Terrorisme toxique en Judée-Samarie : les fumées tuent lentement aux portes de Tel-Aviv

Actualités, Alyah Story, Antisémitisme/Racisme, Contre la désinformation, International, Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
Terrorisme toxique en Judée-Samarie : les fumées tuent lentement aux portes de Tel-Aviv

Quand la nuit devient étouffante : le brasier invisible qui menace le cœur d’Israël

Depuis quelques semaines, une fumée épaisse et persistante s’infiltre dans les foyers de la région centrale d’Israël, contaminant l’air et la santé des résidents. Le phénomène – lié à une multitude de feux de déchets non régulés dans la zone de la Judé et Samarie (Cisjordanie) – est qualifié, à juste titre, de " terrorisme sanitaire" par ceux qui en subissent quotidiennement les effets. 

Une menace diffuse mais tangible

Le scénario se répète : à la nuit tombée, quand les vents orientaux se lèvent, la couche toxique formée par la combustion illégale des déchets – plastiques, textiles, matériaux de construction, équipements électroniques – descend sur les localités proches de la ligne dite « verte »
(ceinture autour de la frontière israélo‑palestinienne).

Résultat : à Modi’in‑Maccabim‑Re’ut, Shoham, Rosh HaAyin, ou encore Kiryat Ono, habitants et enfants voient la fumée s’inviter chez eux, comprimant fenêtres, systèmes de ventilation, air‑conditionné.

Selon une représentante de Shoham, « cette pollution traverse les frontières, elle est à quelques kilomètres de chez moi. Si l’État ne se réveille pas, nous seront dans un grave état ». 

Témoignages accablants

« Depuis la guerre, c’est pire », affirme Shani Gazit, témoin venue de Shoham. Elle explique que l’absence d’installations de traitement des déchets côté palestinien entraîne un recours massif aux sites illégaux puis à l’incinération sauvage.
« L’État d’Israël aurait dû organiser des solutions d’élimination, car nous, de l’autre côté de la ligne, sommes ignorés quand ce sont nos poumons qui paient le prix. » 

Un habitant de Kfar Truman, Naor Cohen, décrit ainsi la routine nocturne : « À 21 h 30‑22 h quand souffle le vent de l’est, la fumée arrive : on rentre les vêtements, on coupe la clim’, on dort avec un ventilateur… Notre bébé de 8 mois tousse chaque nuit, la bronchiolite est installée, la sinusite persiste malgré les antibiotiques. » 

Dans la même veine, une mère de Kiryat‑Ono témoigne de l’impact sur son enfant de deux ans : « Il souffre de troubles respiratoires ; la semaine passée, il a été diagnostiqué asthmatique, il tousse depuis deux mois sans répit ». « Je veux partir d’ici », dit‑elle, «mais je ne peux pas actuellement. » 

Les ravages invisibles du particulaire

Le bilan sanitaire est grave : selon Dr Roni Farber, directeur de la Santé publique chez FEMI, l’absence de surveillance adéquate des feux de déchets renvoie à un cocktail toxique : « PM10, PM2,5, dioxines, benzène, métaux lourds… ces particules pénètrent les poumons et la circulation sanguine. Même sans odeur, l’exposition reste présente ». 

Les impacts évoqués : aggravation de l’asthme, bronchite chronique, insuffisance respiratoire, mais aussi maladies cardiovasculaires, hypertension, troubles du rythme cardiaque, altération du système immunitaire, et à long terme une hausse du risque de cancers pulmonaires ou de lymphomes. 

Le Dr Tal Gizonterman, médecin de famille dans la région, alerte : « Les plus fragiles sont les enfants, les femmes enceintes, les malades chroniques, les personnes âgées. Même chez les individus sains, les effets peuvent être sérieux. » 

L’État face à sa responsabilité

Du côté officiel, le Ministère de l’Environnement d’Israël reconnaît l’ampleur du problème : « Nous sommes très préoccupés par les feux de déchets en Judée‑Samarie et leur impact sur la population israélienne. Les missions de surveillance dans cette zone sont sous la juridiction de l’Administration civile. » 

Une stratégie inter‑ministérielle a été lancée dans le cadre de la décision gouvernementale 592, prévoyant législation, renforcement de la surveillance et solutions durables d’élimination des déchets. Une unité dite « David » a été financée pour empêcher l’import illégal et l’incinération autonome de déchets. 

Pourtant, le ministère admet sans détour que l’alerte à la population n’est pas optimisée :
« Le protocole actuel pour avertir la population d’un pic de pollution s’applique aux tempêtes de poussière, mais pas aux feux permanents. Nous devons développer de nouveaux outils, avec le ministère de la Santé, pour informer la population. » 

L’Administration civile israélienne, quant à elle, indique avoir mobilisé des ressources conséquentes pour repérer et éteindre les foyers illicites, tout en travaillant à un site d’enfouissement légal à Ra’amon (Cisjordanie) pour traiter les déchets palestiniens et ainsi réduire les pollutions transfrontalières. 

Une urgence pour la région

Les chiffres parlent d’eux‑mêmes : en 2023, on estime à 5 500 morts prématurées liées à la pollution atmosphérique en Israël.  Cette crise sanitaire est désormais un problème de santé publique immédiat, dépassant largement le cadre environnemental.

Pour les milliers d’habitants concernés, l’attente d’action est grande : améliorer la surveillance, installer un système d’alerte efficace, mettre en place des infrastructures d’élimination des déchets sûres, et surtout protéger ceux qui ne peuvent plus respirer.
Comme le disent ces résidents : « nous sommes captifs dans nos maisons », « nos enfants ne peuvent plus sortir », « nous payons pour cela avec notre santé».

Il est temps que l’État prenne la pleine mesure de la situation — et que chaque habitant puisse à nouveau inspirer sans craindre le souffle de la fumée.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi