Ground Zero, un lieu de mémoire qui appartient à tous

International - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest

newyorkpolemique.jpgGround Zero. Ce qui reste des tours jumelles du World Trade Center, effondrées dans les attentats du 11 septembre 2001, est un lieu de recueillement et de deuil. Mais c'est aussi un immense chantier qui bruisse d'activité et qui s'apprête à retourner à la vie.
Pour certains, c'est une blessure pas encore refermée, ou bien le symbole de la résilience d'une nation, ou encore tout simplement un endroit où la vie continue, mais à New York, Ground Zero est un peu à tout le monde.

Louis Pabon, qui participa au déblayage dans les semaines qui suivirent les attentats, est catégorique: "C'est à moi". Devant l'église Saint-Paul, qui servit de QG aux secouristes, il a remis son casque de chantier pour vendre les photos des ruines fumantes prises à l'époque.

Mais devant l'église, les touristes se pressent devant les murs du souvenir. Le Burger King est bondé, et chez Century 21, le grand magasin discount juste en face de Ground Zero, il y a 85% de réduction sur les chemises.

Après le 11 septembre, pendant des mois, il y a eu le deuil. Car tous avaient perdu quelque chose: parfois un être cher, une connaissance. Une image du "skyline" de Manhattan. Un sentiment de sécurité. Un portefeuille de valeurs.

Les musulmans de New York ont eux perdu le sentiment qu'il n'étaient qu'une composante parmi d'autres de la ville-monde. Et l'envie de s'exprimer à haute voix. "Personne ne peut plus parler d'Islam. L'Islam est devenu synonyme de violence", soupire Noureddine Elberhoumi. Ce chauffeur de taxi s'abstient depuis d'évoquer son appartenance religieuse. "Dans leur esprit, l'Islam ramène toujours à l'Irak, à l'Afghanistan, au 11 septembre, et c'est tout".

Très vite, le pasteur de Saint-Paul affirma que Ground Zero était une "terre sacrée". Pour les familles de plus de 1.100 victimes dont les restes n'ont jamais été retrouvés, c'est l'unique cimetière. "Les restes de mon fils sont éparpillés à jamais", dit Sally Regenhard, dont le fils Christian, pompier, est mort dans l'effondrement des tours.

Depuis le 11 septembre 2001, les batailles n'ont pas cessé à Ground Zero. Batailles pour le terrain, pour continuer les recherches, sur un espace où, cinq ans après, la terre rendait encore de minuscules morceaux des cadavres disparus. Les compagnies d'assurances ont combattu les promoteurs. L'Etat et les promoteurs se sont affrontés sur le financement et sur le nombre de tours qui seraient reconstruites.

Les familles se sont battues, contestant projet après projet, se déchirant sur le fait de savoir comment rendre hommage à la mémoire des morts. Aujourd'hui, c'est le centre culturel islamique à deux rues de Ground Zero qui a déclenché le débat.

Pendant toutes ces années, Ground Zero est resté fermé. Rares ont été ceux qui ont foulé son espace: les ouvriers travaillant aux chantiers, de déblaiement puis de reconstruction. Les invités aux cérémonies annuelles du souvenir. Le pape lors de sa visite en 2008.

A part eux, chacun a donc pu se faire, de loin, de cet intouchable Ground Zero sa propre idée, son propre mausolée.

Mais c'est a priori la dernière année: le 11 septembre 2011, pour les dix ans, le mémorial des attentats devrait être inauguré, et ouvert au public.

S'y côtoieront sans doute alors des endeuillés venus pleurer un fils ou une épouse, des joggeurs ou des amoureux et des employés pour leur pause-déjeuner...

Ce mémorial a toujours eu pour objectif de refaire de Ground Zero un lieu de vie, "réinséré dans ce quartier de Manhattan", explique le professeur James E. Young, membre de la commission de sélection du projet. "A moins de transformer tout l'espace en cimetière avec des barrières en disant qu'il était en quelque sorte inviolable (...) nous savions que même les lieux sacrés ont un usage public", dit-il.

Certains avaient suggéré de marquer les empreintes des tours disparues, et de réserver cet espace aux familles des victimes.

Mais cela suggérait que Ground Zero n'appartenait qu'à elles. "Et quid des blessés? Des survivants? Et de tout le reste des habitants de la ville, qui se sont aussi sentis violés et attaqués?", ajoute-t-il. Sans compter, bien au-delà, tous ceux qui ce jour-là se sont sentis atteints, aux Etats-Unis, et dans le reste du monde...

Mais, entre querelles et compromis, le site du World Trade Center a perdu un peu de sa force et de son ambition dans l'imaginaire collectif.

La Freedom Tower, gratte-ciel central aux symboliques 1.776 pieds de hauteur (environ 541 mètres), un pour chaque mort, a été renommée One World Trade Center, et son allure aérienne, rêvée par l'architecte Daniel Libeskind, est un peu revenue sur terre, limitée par les contraintes de la pesanteur et du financement...

Au Memorial Preview Site, les visiteurs se pressent pour prendre en photos et admirer le modèle réduit du Ground Zero de demain. Restent les piscines qui marqueront l'empreinte des tours mortes, avec ce qui devrait être les plus grands jeux d'eau. Restent des immeubles élancés et élégants, et des arbres. Un lieu qui semble paisible, et prêt à accueillir la vie.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi