Doxing en temps de guerre : quand informer met des vies israéliennes en danger

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Doxing en temps de guerre : quand informer met des vies israéliennes en danger

À l’heure où les conflits ne se livrent plus seulement sur le terrain mais aussi dans l’espace numérique, un débat essentiel traverse la presse israélienne. Jusqu’où un média peut-il aller dans la divulgation de noms, de visages et de parcours de soldats sans devenir, malgré lui, un maillon de la guerre menée contre eux ?
Un article d’opinion publié dans The Jerusalem Post remet brutalement cette question au centre du jeu, en pointant un danger encore sous-estimé : le doxing comme arme indirecte contre Israël.

Informer n’est plus un geste neutre

Quand des soldats israéliens sont ciblés à l’étranger à partir d’articles et de réseaux sociaux

En janvier 2025, un réserviste israélien en voyage en Amérique du Sud est contraint de quitter précipitamment le pays après qu’une plainte pénale est déposée contre lui pour « crimes de guerre ».

Les éléments utilisés par les plaignants ne proviennent pas de documents militaires confidentiels, mais de photos publiées sur ses réseaux sociaux, de son nom complet, de son unité, informations elles-mêmes reprises ou confirmées par des articles de presse israéliens et internationaux.
L’affaire est relayée par plusieurs médias israéliens, dont le Jerusalem Post et Ynet, qui soulignent un phénomène nouveau : des ONG pro-palestiniennes exploitent systématiquement les traces numériques laissées par les soldats pour tenter de les faire arrêter hors d’Israël.

Ce n’est pas un cas isolé. Des situations similaires sont signalées en Espagne, au Brésil et en Belgique, où des plaintes sont déposées contre des soldats identifiés à partir de contenus publics. Dans tous ces dossiers, la chaîne est la même : publication initiale, recoupement militant, judiciarisation.

Des familles menacées après la diffusion de noms et de visages

En Israël même, plusieurs familles de soldats témoignent, depuis fin 2024, avoir reçu des menaces directes après la publication de portraits détaillés de leurs proches engagés à Gaza. Dans certains cas, les articles incluaient le prénom, le nom, la photo, la ville d’origine et parfois même le parcours universitaire ou professionnel du soldat.

Le Jerusalem Post cite notamment des exemples de familles contactées via WhatsApp, Telegram ou Instagram par des comptes anonymes, parfois localisés à l’étranger, utilisant exactement les éléments publiés dans la presse pour intimider ou harceler. Là encore, aucune fuite militaire : uniquement de l’information « journalistique » devenue exploitable.

Des universités et plateformes militantes qui compilent les identités

Autre cas documenté : depuis 2024, des groupes militants liés à des campus occidentaux tiennent des bases de données non officielles recensant des soldats israéliens présumés, avec photos, noms, unités supposées et liens vers des articles de presse ou des interviews.
Ces listes, régulièrement dénoncées par des organisations juives américaines, reposent largement sur des contenus médiatiques accessibles à tous.

Le mécanisme est redoutablement simple : un article humain, bien intentionné, devient une pièce à conviction militante.

Le tournant : informer sans mesurer l’usage hostile

Le problème n’est pas l’information. Il est l’absence de réflexion sur l’usage hostile prévisible de cette information. Publier le nom d’un soldat en 2026 n’a plus les mêmes conséquences qu’en 2006. Le contexte juridique international, la judiciarisation militante du conflit israélo-palestinien et la guerre numérique ont changé la nature même de l’acte journalistique.

Ce que montre le Jerusalem Post, exemples à l’appui, c’est que le journalisme israélien est entré dans une zone grise dangereuse : celle où la transparence peut devenir, involontairement, une forme de collaboration passive avec des stratégies de harcèlement ou de poursuite.

Un débat vital pour les médias israéliens – et juifs

La question n’est donc pas morale, elle est opérationnelle. Continuer à publier des identités complètes sans filtre, c’est ignorer des faits désormais établis. La guerre contre Israël ne se joue plus uniquement sur le terrain militaire ou diplomatique. Elle se joue aussi devant des tribunaux étrangers, dans des campagnes coordonnées, nourries par des données ouvertes.

Refuser d’adapter les pratiques journalistiques à cette réalité, ce n’est pas défendre la liberté de la presse. C’est refuser de voir que, dans cette guerre, un nom peut devenir une arme.

Le doxing, c’est transformer une identité en cible.

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