Les Juifs et la Corse : une réalité complexe

Actualités, Alyah Story, Antisémitisme/Racisme, Contre la désinformation, Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest

Les Juifs et la Corse : une réalité complexe

Le CRIF a fermement condamné la profanation d'une mosquée et les incidents antimusulmans en Corse, après l'agression fin décembre, par des jeunes issus de l'immigration, de 2 pompiers et d'un policier dans le quartier de l'Empereur, une « zone sensible » située sur les hauteurs d'Ajaccio. Quant aux nouveaux dirigeants nationalistes de l'Assemblée régionale, ils expliquent à l'envi que la tradition corse est étrangère au racisme. Pour le leader indépendantiste Jean-Guy Talamoni, il s'agit là d'une idéologie d'extrême droite, « importée et qui n'a rien à voir avec notre culture ». Le président de l'exécutif régional élu début décembre, Gilles Simeoni, a renchéri en donnant pour exemple la période de l'Occupation.
« Pendant la Seconde guerre mondiale, a-t-il dit, les Juifs étaient protégés. Il n'y a pas eu de déportations, ce qui fait dire à certains responsables de la communauté juive que la Corse a été l'île des Justes ».

Des propos repris en choeur par les groupes juifs les plus radicaux. Ils se déclarent à la fois solidaires des nationalistes désormais au pouvoir et... des manifestants islamophobes.
Cette proximité relève du fantasme. S'il est vrai que certains militants autonomistes admirent les réalisations du sionisme, la plupart d'entre eux sont favorables à la cause palestinienne. Plusieurs journaux rédigés en langue corse sont même violemment anti-israéliens.

Les insulaires originaires du Maghreb (généralement d'extraction marocaine), eux, ne sont pas tous antisémites. Rachid Birbach, un imam local, c'est décrit sur France 3 comme proche d'Hassen Chalghoumi, imam de Drancy (Seine-Saint-Denis), connu pour sa tolérance, son amitié pour Israël et ses liens avec la communauté juive.

La presse a révélé que Rachid Birbach, président autoproclamé d'une « Assemblée des musulmans de Corse », ne représentait en réalité que... lui-même. Il n'empêche que jeter l'anathème sur tous les Arabes de l'île, comme le fait l'extrême droite juive, est inacceptable.

Enfin, il faut rappeler que Yad Vachem, institution israélienne consacrée à la mémoire de la Shoah, a refusé en 2010 d'inscrire la Corse dans son ensemble sur la liste prestigieuse des Justes, après une requête en ce sens formulée par Maxime Cohen, alors président de la petite communauté juive de l'île.

Motif : les lois édictées par Vichy ont bel et bien été appliquées dans cette région et il y a eu de nombreux collaborateurs corses.

Lettre du gouvernement de Vichy adressée au préfet de Corse en 1942 demandant de procéder aux opérations de ramassage des Juifs

Lettre du gouvernement de Vichy adressée au préfet de Corse en 1942 demandant de procéder aux opérations de ramassage des Juifs.

Le professeur Iannis Roder, du Mémorial parisien de la Shoah, rappelle que durant l'été 1943, 57 chefs de famille juifs de Bastia ont été assignés à résidence, sans aucune protestation de la population.

Pas moins de 20 000 Corses ont été recrutés dans la milice, sinistre supplétive de la police nazie. La presse antisémite insulaire se portait bien pendant cette période.

Plusieurs Juifs ont été arrêtés puis déportés, via le camp d'internement de Rivesaltes, dans le sud de la métropole. Cela dit, la grande majorité a survécu et les Corses, globalement, se sont bien comportés sous l'Occupation, tout comme certains protestants ou catholiques des Cévennes ou du Limousin, qui ont caché des familles entières au péril de leur existence. Mais faire des îliens un peuple forcément philosémite, selon le rêve de groupes juifs radicaux qui recherchent à toute force des alliés imaginaires, n'a guère de sens.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi