Flottille pour Gaza : drone israélien ou mégot tunisien ? Retour sur une flambée d’intox

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Flottille pour Gaza : drone israélien ou mégot tunisien ? Retour sur une flambée d’intox

Flottille pour Gaza : drone israélien ou mégot tunisien ? Retour sur une flambée d’intox

Un bateau en feu, deux versions, un récit qui divise

Nuit du 8 au 9 septembre 2025. Alors que la « Flottille Sumud » fait escale à Sidi Bou Saïd, en Tunisie, un incendie éclate sur l’un des bateaux battant pavillon portugais.
À son bord, de l’aide humanitaire à destination de Gaza. Parmi les soutiens médiatisés de cette expédition : Greta Thunberg et l’activiste franco-palestinienne Rima Hassanbien présente sur le quai de Sidi Bou Saïd (près de Tunis), pour accueillir la Flottille Sumud.

Elle faisait partie de la foule de militants et sympathisants venus saluer l’arrivée des bateaux partis de Barcelone et d’autres ports, mais elle n’était pas embarquée sur l’un d’eux après le flop de sa précédente expédition.

Très vite, cette dernière affirme sur son compte X dans une vidéo virale que le bateau a été « bombardé » par un drone. En quelques heures, l’affaire enflamme les réseaux sociaux.

Mais le récit est contredit de front par les autorités tunisiennes : aucune attaque extérieure, assurent-elles, l’incendie aurait été provoqué par un mégot ou un briquet laissé dans un gilet de sauvetage.

Deux récits, deux mondes. Et au milieu, une question non résolue : qui ment — ou qui manipule ?

La version de la flottille : “un drone a frappé”

Sur X (ex-Twitter), Rima Hassan publie une vidéo montrant le bateau en feu, et affirme qu’un drone aurait visé le navire :

« Je suis actuellement au port en Tunisie après qu’un de nos bateaux, transportant de l’aide humanitaire, a été bombardé. »

Dans d’autres témoignages, des membres de l’équipage évoquent un objet lumineux volant ou un engin tombé du ciel, juste avant que les flammes ne se déclenchent.

La flottille, partie de Barcelone pour tenter de briser le blocus maritime israélien de Gaza, s’est immédiatement posée en victime d’une agression ciblée, insinuant une action commanditée par l’État hébreu pour saboter leur mission. Greta Thunberg elle-même aurait apporté son soutien à cette lecture.

Réponse de la Tunisie : “aucun drone, mais un briquet”

Face à cette accusation explosive, la Garde nationale tunisienne publie rapidement un communiqué :

« Les premières investigations montrent que l’incendie à bord du navire s’est déclaré dans l’un des gilets de sauvetage à la suite d’un briquet ou d’un mégot de cigarette… Il n’y a eu aucune preuve d’acte hostile ou de ciblage externe. »

Son porte-parole, Houcem Eddine Jebabli, insiste :

« Aucun drone n’a été détecté. L’enquête est en cours, mais aucun élément ne laisse penser à une attaque. »

Cette version, appuyée par les services de sécurité tunisiens, vise clairement à désamorcer la tension — et à préserver l’image de la Tunisie comme terre neutre, non complice d’un éventuel acte hostile.

Un choc entre deux propagandes ?

Il faut rappeler que cette flottille est hautement symbolique. Intitulée “Sumud” (la persévérance), elle se présente comme un acte non-violent de contestation du blocus israélien. Mais ses soutiens sont des figures militantes ouvertement anti-israéliennes, et certains bateaux étaient pilotés ou accompagnés par des groupes très politisés.

Côté israélien, aucune réaction officielle. Ni confirmation, ni démenti. Et pour cause : intervenir militairement sur le territoire d’un État tiers non ennemi comme la Tunisie serait un acte hautement risqué, diplomatiquement suicidaire… à moins d’être couverts de l’intérieur.

Une attaque israélienne… possible sans complice tunisien ?

C’est la vraie question.

D’un point de vue militaire et logistique, Israël possède des drones capables de frapper à distance sans alerter les radars conventionnels. Mais un port tunisien sécurisé, avec une flottille médiatisée, surveillée, dans un pays qui n’a aucune relation diplomatique avec Israël, ne constitue pas une cible simple.

Une attaque israélienne directe dans ce contexte supposerait :

  1. Un drone furtif non repéré par les radars tunisiens — ce que conteste l’armée tunisienne.

  2. Une coupure ou un brouillage radar coordonné – possible, mais difficile à réaliser sans alerter.

  3. Une complicité locale : douaniers, officiers ou agents permettant le passage, ou facilitant une faille.

En résumé : techniquement possible, politiquement explosif, sans complice très peu probable.

La Tunisie n’a aucun intérêt à couvrir une opération israélienne sur son sol, sauf si certains éléments de l’appareil sécuritaire échappent au contrôle de l’État – ou si le feu n’était pas un acte israélien, mais une instrumentalisation politique.

Un mégot dans un gilet : vraiment plausible ?

L’hypothèse tunisienne peut sembler ridicule : un feu causé par un mégot oublié dans un gilet de sauvetage ? Pourtant, les experts le confirment : un gilet en mousse, imbibé d’humidité et enfermé dans un espace clos, peut en effet s’embraser lentement jusqu’à provoquer une combustion.

Mais pourquoi ce gilet ? Pourquoi maintenant ? Et pourquoi sur un bateau ultra-médiatisé, escorté par des activistes aguerris ?

L’ombre de la mise en scène plane des deux côtés.

Fumée sans feu ou feu sans drone ?

Cette affaire illustre le paroxysme de la guerre médiatique : une vidéo dramatique suffit à enflammer l’opinion, avant même la fin de l’enquête.

D’un côté, des militants pro-Gaza prêts à capitaliser politiquement sur chaque incident. De l’autre, des autorités tunisiennes soucieuses de désamorcer toute crise diplomatique avec Israël ou ses alliés.

Et au milieu, une vérité qu’on ne connaîtra peut-être jamais.

Une chose est sûre : si Israël avait frappé, il n’aurait pas pu le faire seul. Et si la flottille a menti, ce ne serait pas la première fois qu’une “attaque” est mise en scène pour mobiliser l’indignation planétaire.

 

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