Femmes de Tsahal : elles ne réclament pas l’égalité, elles exigent la victoire

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Femmes de Tsahal : elles ne réclament pas l’égalité, elles exigent la victoire

Ne pas débattre de l’égalité. Gagner la guerre.

C’est le message brut, sans détour, porté par quatre combattantes de Tsahal.
Pilotes, artilleuses, opératrices de drones, combattantes cynophiles d’Oketz ou pionnières du programme Yahalom : depuis deux ans, elles sont sur tous les fronts. Leur parole tranche avec les discours convenus. Sur le champ de bataille, disent-elles, il n’y a ni symboles ni quotas. Il n’y a qu’un objectif : la victoire.

Yahalom : le pilote qui est devenu doctrine

À 21 ans, le sergent N., originaire de Modiin, incarne une rupture silencieuse mais décisive. Sélectionnée pour le cours de commandement, elle y renonce. On lui propose un autre chemin : Yahalom, unité d’élite du génie de combat. Elle ignore alors que des femmes y entrent à peine. « On m’a dit que c’était nouveau, lancé quelques mois plus tôt. J’ai voulu tenter. »

Après l’admission, le constat est vertigineux : seules sept femmes l’ont précédée, toutes encore en formation.

Ce programme pilote n’avait rien d’un privilège. Tout était expérimental, incertain, révisable. « Un pilote, c’est un test. S’il échoue, on arrête. J’ai été enrôlée sans objectif figé, mais avec un encadrement solide et une volonté de réussir. »

En décembre 2025, l’armée tranche : le pilote de deux ans et demi est officiellement validé. Les femmes sont intégrées de manière permanente à Yahalom. Les chiffres parlent : des centaines d’opérations menées à Gaza et sur le front nord, une efficacité démontrée dans des missions spécialisées, du déminage à la guerre souterraine.

En dépit des doutes initiaux, parfois exprimés par d’autres combattantes de son propre bataillon, le sergent N. termine le second cycle du pilote et participe à quarante opérations dans la bande de Gaza. Engagée directement dans la guerre dès janvier 2024, elle décrit une formation en perpétuelle adaptation. « On nous convoquait sans cesse, on ajustait, on testait. Au début, on nous cantonnait à l’arrière pour le déminage. Puis ils ont compris que notre potentiel allait bien au-delà. Aujourd’hui, nous opérons aussi dans la recherche en terrain souterrain. »

« Nous choisissons nos guerres »

Pour le capitaine A., 27 ans, de Nitzanim, commandant de compagnie au sein du 611ᵉ bataillon de la 282ᵉ brigade d’artillerie, la remise des insignes aux diplômées du second cycle Yahalom n’est pas un aboutissement idéologique. C’est une normalisation.

« Quand les choses se stabilisent, elles deviennent banales. Une affirmation absolue, rien à digérer. »

Au déclenchement de la guerre, elle installe le quartier général du bataillon, dirige les procédures de combat en coordination avec les divisions de manœuvre à Gaza et gère en temps réel les alertes de menaces aériennes pour des forces engagées en territoire ennemi. Elle relativise les résistances internes : « Même l’arrivée des femmes dans l’armée de l’air ou à Oketz a créé du chaos au début. C’était prévisible. Yahalom n’y échappe pas. »

Le sergent N. renchérit, sans emphase : « Nous choisissons nos guerres. Il faut franchir des lignes, manœuvrer. Les insignes, on s’en occupera plus tard. »

Le sergent A., enrôlée en août 2024, est projetée dans la bande de Gaza une semaine et demie après la fin de sa formation. « J’ai ressenti un “allez, donnez-le-nous”. C’est pour ça que j’ai travaillé un an. » Elle découvre Gaza en 2025, dévastée. « Un choc. J’ai compris ce que vivaient les réservistes, l’infanterie, ceux qui étaient là bien avant moi. »

Le combat à distance, la guerre au plus près

À 21 ans, le sergent A., originaire de Jérusalem, sert dans l’unité Sky Rider, opérant des drones tactiques pour le renseignement et l’observation à Gaza, en Judée-Samarie et jusqu’en Syrie.

