Le cygne orange a frappé : 9 600 milliards envolés à Wall Street

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Le cygne orange a frappé : 9 600 milliards envolés à Wall Street

Wall Street a ignoré l’écriture sur le mur

Ils l’ont vu venir, ils l’ont applaudi, puis ils ont feint de tomber des nues. Donald Trump, le « cygne orange » que Wall Street s’obstinait à prendre pour un génie pro-business, a fait ce qu’il sait faire de mieux : semer le chaos, cette fois à coups de tarifs douaniers mondiaux. Résultat ? Une guerre commerciale tous azimuts, des marchés en chute libre, et un retour inattendu de la stagflation. L’incertitude n’a jamais été aussi prévisible, et pourtant, les investisseurs ont préféré ignorer l’écriture sur le mur.

« Préparez-vous à un bain de sang » : J.P. Morgan sonne l’alerte

C’est par ces mots glaçants – « Préparez-vous à un bain de sang » – que les économistes de J.P. Morgan, la plus grande banque des États-Unis, ont titré un mémorandum interne.
Ce document, écrit à la lumière des derniers événements à Wall Street, reflète un sentiment de panique généralisée parmi les investisseurs et les dirigeants du monde entier à la fin de la semaine passée. Et cette panique n’est pas le fruit d’un virus mortel ou d’un séisme, mais d’un seul homme : Donald Trump, président des États-Unis.

Des droits de douane tous azimuts : même Israël touché

Mercredi dernier, dans la roseraie de la Maison Blanche, Trump a annoncé que les États-Unis imposeraient des droits de douane à près de tous les pays du monde, à un taux minimum de 10 %, pouvant atteindre jusqu’à 56 % pour certains pays comme le Cambodge. Malgré les liens politiques étroits entre Israël et l’administration Trump, les exportations israéliennes vers les États-Unis ont été frappées d’une taxe de 17 %.

Une formule tarifaire absurde ?

Le calcul des taux semble avoir été généré par une intelligence artificielle : le ratio du déficit commercial des États-Unis avec un pays, divisé par le total de leurs échanges, puis divisé encore par deux. Pourquoi cette méthode ? « Donc. » C’est tout ce que l’on sait.
La légèreté de la préparation par l’administration Trump est telle que des droits de douane ont même été imposés à deux îles isolées d’Australie – Heard et McDonald, habitées exclusivement par des pingouins et des albatros.

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La Chine et l’Europe contre-attaquent

Bien que ces taxes frappent la majorité des pays, la principale cible est la Chine, l’adversaire économique numéro un des États-Unis à l’ère Trump. Pékin a répliqué par des tarifs de 34 %. L’Union européenne, aussi concernée, se prépare à réagir. L’Allemagne et la France ont déjà déclaré leur intention de riposter avec fermeté, ciblant de préférence les États républicains américains.

Guerre commerciale ou chantage stratégique ?

Est-ce une nouvelle tactique de négociation à la Trump, prêt à retirer ses menaces contre des concessions politiques ? Ou s’agit-il d’une véritable guerre commerciale mondiale, avec les droits de douane les plus élevés depuis un siècle ? Une chose est sûre : la peur s’est emparée des marchés.

Le krach de Wall Street : une hémorragie de 9 600 milliards de dollars

Une chute historique en deux jours

Les deux dernières séances boursières ont marqué la pire semaine à Wall Street depuis le Covid-19, survenu il y a cinq ans. Le Nasdaq, axé sur les technologies, a chuté de 5,8 % vendredi, atteignant une baisse cumulée de près de 23 % depuis la mi-décembre. Il est officiellement entré en territoire baissier.

Le S&P 500, où de nombreux investisseurs israéliens ont placé leurs économies, a perdu 6 %, sa pire journée depuis mars 2020, et s’enfonce avec 17,5 % de perte depuis la mi-février.

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Une dévalorisation colossale

Depuis l’annonce du plan de « tarifs réciproques » de Trump, ce sont 5 000 milliards de dollars de capitalisation boursière qui se sont évaporés. Depuis son investiture mi-janvier, la valeur totale des entreprises cotées aux États-Unis a chuté de 9 600 milliards de dollars.

Les marchés obligataires signalent une récession

Les obligations d’État à 10 ans sont tombées sous les 4 %, à 3,99 %. Les investisseurs s’y ruent, anticipant une récession et une baisse des taux d’intérêt, non par retour à la stabilité, mais parce que la Réserve fédérale (Fed) n’aura pas le choix.

J.P. Morgan a doublé ses prévisions de récession pour 2024, de 30 % à 60 %. Mais le président de la Fed, Jerome Powell, a déclaré mardi que les nouveaux tarifs douaniers alimenteraient l’inflation, rendant une baisse des taux improbable.

