L'ombre de Merah plane sur le procès d'Adlène Hicheur

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Article paru dans "L'Express"

Ce physicien franco-algérien est jugé à Paris pour avoir rédigé des courriels où des actions terroristes étaient évoquées. Un procès sur lequel planera l'ombre de l'affaire Merah.

Il aura en face de lui le plus féroce des procureurs: l'air glacial du temps. Les 29 et 30 mars, Adlène Hicheur, un physicien franco-algérien de 35 ans, en détention depuis deux ans et demi, sera jugé, à Paris, dans un dossier de terrorisme. Souhaitait-il, comme le "tueur de Toulouse", mettre la "France à genoux", en visant des cibles militaires? Hicheur bénéficie du soutien de la communauté scientifique et de la Ligue des droits de l'homme. "On a voulu, par tous les moyens, faire de lui un homme qu'il n'est pas", assure son avocat, Me Patrick Baudouin.

La polémique sur l'action de la police à Toulouse est soudain venue donner un autre relief à cette affaire, emblématique de l'équilibre précaire entre sécurité et liberté. Combien d'années de prison vaut l'envoi de 35 courriels où s'exprime la haine de l'Occident, au point d'envisager des attentats, mais sans passage à l'acte?

Cibler "les industries vitales de l'ennemi"

Au début de 2009, la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) intercepte des e-mails cryptés, prouvant l'intérêt du jeune chercheur pour la violence. Ainsi le 12 janvier 2009, Adlène Hicheur s'interroge-t-il sur les moyens d'"accélérer la récession économique", en ciblant par exemple "les industries vitales de l'ennemi" comme Total, BP ou Suez. Hicheur, sous le pseudo Abou Doujana, envisage de répertorier des objectifs militaires, anticipant même les conséquences d'une campagne "d'assassinats ciblés"...

Depuis son arrestation, le 8 octobre 2009, il n'a jamais contesté le contenu de ses e-mails, dont il a fourni aux policiers les mots de passe. Mais il relativise leur portée. Le scientifique assure ainsi au juge d'instruction : "Je n'ai jamais voulu participer à une entreprise impliquant des actes de violence. Je n'ai pas eu cet état d'esprit." Les magistrats de la 14e chambre correctionnelle ne le croiront pas sur parole. Mais l'enquête n'a établi aucune préparation d'attentat, pas même un repérage. Et le dossier recèle encore de troublantes zones d'ombre.

Ces mystères tiennent au profil et aux motivations du correspondant sur Internet d'Adlène Hicheur: l'utilisateur de l'adresse soleilde36@yahoo.fr et du pseudo Phenixshadow. Qui est-il vraiment? Pour la DCRI, il s'agit d'un islamiste algérien, membre d'Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi). Cet acteur clef, mais sans visage, s'appellerait Mustafa Debchi. A-t-il cherché à piéger Hicheur? 

"Je lui ai proposé l'idée de constituer une cellule djihadique en Europe"

Les deux hommes, a priori, ignoraient leur identité respective, ne communiquant que sous pseudo. Sur la Toile, Phenixshadow, alias Debchi, aguiche le "chaland", recrutant des volontaires pour des attentats. "J'étais choqué sur les propositions d'actes en général et cette manière de faire en particulier, c'est-à-dire des actes aveugles", affirme Hicheur au juge, consentant avoir eu "un échange sur ce que, lui, appelait résistance".

Rebondissement en février 2011: la presse algérienne annonce l'arrestation de Mustafa Debchi dans les Aurès. Paris demande donc à Alger son audition. Une fois traduit, ce témoignage capital tient en quatre malheureuses pages de procès-verbal, sans pièce d'identité. Debchi reconnaît être un "chargé de l'information" pour Al-Qaeda au Maghreb islamique. Selon lui, le physicien franco-algérien a d'abord refusé de commettre une opération suicide. "Par la suite, je lui ai proposé l'idée de constituer une cellule djihadique en Europe", poursuit Debchi. Hicheur aurait alors proposé de prendre pour cible "une caserne militaire qui entraîne des unités de l'armée française avant de les envoyer en direction de l'Afghanistan", le 27e bataillon de chasseurs alpins, basé en Haute-Savoie.

Debchi serait toujours incarcéré dans son pays. Quant à Adlène Hicheur, il devra répondre de l'accusation d'"association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste". Seul.  

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