Ville humanitaire à Gaza : Smotrich prêt à débourser 10 milliards de shekels malgré l’opposition de Tsahal

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Ville humanitaire à Gaza : Smotrich prêt à débourser 10 milliards de shekels malgré l’opposition de Tsahal

Un projet humanitaire aux contours opaques

Sous couvert d’humanitaire, un projet militaro-politique à Gaza ?

Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, propose de bâtir une « ville humanitaire » dans les ruines de Rafah, pour un coût initial de plus de 10 milliards de shekels. Derrière ce geste présenté comme altruiste, les critiques fusent : manque de transparence budgétaire, refus de l’armée d’en assurer la gestion, flou sur les services réellement proposés.

Pour certains observateurs, ce projet dissimule une volonté de contrôle total sur la population palestinienne déplacée. Jusqu’où ira Israël dans sa réinvention du « camp humanitaire » ?

Le ministre des Finances israélien, Bezalel Smotrich, propose de débloquer plus de 10 milliards de shekels pour créer une « ville humanitaire » dans les ruines de Rafah, censée venir en aide à la population « libérée des terroristes » de Gaza. Pourtant, le projet suscite la méfiance au sein même des institutions concernées.

Budget défensif contre financement civique

Au cours d’une réunion cette semaine, les représentants du ministère de la Défense, dont Amir Baram et le chef d’état‑major adjoint Tamir Yadai, ont soumis au Premier ministre Benjamin Netanyahu une demande de 60 milliards de shekels, soit un équivalent de 3 % du PIB, pour assurer une poursuite des opérations à forte intensité en Iran et à Gaza d’ici la fin de 2025 — purement hypothétique aujourd’hui. Pour comparaison, le budget brut de la Défense s’élevait à 172 milliards en 2024, mais ne grimpe qu’à 121 milliards pour 2025  .

Dans le cadre des négociations, Smotrich propose de financer séparément la “ville humanitaire” sur un budget à part, déclarant : « Donnez-moi le montant nécessaire ». L’armée évalue à plus de 10 milliards le seul coût de construction — sans prendre en compte les frais d’exploitation ou d’infrastructure.

Un silence révélateur et des cadres réticents

D’après des témoins présents, l’armée n’a pas souhaité fournir de détails techniques ou financiers sur ce projet, laissant transparaître une réticence de ses cadres à en assurer la mise en œuvre. Un sérieux désaccord a éclaté : Smotrich réclamait un chiffre précis, tandis que Baram refusait tout engagement. Le chef d’état‑major, notamment, rechigne à voir ses troupes assurer la distribution d’aide aux civils  . Le coût de fonctionnement, lui, dépendrait des services prévus : uniquement alimentaires ou bien un ensemble complet (santé, éducation, logement) — « coût différent, bien plus élevé », selon une source.

Un financement contesté et opaque

Le mois dernier, 700 millions de shekels ont été alloués pour nourrir Gaza. Smotrich clame que cet argent ne provient pas du Trésor, mais ni le ministère des Finances ni celui de la Défense ne confirmant la provenance, l’hypothèse d’un prélèvement public sur le budget national paraît la plus plausible — et probablement la première tranche.

Conséquences budgétaires majeures

La déduction de 10 milliards du déficit national contribuerait à le maintenir cette année au‑delà du plafond autorisé, pour la troisième année consécutive, soit environ 4,9 % du PIB, selon la Banque d’Israël. Or, Moody’s vient de confirmer la note Baa1, tout en soulignant le ratio dette/PIB attendu à 75 % à moyen terme — contre 70 % avant octobre 2023 — et insiste pour qu’aucune amélioration ne modifie les perspectives actuelles.

Des critiques virulentes se font entendre

Un journaliste proche de la gauche a dénoncé ce projet en le comparant à « un camp de concentration » — image extrême traduisant l’inquiétude d’un projet aux relents militaro‑administratifs imposés à une population civile dans un territoire occupé.

Contexte et autres voix médiatiques

Les positions radicales de Smotrich ne sont plus à démontrer : il a déjà affirmé que « Gaza sera totalement détruite » et que les Palestiniens « chercheront la relocalisation » pour démarrer une nouvelle vie ailleurs  . Ses idées ont été vivement critiquées par l’ONU, les États-Unis et l’Union européenne, notamment pour ses propos sur la distribution de l’aide par Israël, jugés inacceptables  .

De son côté, Haaretz, journal de centre‑gauche, qualifie ce projet d’« Israel Wants to Build the Most Moral Concentration Camp in the World », dénonçant un dispositif apparemment humanitaire mais fondamentalement contrôlé militaro‑étatique  .

Enseignement et questionnements

– Le conflit budgétaire révèle plus qu’un simple désaccord sur des chiffres : il met en lumière une stratégie idéologique visant à mettre en place, en territoire palestinien, un modèle d’occupation instituée sous couvert humanitaire.

– Le ministère des Finances, dirigé par un représentant de l’extrême droite, semble prêt à tout financer, sans garantie d’évaluation économique rigoureuse ni de transparence. Les coûts d’exploitation, non chiffrés, pourraient atteindre des dizaines de milliards supplémentaires.

– L’opposition interne — Défense et critiques externes — alerte sur les ramifications militaires d’un projet qui s’annonce nettement plus politique que philanthropique.

L’initiative Smotrich apparaît aujourd’hui comme une superposition d’élements contradictoires : un projet humanitaire couvert de voiles budgétaires opaques, appuyé par un ministre ultranationaliste, repoussé par les militaires, critiqué par la communauté internationale, et jusqu’à qualifié par certains comme un simulacre de camp de regroupement. La question cruciale demeure : quels services seront réellement offerts, à qui, et sous quel contrôle ? En l’état, c’est la transparence qui manque encore à ce plan aux ambitions géopolitiques claires.

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