Vol AF447: le BEA s'attend à une enquête longue et difficile

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L'enquête sur la disparition du vol AF447 qui devait relier Rio de Janeiro à Paris s'annonce longue et difficile, a averti mercredi le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA), qui a tenu à rester très prudent. Alain Bouillard, désigné pour conduire l'enquête, a toutefois annoncé que le BEA prévoyait de publier un premier rapport fin juin.

Lors de la première conférence de presse organisée au siège du BEA au Bourget depuis la disparition de l'A330-200 lundi au-dessus de l'Atlantique, M. Bouillard, qui était chargé de l'enquête sur le crash du Concorde à Gonesse (Val-d'Oise) en juillet 2000, a précisé que quatre groupes de travail avaient été constitués pour enquêter dans quatre domaines: les recherches en mer, l'historique de l'avion, l'exploitation de l'avion, ses systèmes et ses équipements.

Il a aussi annoncé que deux enquêteurs du BEA, accompagnés de spécialistes d'Airbus et d'Air France, s'étaient rendus à Rio de Janeiro pour collecter des informations "indispensables pour l'enquête, notamment les radiocommunications et les trajectoires radar". Il a souligné que 20 personnes du BEA travaillaient sur l'enquête, associées à une trentaine de personnes d'Airbus et d'Air France.

Rappelant que l'enquête était menée "de manière totalement indépendante" par la France, en collaboration avec des enquêteurs brésiliens, le directeur du BEA Paul-Louis Arslanian a expliqué pour sa part que l'enquête ne faisait "que commencer", qu'elle serait "difficile" et que le travail serait "très très long" pour déterminer les causes de la disparition de l'avion à bord duquel se trouvaient 228 personnes.

"Nous ne pouvons pas nous permettre de dire n'importe quoi. il est indispensable que nous vérifions tout", a-t-il observé, en insistant sur le fait que "la transparence" serait totale, mais qu'il ne parlerait que lorsque "quelque chose est établi". "On ne peut pas se satisfaire d'un 80% de compréhension", a-t-il dit. "Nous sommes devant un puzzle. Nous ne savons même pas l'heure exacte de l'accident".

Paul-Louis Arslanian a remarqué que même si les boîtes noires n'étaient pas retrouvées, les enquêteurs devraient être prêts à poursuivre l'enquête sans elles. "Il va falloir essayer d'identifier les enregistreurs qui sont un élément très important d'une enquête, mais il faut nous préparer aussi à travailler sans tout ceci", a-t-il dit, en notant que les enquêteurs pouvaient se retrouver "bloqués par l'absence d'éléments de référence".

Il a souligné que "la localisation et si possible la récupération d'éléments de l'épave" était "une étape extrêmement importante", mais que le BEA n'avait encore "aucune idée précise" de l'endroit où se trouve l'épave. "L'accident s'est produit pratiquement au milieu de l'Atlantique dans une zone où les fonds sont très importants, et en plus avec des variations très importantes. C'est un paysage plutôt de montagnes que de plaines", a-t-il précisé. "Cette catastrophe, la pire qu'ait connue notre pays en matière aérienne, se situe dans une zone qui est extrêmement difficile", a-t-il ajouté.

Concernant la présence éventuelle de givre sur les sondes de l'Airbus disparu, il n'a pas donné de réponse. "Nous parlerons quand nous aurons des éléments", a-t-il une nouvelle fois déclaré.

Il a observé qu'en tout cas, "aucun élément" ne montrait que l'avion avait un problème avant le départ de Rio de Janeiro lundi à 19h locales (22h GMT). L'appareil aurait dû atterrir lundi à 11h15 (9h15 GMT) à l'aéroport parisien de Roissy-Charles de Gaulle.

Interrogé dans le journal de 20h de France-2, M. Arslanian a précisé que l'enquête était aussi basée sur les "messages qui ont été émis par l'avion". "Ces messages donnent un certain nombre de systèmes en panne, dans une période extrêmement courte, de l'ordre de la minute, mais il ne s'agit que d'un certain nombre de systèmes", a-t-il expliqué, rejetant l'idée que la totalité des instruments de l'appareil étaient en panne. "Non, il y avait encore des éléments qui fonctionnaient, ou alors les émissions d'informations se sont arrêtées", a-t-il insisté. "Mais les informations que nous avons portent sur des équipements (...) de conduite du vol, de pilotage, donc des équipements importants".

Interrogé sur l'existence d'un message faisant état d'une dépressurisation de l'appareil, "à ma connaissance non", a-t-il répondu, précisant qu'il existe "plusieurs pages" de messages. "Mais ce sont des indications extrêmement courtes", a-t-il ajouté, "pour autant ça n'explique pas l'accident".

Gérard Feldzer, directeur du musée de l'Air et de l'Espace et ancien pilote de ligne, qui était présent à la conférence de presse, a estimé que le BEA avait été dans son rôle en soulignant qu'il ne subirait pas "les pressions politiques ni les pressions médiatiques pour pouvoir travailler en toute sérénité, et ne dire que des choses qui soient certaines".

Il a assuré à propos des causes de l'accident qu'il était "trop tôt pour dire qu'on peut écarter quoi que ce soit, y compris l'attentat". "Que ce soit une explosion, un feu, un décrochage, un dégivrage, des pannes électrices diverses, on peut avoir des hypothèses à l'infini", a-t-il souligné.

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