Les enfants yéménites enlevés à leurs parents et ramenés en Israël

Actualités, Alyah Story, Antisémitisme/Racisme, Contre la désinformation, International, Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
enfants yéménites enlevaient par Israel

Article de 8 décembre 2000

Le cas des enfants disparus

Il y a environ 5 ans je suis tombée sur un livre,
" Les gardiens de la cité" relatant entre autre, car bien-sûr, là n'était pas le sujet essentiel du livre, l'incroyable histoire des enfants yéménites enlevés à leurs parents et ramenés en Israël. A leur tour les parents arrivèrent en Israël et réclamèrent leurs enfants.
Il leur a été répondu, tombes à l'appui...qu'ils étaient morts.

Quelques années plus tard, pourtant, ces parents pour la plupart illettrés, reçurent l'incontournable convocation de l'armée... comme tous parents ayant des enfants en âge d'être enrôlés,  Stupeur !
L'informatique de l'armée les aurait donc gardé en mémoire ? Et si ils n'étaient pas mort ?

C'est la question que la plupart de ses parents se sont posée, d'autres ont décidé de trouver la réponse.
L'affaire est actuellement en cours en Israël et l'ouverture d'une enquête a été acceptée par la Knesset.
Nous vous proposons aujourd'hui la première partie expliquant la genèse de l'histoire.
Les résultats des tests ADN, en anglais, pratiqués et contestés sur une mère et une fille retrouvées aprés 50 ans de séparation, ainsi que certaines photos choisies sur une cinquantaine environ
CD

Les enfants yéménites enlevés à leurs parents

Les enfants yéménites enlevés à leurs parents

Nous présentons ici un reportage de Yehiel Man qui a  assisté à l'audience de la commission d'enquête sur les enfants disparus des années 50. Yehiel a tenu à reproduire les événements d'un ton le plus neutre et le plus détaché possible, rendant compte des événements un peu mécanique mais son reportage n'en acquiert que plus d'objectivité, et nous espérons que nos lecteurs sauront apprécier le travail de notre correspondant sur cette affaire.
YD

Reportage de Yechiel Mann :
Audience hebdomadaire de la commission sur les disparitions d'enfants des années 50 à Jérusalem

Lundi 13 Octobre 1997 fut loin d'être un jour dépourvu d'intérêt à Beit Agron, le centre de la presse à Jérusalem. Comme tous les lundi, il y avait une déposition devant la commission d'état sur la disparition des enfants yéménites et d'autres origines ayant eu lieu pendant les années 1948-54.

La première personne appellée à témoigner était Mme Sarah Leicht. En 1950, elle travaillait comme infirmière au centre de la WIZO, Sarah y travaillait tout en y recevant sa formation.
Elle déclara s'être occupée des enfants tous les matins ainsi que chaque après-midi .

Le centre de la WIZO  où elle travaillait se trouvait à Tel Aviv, à la rue Balfour et se nommait "l'institut pour les soins de la mère et de l'enfant".

Mme Leicht révéla que cet institut était en fait un centre d'adoption. Elle révéla le nom des personnes qui dirigeaient ce centre.

Le directeur, Mme Ravina Hirsch, le vice-directeur, Mme Barbash. Le docteur qui travaillait là se nommait Mme Shapira. Les enfants qui étaient soignés par le centre avaient en général
entre un jour et deux ans. Après l'âge de deux ans on les transférait vers un centre de soins pour enfants dirigé par une certaine Mme Releh.

Les révélations de Mme Leicht atteignirent le sommet quand elle présenta à la commission une photographie d'elle-même  et de l'un des enfants dont elle s'était occupé.

Elle se rappelait particulièrement de  cet enfant, nommé Dervish, parce qu'elle l'aimait beaucoup. Elle avait fait une copie de la photo qu'elle remit au comité.

Après que son audience fut terminée, je lui demandai de me montrer l'original. Comme elle le faisait, je vis d'autres photos du centre et je pu avoir une idée de ce dont avait l'air le centre. Il semble que le centre était l'un de ces  nombreux centres qui prenait des enfants volés et les vendait en guise d"'adoption".

