Qatargate : L’entretien qui fait exploser la version officielle -VIDEO-

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Qatargate : L’entretien qui fait exploser la version officielle -VIDEO-

Qatargate. L’entretien qui fait exploser la version officielle.

Eli Feldstein accuse, décrit, et affirme avoir servi de fusible.

La nuit de l’arrestation : « On m’a arrêté comme un terroriste »

Eli Feldstein raconte la nuit où tout bascule.

Dans la nuit du 26 octobre, peu avant minuit, il est réveillé par des coups violents à la porte. Pas des coups, dit-il, « des explosions ». Des cris. La police. Des hommes cagoulés, armés, qui envahissent l’appartement par plusieurs entrées. Il est plaqué au sol à moitié nu, menotté, privé de téléphone, de tout contact extérieur.

Il insiste sur un point : personne ne lui explique officiellement pourquoi il est là. On lui dit seulement « tu sais pourquoi on est venus ». Très vite, il comprend que cela concerne la fuite vers le journal allemand Bild du document dit « Sinwar ».

Il demande un avocat. On lui refuse.

On lui confisque ordinateurs et téléphones. Il est extrait de chez lui sous escorte lourde, les jambes entravées, dans un quartier entièrement bouclé.

Le Shin Bet. Isolement total. Pression constante

Il est conduit dans un centre d’interrogatoire du Shin Bet.

Cellule minuscule, sans air, sans lumière naturelle. Pas de montre. Pas de nouvelles du monde extérieur. Pendant près de dix jours, aucun contact avec un avocat. L’eau est brûlante, inutilisable. Le sommeil est haché. L’isolement est complet.

Feldstein dit comprendre très vite que l’enquête vise officiellement la fuite du document, mais qu’en réalité, « on cherche le Premier ministre ».

La ligne qu’il choisit : tout prendre sur lui

Dès les premières auditions, Feldstein adopte une stratégie qu’il reconnaît aujourd’hui comme volontaire :

il affirme avoir agi seul.

À plusieurs reprises, les procès-verbaux de police cités dans l’entretien confirment qu’il nie toute implication du bureau du Premier ministre, de ses conseillers, ou du Premier ministre lui-même.

Il explique pourquoi :

il est convaincu que quelqu’un viendra rapidement dire la vérité, le défendre, reconnaître qu’il agissait dans le cadre de son travail.

Il refuse d’être « celui qui sort d’une salle d’interrogatoire comme un délateur ».

Jonathan Urich. « Je l’ai protégé parce que je l’aimais »

Lorsqu’il est interrogé sur Jonathan Urich, Feldstein admet avoir menti par omission.

Il dit avoir sciemment répondu « je ne me souviens pas » à des questions dont il connaissait la réponse.

Il reconnaît que c’est un mensonge.

Il assume.

Pourquoi ?

Parce qu’il dit aimer Jonathan Urich. Parce qu’il savait que son épouse était enceinte. Parce qu’il s’imaginait encore assister à la naissance de sa fille.

Il affirme qu’à ce moment-là, protéger Urich lui semblait plus important que se protéger lui-même.

La prise de conscience : « J’étais seul »

Le tournant intervient lorsqu’il rencontre enfin son avocat, après plus d’une semaine.

Son avocat, Oded Saburai, lui montre des coupures de presse.

La version officielle du bureau du Premier ministre est alors limpide :

« Aucun employé du bureau du Premier ministre n’a été arrêté. »

Feldstein comprend immédiatement ce que cela signifie.

S’il est arrêté, c’est donc qu’il n’existe plus aux yeux du bureau.

Il décrit ce moment comme celui où il réalise qu’il est devenu sacrifiable.

Netanyahou. Le retournement tardif

Quelques semaines plus tard, alors qu’un acte d’accusation est déposé uniquement contre lui, le ton change.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu publie une vidéo puis déclare publiquement :

« Je connais Eli Feldstein. C’est un patriote israélien. Un sioniste. Un officier. »

Feldstein y voit une manœuvre tardive.

Selon lui, le soutien n’apparaît que lorsqu’il devient clair qu’il portera seul la responsabilité pénale.

La peur. Les menaces. La rupture

Dans les procès-verbaux cités, Feldstein dit craindre des atteintes physiques contre lui et sa famille.

Il parle de « ligne rouge » franchie, de gens « extrêmement puissants ».

Il explique que ce qui maintient les gens autour du Premier ministre, ce sont deux choses : la confiance et la peur.

La confiance ayant disparu, il ne reste que la peur.

Les dossiers sur Yoav Gallant

L’un des passages les plus explosifs concerne l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant.

Feldstein affirme que des éléments compromettants, y compris une vidéo, auraient été conservés au bureau du Premier ministre concernant un incident violent impliquant Gallant et des agents de sécurité, survenu lorsqu’il s’était vu refuser l’accès au bureau du Premier ministre.

Interrogé sur le fait que Netanyahou en ait eu connaissance, Feldstein refuse de répondre directement.

Il affirme cependant que Gallant savait que ces éléments existaient et que cela expliquerait, selon lui, son silence ultérieur.

L’effondrement psychologique

Les comptes rendus de police cités décrivent Feldstein en pleurs, agité, implorant de l’aide, parlant de sa vie « terminée ».

Il est placé sous surveillance renforcée pour risque suicidaire.

Des objets inquiétants sont retrouvés dans sa cellule.

