Israël : Adoptée, malade, puis confrontée à la vérité - l’histoire familiale rarissime révélée à 69 ans

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Israël : Adoptée, malade, puis confrontée à la vérité - l’histoire familiale rarissime révélée à 69 ans

Adoptée, malade, puis confrontée à la vérité : l’histoire familiale rarissime révélée à 69 ans.

Adoptée dès la naissance et élevée dans un kibboutz, elle a construit toute sa vie comme Israélienne, comme juive, comme mère et grand-mère.

À 69 ans, une maladie l’oblige à rouvrir son dossier d’adoption. Elle découvre alors une vérité vertigineuse : une mère biologique qui a caché deux grossesses, deux filles données à l’adoption, des sœurs biologiques inconnues, et une maladie héréditaire transmise dans le silence. Une histoire où l’identité vécue se heurte brutalement à la filiation biologique.

Ce qu’elle découvre dépasse tout ce qu’elle aurait pu imaginer. À 69 ans, Ruti Baroukh met au jour une vérité familiale enfouie depuis des décennies, une histoire de secrets, de filiations dissimulées, de sœurs retrouvées, et d’un passé que personne n’avait jamais osé nommer.

Ruti Baroukh n’a jamais ignoré qu’elle avait été adoptée. Elle a grandi avec cette certitude, portée par des parents aimants qui n’ont jamais fait de son adoption un tabou. Pourtant, comme beaucoup d’enfants adoptés, certaines réponses lui ont été livrées très tôt, d’autres sont restées verrouillées pendant toute une vie.

En 1952, à l’école primaire du kibboutz Beit HaShita, alors qu’elle n’a que huit ans, une scène la marque à jamais. La maîtresse évoque Sarah femme d'Avraham, incapable d’enfanter. Ruti se lève et lance devant toute la classe : « Ma maman aussi est stérile ! »
La réaction est brutale. « Tu mens. Tais-toi ! »
Ruti fuit la classe en pleurant et court vers l’oliveraie où travaille son père. Celui-ci la prend par la main et retourne avec elle à l’école. Face à la maîtresse, il s’oppose fermement : « Je ne suis absolument pas d’accord pour que vous traitiez ma fille de menteuse. »
Devant les élèves, il explique calmement que dans le ventre de sa femme, aucun enfant n’a grandi, et que lui et sa femme ont choisi d’adopter leur fille.

Cette scène fondatrice figure aujourd’hui parmi les passages centraux du livre « Secrets derrière la porte », inspiré de la vie de Ruti Baroukh.

À 81 ans, Ruti vit à Gan Ner, dans la région du Gilboa. Mariée, mère de quatre enfants et grand-mère de dix petits-enfants, elle a consacré sa vie à l’accompagnement des enfants adoptés et des familles adoptantes.
Assistante sociale de formation, elle a travaillé durant des décennies au sein du mouvement kibboutzique, aidant des enfants devenus adultes, parfois eux-mêmes parents.
Son mari est traumatisé de guerre depuis la guerre de Kippour, et elle accompagne également des familles touchées par le stress post-traumatique.

Une enfance adoptée sans secret

Ruti raconte avoir grandi dans le système de couchage collectif du kibboutz, mais à l'encontre de nombreux témoignages douloureux, elle insiste sur la solidité du lien avec ses parents.
« L’adoption n’a jamais été un secret. Dès l’âge de quatre ans, je savais que je n’étais pas née du ventre de maman. Quand elle me l’a dit, j’ai soulevé sa robe et j’ai dit : “Ce n’est pas vrai. Je suis née d’ici, de ton ventre.” »

Il lui faudra du temps, des questions, des explications répétées pour intégrer cette réalité. « J’ai toujours eu le sentiment d’avoir eu les meilleurs parents possibles, qui m’aimaient sans mesure et qui m’ont transmis des valeurs essentielles pour la vie. »

Enfant unique, elle ressent très tôt le besoin de construire une famille nombreuse. Après le lycée, elle s’engage dans l’armée, se marie jeune, et donne naissance à quatre enfants en huit ans. « J’avais besoin de me créer une grande famille », explique-t-elle simplement.