Risque de stagflation : le scénario noir

Ce double phénomène – récession + inflation – s’appelle stagflation, cauchemar absolu des marchés. Et il n’est plus une simple hypothèse.

Les milliardaires ont été aveuglés par leur enthousiasme

Un président adoré des riches

Trump, le 47e président des États-Unis (également 45e), avait été accueilli à bras ouverts par Wall Street et la Silicon Valley. Il promettait moins de régulations, moins d’impôts, plus de fusions-acquisitions : le rêve.

« Après tout, il est l’un des leurs. Un homme d’affaires qui aime jouer au golf pendant son temps libre. »

Des millions de dollars ont été versés à sa campagne. Les plus grandes fortunes de la liste Forbes étaient à son investiture : de Mark Zuckerberg à Jeff Bezos. Le rêve d’un président-profits semblait se réaliser.

Elon Musk, le futur premier « billionaire » ?

Les marchés se portaient si bien que la presse financière spéculait déjà sur le premier être humain à atteindre 1 000 milliards de dollars de fortune. Le favori ? Elon Musk, patron de Tesla, SpaceX et X (ex-Twitter), qui a même intégré l’équipe Trump et qui étrangement vient d'être "viré" de son poste à la Maison Blanche 

L’aveuglement volontaire des marchés

Pourquoi ont-ils ignoré les signaux ? Les investisseurs aiment être du côté des gagnants. Ils croient pouvoir manipuler n’importe quelle situation. Mais ils ont oublié une règle d’or : les marchés détestent l’incertitude.

Et Trump incarne l’incertitude : il change d’avis en quelques minutes, méprise les faits, impose sa vision comme vérité absolue.

Chaos présidentiel : le « Jour de la Libération » devient le jour du doute

Le second mandat de Trump a commencé par des centaines de décrets, certains aussi agressifs qu’imprévisibles. Il a menacé de nouveaux tarifs, puis laissé entendre qu’il accepterait de négocier avec tout pays « faisant un réel geste ».

Les marchés ont compris tardivement que Trump ne changerait pas. Ce sont eux qui se sont trompés sur la vision de l’Amérique qu’il défend.

Deux visions de l’Amérique

Wall Street rêvait d’une Amérique puissance mondiale, leader de la mondialisation, centre financier du monde. Trump, lui, voulait une Amérique fermée, nationaliste, hostile aux échanges internationaux.

L’impact mondial : personne n’est à l’abri

Les États-Unis sont depuis longtemps le centre névralgique du système financier mondial. Toute entreprise ambitieuse veut se coter au Nasdaq ou au NYSE. Même Israël, dont les startups visent ces marchés, est liée à cette puissance.

En Israël, 250 milliards de shekels, soit 10 % de tous les actifs publics gérés, sont investis dans le S&P 500. Et cela ne concerne pas qu’Israël.

Le choc est mondial

La chute de Wall Street a entraîné tous les marchés mondiaux dans sa chute. Même si seuls les États-Unis avaient été touchés, les dégâts sont planétaires.

De cygne noir à canard orange

« Les marchés appellent déjà Trump le cygne orange. » Une parodie du concept de cygne noir, cet événement inattendu qui bouleverse l’ordre mondial.

Mais Trump, lui, n’a jamais été inattendu. Il « marchait, regardait et cancanait comme un canard dès le premier jour ». Les marchés ont refusé de le voir, de l’entendre. Ils ont transformé le canard en cygne. Jusqu’au jour où il s’est envolé… en les entraînant dans sa chute.

Pourquoi les décisions de Trump marquent un tournant historique

Un renversement de l’ordre économique mondial

Depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont façonné le système économique international à travers le libre-échange, les institutions multilatérales (OMC, FMI, Banque mondiale), et une diplomatie économique globalisée. En imposant des tarifs unilatéraux, Trump sape les fondements mêmes de l’économie mondiale qu’il prétend diriger. Ce n’est pas juste une guerre commerciale : c’est un désengagement brutal des règles du jeu multilatéral.

Un précédent : la grande dépression des années 30

L’exemple historique le plus pertinent est celui du Smoot-Hawley Tariff Act de 1930, une politique protectionniste américaine qui a aggravé la Grande Dépression.
De nombreux économistes tirent
un parallèle direct entre ce moment et les mesures tarifaires de Trump, soulignant que les spirales de représailles commerciales peuvent asphyxier la croissance mondiale.

Un choc systémique pour les chaînes de production mondiales

Aujourd’hui, chaque produit technologique est le fruit de chaînes de production globalisées. En imposant des barrières douanières, Trump désorganise les chaînes d’approvisionnement dans l’automobile, l’électronique, la pharmacie… Cela signifie une hausse des prix pour le consommateur américain, mais aussi une pression inflationniste mondiale.

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