Qumrân ou la cachette des trésors du second Temple juif

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Qumrân ou la cachette des trésors du second Temple juif

Nous savons que les manuscrits de la mer morte découverts en 1946 dans les grottes de Qumrân ont fait l'objet d'études sérieuses dans le monde entier, mais étrangement leur analyse a été interdite en Israël pendant 30 ans. 

D'une certaine façon la crainte de découvrir que la chrétienneté de ces manuscrits seraient mis en doute a permis des experts notamment du Vatican à mettre fin aux éventuelles débats que pourraient provoquer l'expertise faite par des non-chrétiens d'autant plus juifs, revendiquant ainsi la messianité incontestable de Jésus que les Juifs ne reconnaissent pas en tant que messie.

Ainsi Sous le couvert d'une méthodologie cartésienne, car fondée sur le doute l'école biblique de Jérusalem a fonctionné pendant près de trente ans au service de l'idéologie chrétienne, niant la judaïté des antiquités qu'elle étudiait pour revendiquer une chrétienneté de plus en plus précoce des groupements humains considérés.

C'est ainsi que les rouleaux de la Mer Morte furent inaccessibles aux chercheurs israéliens n'appartenant pas à l'école biblique pendant plus de vingt ans.

Il a fallu encore dix années d'études internationales pour remettre en question la lecture imposée par l'école biblique qui voulait voir dans la secte juive réfugiée à Qumran une secte chrétienne, et l'on sait à présent que les indices relevés dans les textes par l'école biblique étaient très discutables. L'enjeu idéologique est ici évident.

Il s'agissait pour l'école biblique de trouver un autre foyer du développement du christianisme ancien, proche de Jérusalem et par conséquent du Temple, où se trouvaient historiquement le plus grand nombre d'opposants à la doctrine chrétienne.

Ce faisant, cette découverte permettait de passer sous silence une autre hypothèse, celle d'un groupe juif établi à Qumran pour garder les objets sacrés du temple emmenés avec eux.

La destruction totale du Temple de Jérusalem et de ses objets est une partie intégrale du dogme chrétien, selon lequel cette destruction vient effacer l'erreur des Juifs qui refusent de reconnaître la messianité de Jésus.

L'interprétation des rouleaux de la Mer Morte effaçait ainsi une hypothèse idéologiquement gênante, puisqu'elle mettait en évidence une survie du judaïsme et de ses prêtres, qui remettait en cause la doctrine de la punition collective.

C'est dans ce cadre que la découverte du rouleau de cuivre, puis du rouleau d'argent vint à nouveau bousculer un montage idéologique.

 

L'affaire du rouleau de cuivre et du rouleau d'argent

En 1957, une équipe de chercheurs amena en Angleterre un rouleau de cuivre découvert près du site actuel de Qumran, alors Jordanien.

Cette équipe était chargée par la Jordanie, à qui appartenait le lieu de la découverte, de tenter de dérouler le rouleau et de le déchiffrer.

L'équipe anglaise de spécialistes scia avec une scie de haute précision les différentes épaisseurs du rouleau soudées par le temps. Puis on procéda à la lecture dudit rouleau. L'écriture était d'un hébreu très proche de l'hébreu biblique, ce qui surprit, mais de plus le contenu n'était pas du tout conforme aux attentes de toutes ces équipes. Il ne s'agissait pas de textes religieux, mais apparemment d'un descriptif qui pourrait être qualifié de carte écrite, mentionant la distance et la direction à mesurer entre des points de repères nommés « borim », permettant, en suivant la piste formée par leur emplacement, de retrouver une cache où se trouvait enfoui un second rouleau, le rouleau d'argent, et devant permettre à son tour de trouver la cache d'un très grand trésor d'objets de valeur.