Au fil de ses études en travail social, à Haïfa puis à Jérusalem, elle s’engage pleinement dans l’accompagnement des familles adoptantes. « Je voulais faire entendre la voix des adoptés. » Elle anime des groupes, ouvre des espaces de parole, aborde des sujets que beaucoup préfèrent éviter. « Si on n’en parle pas, cela devient un poison. Beaucoup d’adoptés arrivent avec une colère immense à l’âge où l’on peut ouvrir le dossier d’adoption. »

Le dossier fermé, puis rouvert par la maladie

À 18 ans, ses parents lui livrent tout ce qu’ils savent. Le nom complet de sa mère biologique. Un détail troublant. Cette femme était officier dans l’armée britannique. Elle est tombée enceinte d’un officier de la Brigade juive. Sa famille n’a jamais été informée de la grossesse ni de la naissance. Ruti choisit alors de ne pas ouvrir son dossier. Elle n’en ressent pas le besoin.

Des années plus tard, l’un de ses fils tombe gravement malade. Le médecin évoque une possible origine génétique. Ruti contacte les services compétents. On lui annonce que la femme qui l’a mise au monde est décédée. Absorbée par la maladie de son enfant, elle renonce à poursuivre.

Tout change à 69 ans. Après plusieurs opérations pour retirer des tumeurs bénignes, un chirurgien lui demande à nouveau de vérifier une éventuelle transmission génétique. Cette fois, Ruti décide d’aller au bout.

Elle engage une enquêtrice privée. En vingt-quatre heures, les révélations tombent. La femme qui l’a mise au monde n’avait qu’une fille unique. Mais elle aussi sera adoptée.

« Dalia, la fille, a dit à l’enquêtrice qu’elle attendait de me parler. » Le premier contact est bouleversant. Pendant un mois, elles parlent presque chaque jour. Lors de leur rencontre, Dalia manque de s’évanouir et prononce une phrase qui résonne encore : « Ma mère est revenue à la vie ! »

Depuis treize ans, un lien profond unit les deux femmes.

Sœurs biologiques, liens réinventés

Ruti découvre également l’existence de deux autres sœurs, filles de l’homme biologique. « Je ne l’appelle pas “papa”, ce n’est pas mon père. » Elle les accueille néanmoins dans sa vie avec gratitude. Elle rencontre aussi une tante, la sœur de la femme qui l’a mise au monde. Personne ne connaissait l’existence de la grossesse. Tous ceux qui l’ont connue lui disent la même chose : « Tu lui ressembles tellement. »

Ce qu’elle découvre en rouvrant son dossier d’adoption

Les deux sœurs biologiques ont donc grandi séparément, chacune ignorante de l’existence de l’autre, sans que personne dans la famille ne connaisse ce double secret. Elle découvre également que son père biologique a eu d’autres enfants, ce qui lui révèle l’existence de sœurs biologiques vivantes. Ces recherches menées montrent que les parents biologiques lui ont transmis une maladie rénale héréditaire, à l’origine de la greffe qu’elle a dû subir des décennies plus tard.

 Maladie, greffe et réparation

La quête identitaire se double d’une épreuve physique. Ruti apprend qu’elle souffre d’une maladie rénale héréditaire. La greffe devient inévitable. Aucun de ses enfants n’est compatible. Elle demande alors de l’aide pour trouver un donneur altruiste. Un premier donneur se propose, mais la compatibilité n’est pas possible.

Une greffe croisée est finalement organisée. Ruti reçoit un rein d’une femme du kibboutz Alumim. Lorsqu’elles se rencontrent, la surprise est totale. Elles se connaissent déjà, par leur travail commun dans le domaine de l’adoption. « Nous avons un lien excellent », raconte-t-elle. Lors du mariage du fils de la donneuse, celui-ci plaisante : « Peut-être qu’à mon mariage, il peut y avoir les deux reins de ma mère ? »

 De l’histoire intime au livre

Pendant des années, Ruti a porté en elle l’idée d’un livre. « L’adoption, c’est la jonction de deux pertes : pour l’enfant, la perte de la femme qui l’a mis au monde, et pour les parents, la perte de l’enfant qui ne leur est pas né. »

Avec Tamar Ashkenazi, elle décide de transformer cette histoire en roman. Des heures de discussions, des témoignages croisés, des récits anonymisés d’adoptés qu’elle a accompagnés. L’écriture mêle faits réels et reconstruction littéraire, tout en restant fidèle à l’époque et aux silences qui l’ont façonnée.

À la question de savoir si l’adoption est une réussite, Ruti répond sans hésiter : « Sans aucun doute. Malgré les difficultés, c’est un processus sain et juste pour construire une famille qui n’aurait pas pu naître autrement. »

 

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