Le parcours de trois cents familles juives lensoises reconstitué par deux historiens

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le-parcours-de-trois-cents-familles-jui-649516.jpgArticle paru dans "La Voix du Nord"

A.Tajchner (au pupitre) a rendu hommage aux juifs déportés. Claire Zalc a été longuement sollicitée lors de la présentation de son livre. A.Tajchner (au pupitre) a rendu hommage aux juifs déportés. Claire Zalc a été longuement sollicitée lors de la présentation de son livre.

Hier à l'occasion de la commémoration du 68e anniversaire de la rafle de 528 déportés juifs de Lens, deux chercheurs du CNRS, Claire Zalc et Nicolas Mariot ont présenté leur ouvrage « Face à la persécution, 991 juifs dans la guerre ».

Après une cérémonie empreinte d'émotion, au monument aux morts de la rue Van Pelt, la communauté israélite de Lens, présidée par Alain Tajchner, et la municipalité, ont invité les personnes qui venaient de se recueillir à découvrir l'ouvrage de deux chercheurs du CNRS Claire Zalc et Nicolas Mariot, coauteurs de « Face à la persécution, 991 juifs dans la guerre ». « C'est une grande émotion d'être ici aujourd'hui, ça nous tenait à coeur », confie Nicolas Mariot, qui a découvert Lens en 2002. « La première fois que nous sommes venus ici, c'était pour récupérer un fond d'archives privé.

Et c'est à ce moment qu'a mûri l'idée de notre ouvrage ». En 2002, les deux chercheurs se rendent à Lens, plus précisément rue Raoult-Briquet, pour étudier un fond d'archives appartenant à Sosche Salik qui en 1930 avait créé un commerce de tissu à Lens. « Nous avons alors découvert une communauté juive particulière, en lien avec l'immigration polonaise,poursuit-il. Certains vendaient du tissu dans les corons. Nous avons rencontré des gens qui nous ont formidablement bien accueillis et qui nous ont emmenés à la synagogue, ou au cimetière. » C'est d'ailleurs une photo de Sosche Salik et de son époux Adolphe, assassiné par la milice en 1944 dans l'Isère, que l'on retrouve sur la couverture du livre.
Six ans de recherche

Publié avec l'aide de la Fondation de la mémoire de la Shoah, cet ouvrage raconte l'histoire de la Shoah, non plus du point de vue des bourreaux, mais du point de vue des victimes. « Nous avons choisi de le construire à partir d'archives, ajoute Claire Zalc.

Vous remarquerez qu'il y a de nombreux tableaux. Nous avons voulu décrire ce que vivaient les juifs à Lens et pour ce faire nous avons travaillé sur 991 personnes de Lens, arrêtées ou non, entre 1940 et 1945. Nous avons décrit ce qu'elles ont vécu pas à pas. » Les deux historiens vont alors puiser leurs informations aux archives départementales à Dainville mais aussi dans les archives nationales ou encore dans les dossiers de demandes de naturalisation, en Israël, en Suisse... « Nous sommes partis des noms qui figurent sur la plaque de marbre de la synagogue et nous avons cherché le plus de documents possibles sur chaque famille.

Ensuite, nous avons suivi les parcours dans les camps. D'ailleurs n'hésitez pas, si vous le souhaitez à nous solliciter, nous sommes prêts à vous communiquer tous les éléments dont nous disposons. » Le croisement de l'ensemble de ces sources à permis aux auteurs de reconstituer l'itinéraire de trois cents familles juives lensoises et suscité l'émotion de l'ensemble d'une communauté. « Je n'ai jamais connu mes grands-parents maternels. Je n'ai aucune photo d'eux, confie avec émotion une lensoise.

Aujourd'hui, vous nous avez apporté des témoignages extraordinaires. » Une Strasbourgeoise, qui avait fait le déplacement hier à Lens pour participer à la commémoration du 68e anniversaire de la rafle de 528 déportés juifs de Lens, salue également le travail considérable réalisé par ces deux chercheurs. « Nous savions que mon grand-père avait été raflé à Lens... J'ai fait des recherches et j'ai appris qu'il résidait rue de Douai, où il était vraisemblablement colporteur de tissu. » Et pour cette petite-fille de déporté, comme pour tous les autres, il était essentiel de rendre hommage, hier, aux juifs, femmes, hommes et enfants qui ont souffert.

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