Mme Dervish se rappelle le jour où on donna Dervish à une famille polonaise de Jaffa. On donna comme instructions aux soignants et infirmières du centre de ne tenter d'établir aucun contact avec Dervish ou avec ses nouveaux parents, s'ils les croisaient dans la rue, puisqu'ils travaillaient à Tel Aviv, et Dervish fut adopté par une famille de Jaffa.

Mme Leicht rechercha Dervish parmi les bébés qu'elle voyait dans la rue, mais elle ne revit plus Dervish.

On demanda aussi à Mme Leicht si elle se rappellait des cas de mort de bébé pendant leur séjour à l'institut de la Wizo, mais sa réponse fut un simple "non", bien qu'elle se rappella un cas où ils avaient trouvé un bébé âgé d'un jour qu'ils avaient trouvé dans une poubelle.

C'était un cas extrémement rare et elle se rappellait le soin extraordinaire et la chaleur avec lesquels les bébés étaient soignés à l'institut.

La seconde personne à témoigner devant le comité était un homme appellé Dachbash Salah et sa famille. Ils étaient d'origine yéménite.

Leur fille, Zarah, leur fut enlevée au camp d'immigrants de Rosh HaAyin. Il se rappelle comme toute leur famille fut emmenée directement au camp dès leur arrivée. Deux semaines après leur arrivée Zarah fut séparée de la famille et emmenée dans une sorte de
"maison pour bébé" à l'intérieur du camp.
Zarah avait deux ans à cette époque, et venait juste d'être sevrée.

La famille adorait Zarah, et venait la voir tous les jours dans la maison pour bébé, et ce pendant
au moins deux semaines. Un jour, la famille fut invitée pour un week-end chez la tante de Dachbash à Ramat-Gan. Sa tante et sa famille étaient depuis longtemps en Israël.

Quand Dachbash et sa famille rentrèrent au camp et vinrent voir Zarah, on leur dit qu'elle était morte. Dachbash se rappelle avoir demandé quand elle était morte, et on lui répondit qu'elle était morte vendredi.

Il avait vu Zarah vendredi matin et elle avait l'air de bien se porter. Il demanda de quoi elle était morte quand exactement mais on ne lui répondit pas. Dachbash a cherché la tombe de sa fille pendant 50 ans, en vain.
Le numéro d'identité de Zarah fut aussi transmis à la commission d'enquête : il s'agissait du numéro 1054761. Zarah était le troisième enfant de la famille.

Pour soutenir encore ce cas, la famille Salah avait aussi amené pour témoigner la plus grande de leurs filles, Léah. Elle avait 9 ou 10 ans quand Zarah leur fut enlevée. Elle se rappelle comment ils vivaient sous la tente, alors que Zarah était dans un bâtiment, un centre pour
nourrissons.

Elle témoigne et se rappelle qu'ils allaient voir Zarah tous les jours, et ce vendredi même où elle leur fut enlevée. Elle se rappelle avoir vu Zarah en bonne forme et heureuse ce matin-là.
Elle est sûre qu'elle était en bonne santé, et se rappelle que Zarah était resplendissante.

Suivait le témoignage de Mme Yehudit Veintrop devant la commission, selon le numéro de cas 68/97. Mme Veintrop vint en Israël de Pologne, et son mari émigra de Bulgarie. Leur fils Eliezer était né le 1er Décembre 1951.

Il fut circoncis à l'âge de 8 jours comme le veut la coutume. Quelques jours après sa circoncision, il attrappa une petite toux. Les Veintrop appellèrent un mèdecin pour l'examiner, et le médecin leur dit que l'enfant était en parfaite santé.

Peu après un autre mèdecin vint examiner l'enfant et leur dit qu'il fallait emmener l'enfant à l'hopital. Eliezer fut emmené à l'hôpital Haddassah. le jour suivant, M. Veintrop vint voir Eliezer, et on lui dit qu'il était mort.

