L’épidémie silencieuse : les suicides chez les soldats de Tsahal

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L’épidémie silencieuse : les suicides chez les soldats de Tsahal

L’épidémie silencieuse : les suicides chez les soldats de Tsahal

Bat Yam, 24 mars 2026. Hier matin, au milieu d’une alerte aux missiles, des hurlements déchirants ont retenti dans la rue. Une mère, entourée de soldats et de secouristes, refusait de sortir du taxi. Ses cris de douleur brute exprimaient l’insoutenable : son fils de 23 ans, réserviste rentré du Liban, s’était suicidé dans le miklat (abri anti-roquettes) de son immeuble.
Les résidents l’ont découvert sans vie en descendant lors de la sirène. Ce drame illustre avec une cruauté implacable la crise qui frappe Tsahal.

Depuis le 7 octobre 2023, les suicides chez les soldats ont explosé. Selon le rapport du Knesset (octobre 2025) et les données de l’IDF Medical Corps, 279 tentatives de suicide ont été enregistrées entre janvier 2024 et juillet 2025.
Pour chaque suicide abouti, sept tentatives. En 2025, 22 soldats se sont donné la mort – le chiffre le plus élevé en 15 ans.
En 2024 : 21 ; en 2023 : 17 (dont 7 après le 7 octobre). Au total, depuis 2017, 124 suicides. En 2024, 78 % des victimes étaient des soldats de combat, contre 42-45 % auparavant.

Depuis le 7 octobre 2023, au moins 70 à 76 soldats de Tsahal en service actif se sont suicidés, selon les données croisées du Knesset, de l’IDF et des médias israéliens.

Ces chiffres ne concernent que les militaires encore en service au moment des faits et ne prennent pas en compte les vétérans déjà libérés, dont le nombre réel reste plus difficile à établir.

Les réservistes sont particulièrement touchés : neuf des 22 suicides de 2025 concernaient des réservistes. Le jeune homme de Bat Yam n’était pas connu des services de réhabilitation du ministère de la Défense et ne suivait aucun traitement.

Deux blessures invisibles

Les experts identifient le PTSD classique (peur persistante de la mort, flash-back d’horreurs, pertes de camarades) et la blessure morale : la culpabilité écrasante d’avoir blessé ou tué accidentellement des civils en une fraction de seconde.
Ces traumas ont augmenté de 40 % depuis 2023. Sur les 22 300 soldats traités pour blessures de guerre, 58-60 % présentent des troubles post-traumatiques. Le ministère prévoit une hausse de 180 % d’ici 2028.

Une prise en charge débordée

L’IDF a recruté plus de 1 000 officiers de santé mentale supplémentaires et créé le Centre national Peima. Des débriefings immédiats et des formations existent. Pourtant, en février 2026, le ministère a reconnu : un seul thérapeute pour 850 vétérans atteints de PTSD.

Délais de plusieurs mois, bureaucratie lourde, stigma persistant. Seuls 17 % des soldats suicidés avaient consulté récemment. Les « blessures invisibles » surgissent souvent après la libération, quand le soutien de l’unité disparaît.

Pourquoi certains résistent, d’autres pas ?

La résilience repose sur le soutien de l’unité, un fort « sens de cohérence » (la vie reste gérable et porteuse de sens) et une intervention rapide. La culture israélienne d’endurance aide historiquement. À l’inverse, le trauma non traité, la solitude post-service et la durée inédite des mobilisations font craquer même les plus solides.

Ce drame de Bat Yam n’est pas une exception. Il pose une question urgente à la société israélienne : comment honorer la dette envers ceux que l’on envoie au combat ? Des propositions parlementaires visent une reconnaissance plus rapide des suicides liés au service, mais le temps presse.

Les soldats de Tsahal paient déjà un lourd tribut. Ils ne doivent pas le payer une seconde fois dans le silence.

Sources : Jerusalem Post (24 mars 2026), rapport Knesset (octobre 2025), données IDF, Haaretz, Times of Israel.

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