Kfir Bibas n'aura jamais trois ans : lettre d'un père à l'enfant que le monde n'a pas protégé

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Yarden Bibas : “Désolé de t’avoir mis au monde dans ce monde cruel.”

Kfir Bibas aurait eu trois ans aujourd’hui : la lettre d’un père à l’enfant que le monde n’a pas protégé

Un anniversaire qui n’aura jamais lieu

Le 18 janvier, en Israël, un silence particulier a traversé les réseaux sociaux et les médias. Ce jour-là, Kfir Bibas aurait eu trois ans. Un âge ordinaire, banal, celui des premiers mots clairs, des courses maladroites, des colères minuscules. Un âge que Kfir n’atteindra jamais.

Le nourrisson roux du kibboutz Nir Oz avait neuf mois lorsqu’il a été enlevé, avec sa mère et son frère aîné, le 7 octobre 2023, lors de l’attaque menée par le Hamas contre les localités israéliennes frontalières de Gaza. Il n’a pas vécu assez longtemps pour souffler sa première bougie. Il n’a pas vécu assez longtemps pour être autre chose qu’un prénom devenu symbole.

Ce jour anniversaire, son père, Yarden Bibas, a publié une lettre. Une lettre adressée à un enfant mort. Une lettre sans effet, sans appel, sans slogan. Une lettre de père.

La lettre de Yarden Bibas : des mots sans protection

La lettre n’a jamais été publiée intégralement par les médias. Aucun organe de presse israélien ne s’est autorisé à la reproduire mot pour mot dans son ensemble. Ce que l’on connaît, ce sont des extraits fidèles, recoupés, cités par Ynet, The Times of Israel et Israel Hayom, et traduits depuis l’hébreu.

Yarden Bibas commence par s’adresser directement à son fils. « Mon Kfir adoré, aujourd’hui tu aurais dû fêter tes trois ans. » Le conditionnel installe d’emblée la temporalité du texte : celle de ce qui aurait dû être et n’aura jamais lieu.

Il rappelle ensuite une réalité impossible à contourner. « Tu n’as même pas eu la chance de fêter ton premier anniversaire. » Ce n’est pas une image. C’est un fait. Kfir avait neuf mois lorsqu’il a été arraché à son lit puis des bras de sa mère.

Puis vient la phrase qui a bouleversé une grande partie de l’opinion israélienne, précisément parce qu’elle ne cherche pas à convaincre. « Je suis désolé de t’avoir fait naître dans un monde aussi cruel. » Ce n’est ni une accusation ni une plainte. C’est une demande de pardon adressée à l’enfant, non au monde.

Dans d’autres passages cités par la presse, Yarden évoque ce qui n’existera jamais. Il dit qu’il imagine à qui son fils aurait ressemblé, quels traits il aurait hérités, quelle voix il aurait eue. Il parle de l’avenir comme d’un territoire confisqué, pas comme d’un rêve brisé.

Enfin, il écrit cette phrase, rapportée notamment par Ynet, qui dit l’ampleur du deuil familial : il imagine Kfir célébré « avec maman, Ariel et même Tony ». Tony était le chien de la famille, lui aussi tué le 7 octobre. Dans cette phrase, toute la famille est réunie dans la mort, parce qu’elle a été irrémédiablement disloquée dans la vie.

La famille Bibas, de l’intime au symbole

La famille Bibas est devenue, malgré elle, l’un des visages les plus reconnaissables de la tragédie des otages israéliens. Le 7 octobre 2023, Shiri Bibas est enlevée avec ses deux enfants, Ariel, quatre ans, et Kfir, neuf mois. Yarden Bibas est capturé séparément.

Pendant de longs mois, leur sort reste volontairement flou. Le Hamas entretient l’ambiguïté, diffuse des messages non vérifiables, joue avec l’espoir des proches et de l’opinion publique. Les portraits des enfants Bibas circulent dans les manifestations, sur les murs, dans les médias internationaux. Ils incarnent ce que les chiffres ne disent pas.

En février 2025, après 484 jours de captivité, Yarden Bibas est libéré. Peu de temps après, l’armée israélienne confirme ce que l’on redoutait : Shiri, Ariel et Kfir ont été assassinés en captivité dès novembre 2023. Leurs corps sont restitués. Ils sont enterrés ensemble.

Ce que la lettre ne dit pas, et ce qu’elle révèle pourtant

La lettre de Yarden Bibas ne contient aucun mot de haine. Elle ne nomme pas le Hamas. Elle ne parle pas de vengeance, ni de guerre, ni de politique. Et pourtant, elle est politique au sens le plus brut du terme, parce qu’elle ramène tout à ce qui précède les idéologies : un père, un enfant, une responsabilité humaine fracassée.

En Israël, ce texte a été lu comme un moment de vérité collective. Il rappelle que les otages n’étaient pas des abstractions, ni des leviers de négociation, mais des vies minuscules, vulnérables, irremplaçables. Il rappelle aussi qu’un nourrisson n’est pas un dommage collatéral.

Trois ans pour l’éternité

Kfir Bibas n’aura jamais trois ans. Mais son prénom, ce jour-là, a suspendu le temps. La lettre de son père n’a rien d’un manifeste. Elle ne cherche pas à convaincre. Elle oblige simplement à regarder ce qui a été perdu, sans écran, sans rhétorique.

C’est sans doute pour cela qu’elle restera.

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