose une lecture de la situation qui mérite attention. Non pas parce qu'elle dit la vérité, mais précisément parce qu'elle révèle comment Téhéran construit son propre récit de victoire, indépendamment des faits sur le terrain. Comprendre cette narration, c'est comprendre la guerre psychologique que mène l'Iran en parallèle de sa guerre militaire.

Le message central de l'article est limpide : l'option militaire contre l'Iran a échoué. Le régime des mollahs a non seulement résisté, mais il sortirait du cycle actuel renforcé, politiquement et régionalement. Israël, lui, se retrouverait marginalisé au moment précis où se joue l'avenir stratégique du Moyen-Orient.

Netanyahou exclu de la table des grands

Le premier angle d'attaque du texte vise directement le Premier ministre israélien. Selon l'auteur, Netanyahou se trouve aujourd'hui hors du cercle de décision sur l'un des dossiers les plus sensibles pour son pays : les négociations entre Washington et Téhéran. Ce sont ces négociations, affirme-t-il, qui vont redessiner l'équilibre des forces au Moyen-Orient pour les années à venir et Israël n'y est ni invité ni écouté.

La thèse est formulée avec une précision calculée : malgré son implication centrale dans l'affrontement avec l'Iran, la capacité de Netanyahou à peser sur le dénouement de la crise serait structurellement limitée. Si Washington et Téhéran parviennent à un accord, Israël se retrouverait face à un fait accompli qu'il ne peut ni accepter ni empêcher. Un scénario présenté non comme une hypothèse mais comme une trajectoire déjà en cours.

L'arme de Hormuz et la pression sur les pétromonarchies

Le deuxième pilier de l'argumentation repose sur ce que le texte présente comme les "cartes de pression" dont dispose actuellement l'Iran. La première et la plus redoutable : la menace sur le détroit d'Ormuz. L'axe iranien considère que la capacité de Téhéran à perturber le trafic commercial dans ce point de passage stratégique par lequel transite une part considérable du pétrole mondial constitue un levier de dissuasion que ni les frappes israéliennes ni la pression américaine n'ont réussi à neutraliser.

Conséquence directe, selon l'auteur : les pays du Golfe seraient contraints de revoir leur lecture sécuritaire. Leur dépendance à l'égard des États-Unis et d'Israël pour garantir leur sécurité apparaîtrait fragilisée. Face à un Iran qui a survécu aux attaques et qui menace toujours Ormuz, les monarchies du Golfe devraient, selon cette logique, "recalculer leur trajectoire" comprendre : ne plus miser exclusivement sur le camp américano-israélien.

Les milliards gelés comme instrument de stabilisation

Troisième carte avancée par le journal : l'économie. L'auteur anticipe que la levée possible des sanctions et le déblocage des avoirs iraniens gelés à l'étranger pourraient considérablement renforcer le régime sur le plan intérieur. Un trésor de guerre dormant qui, une fois libéré, viendrait stabiliser l'économie iranienne et consolider la légitimité des mollahs auprès d'une population qui subit depuis des années les effets dévastateurs des sanctions.

Dans ce schéma, la survie militaire du régime se doublerait d'une bouffée d'oxygène économique exactement ce dont Téhéran a besoin pour clore ce cycle en position de force.

Liban, Irak, Yémen : l'influence qui se reconstitue

Le quatrième volet de l'analyse porte sur les théâtres d'influence régionale. Loin de concéder des pertes, Al-Akhbar affirme que l'influence de Téhéran au Liban, en Irak et au Yémen est appelée à croître dans la période post-affrontement. Le Hezbollah meurtri, les milices pro-iraniennes en Irak, les Houthis au Yémen : l'axe est présenté non comme défait mais comme en cours de reconsolidation, bénéficiant précisément du fait que le rapport de force global n'a pas été bouleversé en faveur d'Israël.

Cette lecture ignore délibérément les dégâts infligés à l'infrastructure militaire iranienne et à ses mandataires. Elle n'en est pas moins significative : elle traduit la conviction, au sein de l'axe de résistance, que la durée joue en leur faveur.

Le prix stratégique déjà payé

La conclusion du texte est la plus acérée. Selon son auteur, avant même qu'un accord soit signé entre Washington et Téhéran, Israël paierait déjà un prix stratégique. Le bilan est formulé comme un verdict : l'échec de Netanyahou, l'échec de la politique qu'il a conduite face à l'Iran ces dernières années.

Ce type d'article ne s'adresse pas d'abord aux Israéliens. Il vise les opinions arabes, les chancelleries hésitantes, les partenaires du Golfe tentés par la normalisation mais regardant par-dessus leur épaule. Il s'agit d'installer une perception : celle d'un Iran qui résiste, qui dure, qui gagnependant que ses adversaires s'essoufflent.

Lire le récit ennemi pour ne pas le subir

Qu'on le veuille ou non, cette narration circule, se propage, influence. L'axe iranien ne se bat pas seulement avec des missiles. Il se bat avec des mots, des analyses, des récits distribués via des médias qui ont l'apparence de la presse et la substance de la propagande. Al-Akhbar n'informe pas : il positionne. Comprendre la différence est une nécessité stratégique autant qu'éditoriale.

L'Iran a peut-être perdu des batailles. Mais dans la guerre du récit, il n'a pas encore dit son dernier mot.
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