L’Iran après les mollahs : le retour supposé du Shah est-il plausible ?

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L’Iran après les mollahs : le retour supposé du Shah est-il plausible ?

L’Iran après les mollahs : le retour supposé du Shah est-il plausible ?

Le régime iranien, dirigé par les ayatollahs depuis 1979, vacille sous la pression d’une guerre régionale et de mouvements internes s’affirmant plus que jamais.
La question se pose : après 43 ans de théocratie, le peuple iranien accepterait-il de voir un descendant du Shah revenir symboliquement ou politiquement ?
Pour répondre, il faut d’abord comprendre pourquoi le Shah est tombé, comment vivait la population avant 1979, et quelles aspirations s’expriment aujourd’hui.

Le règne du Shah : modernisation, autoritarisme et fractures sociales

Mohammad Reza Pahlavi monta sur le trône en 1941, succédant à son père autoritaire Reza Shah. Il lança dans les années 1960 la « Révolution blanche », vaste plan de modernisation visant à redistribuer les terres, promouvoir l’alphabétisation, l’industrialisation et les droits des femmes  . Derrière cette façade progressiste, le régime s’appuyait sur un pouvoir policier draconien (“SAVAK”), étouffait toute opposition et restait tributaire de l’Occident, notamment après le renversement de Mossadegh en 1953 via un coup d’État orchestré par la CIA et le MI6  .

Le fossé entre modernisation rapide et absence de libertés, entre élites urbaines occidentalisées et masses rurales délaissées, finira par être fatal.
Le consentement social ne suivit pas l’ambition autoritaire. Les protestations crescendo, dès 1977, culminèrent en 1978, notamment avec l’incendie du cinéma Rex en août 1978, déclenchant la révolution  .

Avant 1979 : un peuple partagé entre progrès et autoritarisme

Avant la chute du Shah, l’Iran connaissait des avancées réelles : scolarisation, droits civiques pour les femmes, infrastructures sanitaires et économiques. Mais le prix à payer fut lourd.
Le régime appliquait une censure impitoyable, emprisonnait les opposants et créait une culture du silence politique . Malgré un fort taux d’alphabétisation et une industrie en croissance, une partie croissante de la population, notamment dans les campagnes et chez les religieux, ressentit une fracture inacceptable.

Les élites religieuses, représentées par Khomeini, profitèrent de cette fracture. Son retour d’exil en 1979 fut l’aboutissement d’une colère populaire longuement accumulée  .

1979–2025 : 43 ans de théocratie, frustrations et montée des protestations

Depuis la prise du pouvoir par Khomeini, le régime islamique s’est transformé en une théocratie rigide portée par le principe de la “velayat-e faqih”, ou direction du clergé . La dymamique s’est renforcée grâce à la montée en puissance du Guide Khamenei, successeur en 1989, soutenu par une structure politico-militaire solide et une répression systématique  .

Cependant, le mécontentement populaire ne cesse de croître. Des mouvements comme « Woman, Life, Freedom » en 2022-2023 sont le signe d’une conscience politique citoyenne, exigeant liberté, justice et réformes sociétales  . La lenteur des élections, le taux d’abstention élevé et les manifestations récurrentes confirment un ras-le-bol national  .

Reza Pahlavi : une figure admissible… mais controversée

Le prince en exil, Reza Pahlavi, se positionne comme symbole d’une possible transition démocratique, affirmant qu’il serait un chef de transition plutôt qu’un monarque absolu  . Au sein de la diaspora et parmi certains manifestants iraniens, des enquêtes estiment que plus de 60 % soutiendraient l’idée d’une monarchie constitutionnelle  .

Mais cette vision est loin de faire l’unanimité. Des figures de l’opposition moderne avertissent : un retour de la monarchie pourrait susciter rejet ou nostalgie idéalisée, détournant le pays de la voie républicaine et démocratique espérée . Les jeunes générations, nées après 1979, sont majoritairement tournées vers la démocratie, non vers les régimes héréditaires .

Quelle probabilité pour un retour monarchique?

Aujourd’hui, parler de retour du Shah relève davantage du fantasme que de la réalité politique. L’Iran post-mollahs devrait vraisemblablement passer par une phase de transition démocratique institutionnelle, avec des élections libres et une séparation des pouvoirs.
Le centre de gravité politique s’appuie désormais sur la volonté citoyenne, exprimée dans les protestations, les votes — même si imparfaits — et la société civile .

En outre, Israël et l’Occident, souvent perçus comme imposant un retour monarchique, sont conscients que la légitimité ne peut reposer que sur un verdict populaire véritable. L’idée de « Cyrus Accords » ou d’un rôle de Reza Pahlavi comme figure transitoire, évoquée après sa visite en Israël, demeure donc éloignée de la gouvernance effective .

Monarchie ou république démocratique ?

Le peuple iranien, après quatre décennies de théocratie et une jeunesse éveillée à la mondialisation, aspire avant tout à la démocratie. Si Reza Pahlavi peut symboliser un pont historique, le pays exigera probablement des élections libres, la fin du mandat héréditaire et l’instauration d’un vrai régime constitutionnel.
Plus que réparer un passé, l’Iran veut, semble-t-il, tracer une voie neuve, tirant les leçons de la révolution avortée de 1979 plutôt que d’y revenir.

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