A ce moment-là M. Veintrop se leva et commença son témoignage. Il déclara se rappeller avoir fait placer l'enfant à Hadassah, rue Balfour, dans le pavillon pour enfants. Le jour suivant, quand il vint voir son fils Eliezer, une infirmière lui dit qu'il était mort et qu'il serait enterré le lendemain dans le cimetière de Givat Shaul. M. Veintrop demanda à voir l'enfant là et maintenant, et on lui répondit qu'il n'y avait rien à voir.

Le jour suivant, M. Veintrop alla au cimetière et demanda à voir la tombe de son fils. On lui dit que suivant la coutume, un enfant en dessous de l'âge de 30 jours n'était pas enterré individuellement.

Eliezer n'avait que 21 jours à cette époque. M. Veintrop dit qu'il était allé à l'hôpital Hadassah le jour précédent à 10 heures du matin et qu'on lui avait dit alors qu'Eliezer était mort.
Il dit qu'Eliezer n'avait qu'attrappé froid. Il ne reçut à aucun moment aucune forme de certificat de décès ou un papier quelquonque concernant Eliezer.

Après le témoignage de M. Veintrop, le rabbin Menahem Porush se présenta et fit son propre témoignage. le cas du rabbin Porush était numéroté 102/97.

Au moment de la disparition d'enfants, Porush était secrétaire du parti politique religieux "Agudat Israel", responsable du ministère de la sécurité sociale pendant le gouvernement Ben Gurion.

Porush rappelle certaines de ses conversations avec Ben Gurion, alors que celui-ci ne savait rien de toute cette affaire et avait demandé plus de preuves de Porush.
A ce moment précis de son témoignage, un homme interrompit M. Porush et exigea qu'il donne toute l'information dont il disposait. Le garde de l'audience exigea qu'il quitte la salle, et cet homme se mit encore plus en colère, se mit à hurler au garde qu'il était officier de police et qu'il connaissait son travail mieux que lui.

A ce moment-là la discussion tourna à la violence, et le garde et l'homme en colère se mirent à se battre, le garde tentant de la faire sortir de la salle, et l'homme se battant avec lui.
D'autres gardes vinrent à l'aide du premier pour faire quitter la salle à cet homme, les médias
se précipitant sur leurs pas pour les suivre.

Porush continua sa déposition devant la commission. Le président de la commission, le juge Yehuda Cohen, lui fit la critique de ne pas donner de faits concrets..

Il lui dit aussi qu'il espérait que Porush avait plus de détails à communiquer et qu'il avait été déçu. A ce moment-là un autre homme, Yinon Gispan, se mit en colère contre la commission et déclara que tous avaient contribué à faire du camouflage.

Il quitta ensuite la salle très en colère et appella à le suivre une personne qui était d'accord avec lui. Il quittèrent la salle, suivis de près par la presse.

Alors que Porush continuait sa déposition, un autre point fut mis en avant : Matti Cohen, de la chaîne Arouts 2 israëlienne, déclara que Porush lui avait donné les noms des personnes impliquées hors antenne, et qu'il avait peur de lees répéter.

Alors que la discussion sur ce problème continuait, une femme se leva et dit calmememt : "Matti Cohen a raison. Pourquoi en discuter quand puisque vous pourriez tout simplement poser la question à Matti Cohen?"

La femme fut accompagnée hors de la salle par le garde. Moins d'une minute après qu'elle fut sortie, la commission appela Matti Cohen à la barre pour témoigner.

Cohen fit des excuse pour avoir exagéré les paroles de Porush et admit que tout ce que Porush avait déclaré était que certains des personnes impliquées étaient en vie et à des postes de hautes fonctions à l'époque, et que la commission devrait les convoquer pour
témoigner devant elle pour s'assurer que ces personne ne détenaient pas d'information encore inconnue de la commission.

