Doha ouvre officiellement son marché du travail aux Palestiniens

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Doha ouvre officiellement son marché du travail aux Palestiniens

Qatar–Palestine : Doha ouvre officiellement son marché du travail aux Palestiniens

Dans un décret passé largement inaperçu en Europe, l’émir du Qatar a posé un cadre juridique précis pour le recrutement de travailleurs palestiniens qualifiés. Derrière le langage diplomatique, un mouvement chiffré, structuré et politiquement lourd : organiser l’exportation de main-d’œuvre palestinienne vers un pays dont 94 % des actifs sont déjà étrangers.

Un décret qui s’inscrit dans un accord bilatéral formalisé

Le texte signé par l’émir du Qatar ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit dans la continuité directe de l’accord de coopération sur l’emploi conclu avec l’Autorité palestinienne le 27 mai 2025 à Doha. Cet accord, signé par les ministres du Travail des deux parties, vise explicitement à « organiser et réglementer l’emploi de travailleurs palestiniens qualifiés sur le marché qatari ».

L’accord a franchi une étape décisive le 9 décembre 2025, avec l’échange officiel des instruments de ratification. À partir de cette date, le cadre juridique devient pleinement opérationnel : le recrutement n’est plus informel, il est institutionnalisé.

Une main-d’œuvre étrangère déjà ultra-majoritaire

Les chiffres du marché du travail qatari éclairent la logique du décret. Sur environ 2,9 millions d’habitants, le Qatar compte près de 1,2 million de travailleurs étrangers, soit environ 94 % de sa main-d’œuvre totale. Les nationaux qataris ne représentent qu’une fraction marginale des actifs.

Dans ce contexte, l’intégration de travailleurs palestiniens ne constitue pas une exception mais une extension ciblée d’un modèle économique fondé sur l’importation de compétences étrangères, notamment dans les secteurs de la construction, des services, de la santé, de l’ingénierie et de l’administration technique.

Des précédents chiffrés ignorés du débat public

Ce n’est pas la première fois que Doha ouvre ses portes aux Palestiniens. En 2014, le Qatar avait déjà accepté l’octroi de 20 000 visas de travail à des Palestiniens, après plusieurs années de restrictions. Ce chiffre, documenté par des sources gouvernementales et diplomatiques, donne un ordre de grandeur crédible des capacités d’absorption du marché qatari.

Le nouvel accord de 2025 ne fixe pas encore de quota public, mais les précédents suggèrent une montée en puissance progressive plutôt qu’un geste symbolique.

Droits du travail : un encadrement juridiquement renforcé

Le décret s’appuie sur les réformes du droit du travail qatari entrées en vigueur entre 2024 et 2025. Parmi les mesures structurantes : un salaire minimum non discriminatoire applicable à tous les travailleurs étrangers, la suppression partielle des contraintes du système de kafala et un encadrement contractuel renforcé.

Ces dispositions concernent directement les travailleurs palestiniens recrutés dans le cadre de l’accord, qui relèveront du droit du travail qatari et non d’un statut dérogatoire.

Billets d’avion et prise en charge : ce que dit réellement le cadre légal

Le décret prévoit que les frais de déplacement international relèvent de la responsabilité de l’employeur qatari, conformément aux règles applicables aux travailleurs étrangers recrutés légalement. En revanche, aucun chiffre officiel n’a encore été publié sur le coût moyen pris en charge ou sur un mécanisme de compensation centralisé.

Autrement dit, l’intention est actée, mais les modalités financières détaillées restent à préciser par les ministères compétents.

Lecture politique : une exportation de main-d’œuvre, pas une solution économique

Ce mouvement ne règle en rien les fragilités structurelles de l’économie palestinienne. Il organise une sortie de travailleurs qualifiés plutôt qu’un développement local. Pour Doha, il s’agit d’un ajustement pragmatique de son marché du travail. Pour l’Autorité palestinienne, d’une bouffée d’oxygène sociale et budgétaire à court terme, via les transferts financiers des expatriés.

Le décret qatari ne relève donc ni de l’humanitaire ni de l’idéologique : il s’agit d’un mécanisme économique précis, chiffrable, et désormais juridiquement verrouillé.

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