Les convois restent gravés. « En Humvee, à chaque instant ils peuvent tirer. La peur est là, mais la vigilance doit l’emporter. »

La guerre, c’est aussi la perte. Le sergent S., 23 ans, de Shachar Ephraim, commandant d’équipe munitions à Oketz, a opéré en territoire syrien et dirigé une force lors d’une opération prolongée en Judée-Samarie. Elle raconte, la voix brisée, l’annonce de la mort de son meilleur ami, le sergent David Shoshan, tombé le 6 mars 2024 dans le sud de Gaza. « Nous avons grandi ensemble, étudié ensemble, rêvé ensemble de devenir combattants. Il était joyeux, aimé de tous. Je parle de lui avant chaque navigation. »

Les sources ouvertes n’ont pas permis de confirmer cette date précise. Des pertes comparables ont néanmoins été documentées, notamment la mort du sergent Amitai Even Shoshan le 6 avril 2024 dans le sud de Gaza, rappel brutal du coût humain payé par les unités spéciales engagées en première ligne.

Sauver des vies, sans jamais les voir

En novembre 2024, le capitaine A. vit un moment fondateur. « Nous avons identifié une menace imminente. J’ai déclenché une alerte “pluie pourpre” pour protection immédiate. »

Deux semaines plus tard, un ami lui raconte ce qu’ils ont entendu à la radio, l’ordre de se couvrir, puis les explosions au-dessus d’eux. « À cet instant, j’ai compris que nous avions sauvé la vie d’un bon ami. »

Briser les plafonds, sans les regarder

« Depuis 1948, les hommes dirigent l’armée. Un homme doit céder sa chaise pour que nous puissions nous asseoir. Nous le faisons lentement. À la fin, un homme et moi concourrons pour le même poste, et chacun devra prouver sa valeur », tranche le capitaine A.

Sur la question de la famille, les trajectoires divergent. Le sergent S. est lucide : « J’ai vu ma mère militaire quand j’étais enfant. On plaisantait en disant que papa était la meilleure maman. Je ne me vois pas rester en service comme mère. Mais je veux voir plus de femmes au sommet, pas un monde uniquement masculin. »

Le capitaine A. refuse l’angle genré : « Mes amis aussi veulent être pères présents, étudier, vivre autrement. Ce n’est pas une question de femmes. C’est dur pour tout le monde. Je marche sur les éclats de verre des plafonds qu’elles ont brisés avant moi. »

Pas de quotas sous le feu

Sur un point, elles sont unanimes. « Le champ de bataille n’est pas un lieu pour l’action positive », affirme le sergent N. « L’objectif de Tsahal est de vaincre, pas de cocher des cases. Aucune de nous n’est ici pour l’égalité symbolique. »

Elles reconnaissent des aptitudes indépendantes du genre, tout en assumant certains avantages opérationnels souvent associés aux femmes : jugement rapide, division de l’attention, motricité fine, vigilance accrue. « Avant une mission, choisissez le meilleur pour la mission. Ne parlons pas d’égalité. Parlons de victoire. »

Femmes et combat : une trajectoire israélienne assumée

Depuis la fondation de l’État, les femmes de Tsahal ont avancé par étapes. En 1995, intégration au cours Tus et à la police des frontières. Au début des années 2000, arrivée dans le génie de combat, la défense aérienne, l’artillerie et les unités d’infanterie frontalière. Puis Oketz, Lotar, les unités blindées de collecte, le sauvetage, la récupération, et la création du bataillon Karkal.

Ces deux dernières années marquent une accélération historique. Des combattantes régulières sont formées pour les unités 669, Yahalom et 504. Entre 2014 et 2024, le nombre de femmes en rôles de combat est passé de 500 à plus de 5 000. Aujourd’hui, elles représentent plus de 60 % des effectifs dans les bataillons mixtes aux frontières.

Un nouveau pilote doit débuter en novembre 2026, huit mois après la décision exceptionnelle du chef d’état-major de suspendre le pilote d’infanterie mobile féminine. Pour le sergent N., la conclusion est limpide : « Ouvrir des unités spéciales aux femmes, au pic de la guerre, et valider ces pilotes, prouve que cela fonctionne. Cela prouve surtout que quelque chose de juste est en train de se faire. »

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