Les Juifs doivent-ils quitter l'Europe ? - 2ème partie

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Le magazine américain The Atlantic publie ce mois un reportage en huit chapitres consacré à l'antisémitisme en Europe, posant ouvertement la question: est-il temps pour les Juifs de quitter l'Europe ?

Dès cette semaine, Alliance vous offre en exclusivité une traduction de ce reportage, au rythme d'un chapitre par jour. Découvrez aujourd'hui la deuxième partie, qui revient sur la tuerie de Toulouse en 2012, et s'intitule "N'allez pas chez le Juif"...

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Le 19 mars 2012, au matin, un homme nommé Mohamed Merah, citoyen français d'origine algérienne, parque son scooter devant l'entrée de l'école juive Ozar Hatorah, située dans un quartier résidentiel tranquille non loin du centre-ville de Toulouse. Merah, dont la radicalisation a eu lieu en prison et qui a suivi un entraînement dans un camp d'Al-Qaida au Pakistan, descend et commence presque immédiatement à tirer sur les élèves et les parents présents. Il tue un rabbin âgé de 30 ans et ses deux fils, âgés de 3 et 6 ans. Merah entre ensuite dans la cour, tirant sur les élèves. Il poursuit une fille de 8 ans nommée Myriam Monsonego - la fille du directeur de l'école -, l'attrape par les cheveux et la tue […].

Ozar Hatorah, rebaptisée aujourd'hui Orh Hatorah, est entourée d'un haut mur, surmonté par endroits de fil de fer barbelé. J'ai visité l'école en octobre avec Nicole Yardéni, représentante du Conseil national juif à Toulouse. Yardéni désirait me faire rencontrer un docteur nommé Charles Bensemhoun qui serait à même, disait-elle, de m'expliquer la dégradation des relations entre les quelque 18 000 Juifs de Toulouse et la population musulmane, bien plus importante, de la ville.

Bensemhoun, qui a la cinquantaine, est un séfarade, né au Maroc. Les trois-quarts des Juifs de France sont des séfarades, chassés d'Algérie, du Maroc et de Tunisie dans les années 50 et 60.

Plusieurs des patients de Bensemhoun sont des musulmans d'Afrique du Nord. "Ce sont des gens comme, qui sont nés là-bas", me dit-il. "Nous parlons la même langue, littéralement. Et nous nous comprenons très profondément. Ils n'ont pas de problème avec moi en tant que médecin. Mais ça a changé depuis quelques années. A présent, leurs enfants leur disent: "n'allez pas chez le Juif", "vous ne pouvez pas faire confiance au Juif". Ils se sont radicalisés. C'est triste. La nouvelle génération est antisémite d'une manière que nous n'avons jamais connue." […]

Je lui ai demandé s'il pensait avoir un avenir à Toulouse. Il a souri. "Y a-t-il un quelconque avenir à Toulouse pour les Juifs ?" […]

Plus tard, j'ai demandé à Nicole Yardéni pourquoi la famille Monsonego était restée à Toulouse. Elle-même est l'une des dirigeantes de la communauté les plus connues; elle a reçu de nombreuses menaces de mort. "Si les dirigeants partent, me répond-elle, que va-t-il arriver au reste de la communauté ?"

 

Source: Jeffrey Goldberg, The Atlantic, avril 2015

Traduction et adaptation: Julien Pellet

Voir également:
Les Juifs doivent-ils quitter l'Europe ? - 1ère partie


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