Le débat qui s'éleva ensuite dans la communauté des chercheurs montra clairement le positionnement idéologique de l'école biblique. La découverte d'un rouleau de cuivre décrivant un pareil trésor, à Qumran, sur les lieux désignés par l'école biblique comme étant ceux de l'implantation d'une secte chrétienne, vivant dans une autarcie austère et ascétique, était pour le moins gênante. La stratégie de l'école biblique consista alors à infléchir l'interprétation scientifique du mot « bor » pour situer les lieux décrits par le texte non pas près de Qumran, mais plus près de Jérusalem, sur le mont des oliviers.

Le père Pisner, de l'école biblique de Jérusalem, soutint que le terme de "borim" est à comprendre comme mikvé, et qu'il s'agissait en fait de trous et de bains sacrés situés actuellement dans le cimetière chrétien de Jérusalem, au Mont des oliviers.

Cette interprétation pose un problème qui est cependant de taille, même si le père Pisner ne s'est pas confronté à cette contradiction : Il est surprenant que le scribe hébreu ait utilisé un terme pour un autre, puisque le terme de mikvé est un terme précis qui existait déjà à son époque.

Pisner pense de plus qu'un rouleau plus complet devait avoir existé, qu'il est tombé aux mains de Romains, et que ceux-ci ont déjà pillé toutes les cachettes : il n'y aurait plus rien à chercher. La première hypothèse de Pisner évacue ainsi non seulement la remise en question implicite de l'implantation d'une secte chrétienne à Qumran, mais elle permet de plus de ne pas aborder l'épineuse question d'un trésor du temple de Jérusalem, et de sa sauvegarde avec celle d'un groupe de Juifs, voire de prêtres.

Le professeur Safraï, de l'Université de Bar Ilan, pense que la description du rouleau ne fait pas sens, puisqu'il y est question de "homa" (muraille)dans le texte. Il a donc arrêté son jugement à ce mot en considérant qu'il s'agissait d'une légende (Qumran ne possédant pas de murailles).

Emile Pouech, lui aussi de l'école biblique de Jérusalem, a cherché à soutenir la théorie selon laquelle le trésor évoqué n'existerait plus, en démontrant, après reconstitution par radiographie et ordinateurs d'un double réel de la méguila, que le scribe faisait plus de fautes à la fin qu'au début, et que par conséquent, le rouleau de cuivre n'était qu'une copie d'un autre rouleau.

La méthode est implicitement la même, mais elle va encore plus loin : l'artefact archéologique lui même disparaît, on ne serait plus en présence que d'une copie, d'un faux, et il est clair qu'au delà du rouleau, c'est une histoire donnée du peuple juif que l'archéologue veut ici nier.

Symboliquement, cette histoire, celle de la survivance du judaïsme en Israël, après la destruction du temple, ne serait qu'un faux, et seule serait vraie l'histoire d'une secte chrétienne bravant l'ardeur du désert et écrivant pour sa seule descendance, des textes concernant le mont de oliviers ou des textes saints pour eux seuls.

L'hypothèse originelle de la secte chrétienne, loin d'être remise en cause par ces découvertes, se voit hissée au rang d'argument scientifique : puisque le rouleau a été découvert à proximité de l'implantation de cette secte, alors la description d'objets donnée par ce rouleau ne peut être qu'imaginaire, car il n'est pas possible d'imaginer que les quantités d'argent et d'or décrites appartenaient à une secte si petite, isolée dans le désert.

 

De façon symptomatique, l'équipe anglaise de recherche sur le rouleau de cuivre, n'est pas aussi embarrassée dans ses hypothèses, car elle est moins liée par les enjeux idéologiques que l'école biblique.

Le Professeur Bruk, de l'Université de Manchester, considère actuellement que les objets de valeur et les quantités d'or et d'argent décrites, ne remettent pas en question la description du rouleau de cuivre, mais bien plutôt la théorie de la secte chrétienne méditative isolée à Qumran.

Selon lui, les objets décrits, ainsi que les réserves d'or et d'argent, ne peuvent se justifier que si on considère que ces richesses venaient de Jérusalem, et qu'elles appartenaient au Beit Hamikdash, le Temple.

Qumran n'est pas un lieu d'isolement volontaire, c'est une cachette de ces objets à l'approche des Romains et devant le danger de la chute de Jérusalem, par un groupe de personnes proches des prêtres du Temple. Du moins tel était le but des premières personnes installées à Qumran.

Bruk appuie son argumentation sur le fait que le rouleau décrit une topographie précise, qu'il n'a donc rien d'imaginaire, et qu'on ne gravait pas un rouleau en cuivre s'il s'agissait d'une légende, comme l'école biblique répondait en contre-attaquant.

Ce point de vue trouva un appui inattendu dans les recherches archéologiques effectuées par Wendel Jones, un Américain qui s'est installé près du lieu de fouilles pour rechercher sans relâche les grottes (car telle est son interprétation du terme de « bor ») décrites par le rouleau.

Wendel Jones est un marginal dans le monde de la recherche archéologique, et comme il n'appartient à aucune institution pouvant le contrôler, ses recherches dérangent.

Wendel Jones, dont le personnage haut en couleur a servi de modèle à Spielberg pour son Indiana Jones, fait des fouilles en Israël depuis près de 30 ans.

Sa méthode est simple. Il a pris comme postulat de départ que les textes bibliques ou antiques évoquant des lieux et leur situation sont à prendre au pied de la lettre, et que s'ils ne correspondent pas à la réalité, ce n'est pas parce qu'ils mentent, mais parce que nous ne les avons pas compris.

Il se fonde sur des textes de Flavius Josef, qui est assez imprécis sur le topographie, mais aussi sur l'Ecclésiaste, bien que l'un des problèmes d'interprétation consiste à savoir à quel niveau lire le texte. Le rouleau de cuivre est actuellement conservé à Amman, et Wendel a réussi à s'en procurer une copie, sur laquelle il fonde ses recherches.


Dans cette perspective, il pense en effet que le rouleau a été trouvé dans une grotte à proximité des autres grottes dont il donne la description, et qu'il faut utiliser le texte comme une carte.


Il y a cependant plusieurs façons de lire le rouleau de cuivre, même en l'interprétant comme une carte topographique.

On peut le lire de façon linéaire, diachronique, en suivant le texte. Mais Jones a trouvé qu'en lisant la première ligne de la première partie et la première ligne de la seconde partie, on obtient des phrases complètes, qui donnent un sens topographique plus précis. C'est ainsi qu'il a déterminé un périmètre géographique précis.


Jusqu'ici, ses recherches lui ont donné raison, et Wendel Jones a ainsi retrouvé aux endroits décrits des grottes qui ont effectivement servi de hangar pour abriter des pots, des réserves d'encens -qui correspondent effectivement à ceux brûlés dans le temple- un rouleau d'argent, dont il est question dans le rouleau de cuivre, et un curieux pot en terre de grande capacité rempli de cendres animales dont on pense qu'il pourrait s'agir des cendres de la vache rousse qui a permis durant la période du Temple de se baigner dans l'eau lustrale la seule qui purifie de l'impureté de la mort.


Wendel Jones dérange l'ordre établi par les institutions. Ils n'est ni membre de l'école biblique, ni membre de la recherche universitaire archéologique. Il poursuit ses recherches en se fondant sur des textes bibliques qu'il croit vrai alors qu'il n'est ni juif, ni vraiment chrétien, puisqu'il a fondé son groupe des Bné Noah, enseignant à ses membres les lois noahides (des fils de Noë), comme étant les seules règles à suivre du monde non-juif.


En fait, Wendel Jones dérange, parce qu'il n'appartient à aucun groupe idéologique clair, puisque nous allons voir que le monde universitaire israélien lui-même fonde sa recherche sur une idéologie anti-judaïque implicite.

Article rédigée par Yona Dureau

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