Il reconnaît avoir écrit une lettre, tout en niant toute tentative de passage à l’acte.

Ce que révèle cet entretien

Feldstein affirme aujourd’hui avoir compris qu’il avait servi de fusible parfait.

Assez proche pour agir.

Assez isolé pour être sacrifié.

Assez loyal pour se taire longtemps.

Il nie avoir été un agent du Qatar.

Il nie avoir agi pour un État étranger.

Il affirme avoir agi dans un contexte professionnel, idéologique et politique, avant d’être abandonné lorsque le coût est devenu trop élevé.

C’est à ce moment-là, dit-il, qu’il a décidé de parler.

Sans filtre.

Sans protection.

Et sans plus rien à perdre.

Qatargate. Ce que dit Eli Feldstein quand il ne raconte plus son arrestation

Après le récit de la nuit de l’arrestation, de l’isolement, de la cellule, des interrogatoires et de l’effondrement psychologique, Eli Feldstein déplace le centre de gravité de son témoignage.

Il ne parle plus seulement de ce qu’on lui a fait.

Il parle de ce qu’il a compris.

Et ce qu’il dit alors est autrement plus dérangeant.

Feldstein ne se présente jamais comme un idéologue solitaire, ni comme un agent incontrôlé. Il répète au contraire qu’il a toujours agi en pensant être dans le cadre implicite de ce qui se faisait, dans un environnement où l’on n’attend pas des ordres écrits mais où l’on comprend très vite ce qui est attendu.

Il ne dit pas que le Premier ministre lui a donné une instruction formelle.

Il dit que personne ne lui a jamais dit d’arrêter.

La fuite vers Bild : “personne ne s’en est étonné”

Lorsqu’il évoque la transmission du document au journal allemand Bild, Feldstein insiste sur un point précis.

Selon lui, cette initiative n’était pas perçue comme une transgression majeure, mais comme une opération médiatique parmi d’autres, destinée à influer sur la perception internationale de la guerre et de ses responsabilités.

Il affirme qu’il lui semblait inconcevable qu’un document de cette nature soit utilisé sans s’inscrire dans une logique connue et tolérée par l’entourage politique.

Il ne dit pas que quelqu’un a validé explicitement.

Il dit que le silence valait validation.

Ce qui le frappe, rétrospectivement, ce n’est pas d’avoir agi, mais d’avoir été le seul à en payer le prix.

Le basculement : de collaborateur à problème

Feldstein situe un moment précis où tout change.

Ce moment n’est ni une audition, ni une accusation formelle.

C’est lorsqu’il découvre, par l’intermédiaire de son avocat, que le bureau du Premier ministre affirme publiquement qu’aucun collaborateur n’a été arrêté.

À cet instant, il comprend qu’il n’est plus un rouage, mais un fardeau.

Il n’est plus “l’affaire”.

Il est devenu le problème.

C’est là, dit-il, qu’il commence à comprendre que la loyauté ne protège pas lorsque le coût politique devient trop élevé.

Ce qu’il dit de Netanyahu, sans l’accuser frontalement

Feldstein se garde soigneusement d’accuser directement Benjamin Netanyahu d’avoir ordonné quoi que ce soit.

Mais il rapporte une phrase, entendue de la bouche d’un proche conseiller du Premier ministre, qu’il dit ne jamais avoir oubliée :

« À Netanyahu, n’importe qui importe moins que Netanyahu. »

Il ne présente pas cette phrase comme une critique morale.

Il la décrit comme une clé de lecture.

Si quelqu’un qui travaille avec lui depuis plus de dix ans pense ainsi, alors, dit Feldstein, il n’y a pas de place pour l’illusion.

Chacun est remplaçable.

Et chacun peut être sacrifié.

La peur, plus forte que la loyauté

L’un des passages les plus lourds de son témoignage concerne ce qu’il appelle le véritable ciment du système.

Selon Feldstein, ce n’est ni l’idéologie ni la confiance qui maintiennent les gens autour du pouvoir, mais la peur.

Peur d’être discrédité.

Peur de perdre sa place.

Peur de ce qui peut être ressorti contre vous.

Il affirme que lorsque la confiance disparaît, il ne reste que la peur, et que c’est à ce moment-là que le système devient dangereux pour ceux qui y travaillent.

Yoav Gallant : “des éléments existent”

Feldstein va plus loin encore lorsqu’il évoque l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant.

Il affirme que des éléments compromettants existent à son sujet, liés à un incident survenu au bureau du Premier ministre, et que Gallant savait que ces éléments existaient.

Il ne dit pas qu’ils ont été utilisés.

Il ne dit pas qu’ils constituent un chantage actif.

Il dit que leur simple existence suffit à expliquer certains silences.

Il refuse, en revanche, de répondre clairement à la question de savoir si le Premier ministre était informé de la collecte de ces éléments.

Pourquoi il parle maintenant

Feldstein affirme qu’il ne parle ni par vengeance ni par idéologie.

Il parle parce qu’il a compris que se taire ne le sauverait pas.

Il dit avoir accepté d’être un bouclier, pensant que quelqu’un viendrait, à un moment ou à un autre, assumer la responsabilité politique.

Ce moment n’est jamais venu.

Quand il réalise qu’il est seul face :

au Shin Bet,

à la police,

au parquet,

et à ceux qu’il a protégés,

il décide de raconter ce qu’il sait, avec ses mots, et sans prétendre détenir la vérité absolue.

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