M. Cohen déclara ensuite qu'il communiquerait à la commission la totalité de la bande enregistrée de 19 minutes de sa discussion avec M. Porush après l'audience de ce jour.

La discussion de M. Porush et de M. Cohen à ce sujet commença dimanche, lors de la conférence de presse donnée par le "Mishkan Oalim", l'organisation de Uzi Meshulam à l'hôtel "Merkaz" à Jérusalem possédé d'autre part par le parti religieux "Agudat Israel".

Tous les média israéliens étaient présents à la conférence de presse, ainsi que deux membres de la knesset (M. Porush mis à part), M. le rabbin Beni Eilon et Motti Zanberg.

Etaient aussi présents M. Le rabbin Yaakov Silvani, de Mishkan Oalim, qui fit mention d'une douzaine d'autres cas d'enfants perdus qui avaient retrouvé leur famille, et à qui la commission avait envoyé une lettre de "clôture de dossier", cas dont la commisssion s'était gardée de faire mention au public.

L'un de ces cas était celui de Uri Vachtel, qui parla au téléphone à la commission. Vachtel viendra en Israël après les fêtes de Souccot.

Uri Vachtel de la famille Ben-Tov, est né sous le nom de Paltiel, dans l'institut Ein-Shemer de la WIZO.
Paltiel fut enlevé à ses parents et donné en adoption à la famille Vachtel par le centre de la WIZO du camp d'immigration d'Atlit où se trouvait sa famille. Il arriva à l'institut WIZO avec un autre enfant du camp d'Atlit, nommé Hayim. Uri déclara qu'il ferait procéder à des tests d'ADN avant de venir en Israël.

Le premier avocat à s'occuper du cas Vachtel était Yaakov Harrari. Lors de l'audience, il fut aussi question des certificats de décès "en blanc" pré-signés par le ministre de l'Intérieur qui avaient été découverts. Les certificats ont été découverts par Yehudit Hivner, employé de haut grade du Ministère de l'Intérieur désormais à la retraite.

Un article concernant ces certificats a été publié par le Ydiot Aharonot" le 13.6.96.
Dans cet article, les réactions de Mme Hivner sont aussi retranscrites. Selon cet article, on demanda à Mme Hivner d'expliquer comment en 1962, le ministère de l'intérieur envoya des centaines de lettres aux familles des enfants yéménites enlevés, en leur disant au
sujet des enfants 'morts' "qu'ils avaient 'quitté' le pays".

Le brigadier David Maimon lui présenta même deux certificats en contradiction l'un avec l'autre, l'un déclarant que l'enfant nommé Joseph Cohen était mort le 26.11.51 et le second, que le même enfant avait quitté le pays en 1962.

J'ai pour ma part pu voir des centaines de certificats contradictoires car ils sont très nombreux. Hivner était une des personnes interrogées quant aux contradictions entre les divers documents, et les réponses de toutes les personnes interrogées étaient toutes les mêmes.

Pour ne citer que la réponse d'Hivner reproduite par le Yediot Aharonot : "Dans de nombreux cas, le nom même des parents biologiques des enfants adoptés dans les années 50 était inconnu.

Cela vient du désordre terrible des documents, du suivi des enfants qui étaient hospitalisés. Lorsque les enfants guérissaient, leur identité était inconnue, et on ne pouvait pas les rendre à leurs parents."
Il est important de garder à l'esprit cette excuse officielle concernant le désordre des documents empêchant un suivi.

Nous verrons comment ce point est en contradictions avec d'autres informations.
Il faut reconnaître un point concernant le témoignage de Hivner cité dans ce même article :

"Les enfants étaient emmenés dans des instituts et des kibbouts, et beaucoup étaient donnés en adoption." Hivner montra lors de cette interview que les parents adoptifs ne changeaient pas seulement les noms des enfants, mais aussi leur numéro de carte d'identité, rendant impossible toute recherche future...

Traduction faite par Yona Dureau

Seconde partie de ce dossier des enfants yéménites volés à leurs parents

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi