Joel Coen : « Nos personnages sont plus réalistes »

Chronique Cinéma - le - par .
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cohen.jpgArticle paru dans "Le Figaro", le 10/12/08

Avec
son frère Ethan, il enrôle une bande de stars dans une comédie
d'espionnage peuplée de faux agents secrets et de vrais idiots.
«Burn
After Reading» Comédie d'espionnage de Joel et Ethan Coen, avec John
Malkovich, George Clooney, Brad Pitt, Frances McDormand, Tilda Swinton.
Durée : 1 heure 35.
C'est un vaudeville d'espionnage avec poursuites
et quiproquos, intrus dans le placard, faux documents secrets et vraies
pantalonnades. Et avec John Malkovich, Brad Pitt, George Clooney,
­Frances McDormand, Tilda Swinton, Richard Jenkins, tocards de grand
style égarés, à Washington, entre un fitness-club et la CIA qui y perd
ses codes. Cette fois encore, avec Burn After Reading, le brillant
tandem des frères Coen ne décevra pas. Producteurs, scénaristes et
réalisateurs, ils sont inséparables, sauf au moment de la sortie du
film. Sous les lambris du Meurice, Joel parle seul, mais pour deux.

Vous avez écrit ces rôles plutôt déjantés sur mesure pour vos acteurs. Qu'est-ce qui vous a inspirés en eux ?

Joel
COEN. En fait, nous nous sommes contentés de pousser à l'extrême un
procédé qu'on emploie assez souvent. Seul John Malkovich débarquait
pour la première fois dans un de nos films, mais il faisait déjà
virtuellement partie de la famille, depuis le temps qu'on souhaitait
tourner avec lui. Pour les autres, on fréquente tellement cette bande
qu'elle est une source d'inspiration naturelle. Je ne parle pas de
leurs personnalités, mais de ce qu'ils dégagent ensemble ; ce qui nous
amuse, c'est d'imaginer les interactions qui peuvent se produire entre
eux.

D'où vient l'idée de faire de Frances McDormand et Brad Pitt les employés d'un centre de remise en forme ?

La
réalité qu'on a sous les yeux. Le sport, le bien-être, la forme
physique, la chirurgie plastique, tout cela fait partie de la culture
moderne. Comme les rencontres érotiques sur Internet. C'est la vie
quotidienne d'aujourd'hui, que n'importe qui peut observer. À l'opposé,
il y a le ­monde de Washington, les services secrets, une sorte
d'abstraction mythique dont on n'a aucune expérience, sinon pour
l'avoir vu fonctionner au cinéma. Le jeu consiste à rapprocher ces deux
mondes qui n'ont vraiment rien à voir, et toute la difficulté, très
plaisante, du scénario était de trouver comment ils pouvaient
interférer.

On trouve des idiots de tous les côtés ! Vous
complétez la galerie déjà occupée par The Big Lebowski ou le Clooney
aux dents superblanches d'Intolérable Cruauté ?

Sans
doute, on revient parfois dans Burn After Reading à des endroits déjà
visités. Mais nous essayons de faire des choses différentes et de
varier les tonalités. Ce qui est intéressant, c'est de mêler le sérieux
à l'humour, que la ligne ne soit pas toujours la même. Je ne vais pas
nier que ce film est peuplé d'idiots, mais pas seulement, et pas
continûment. Les héros ne sont peut-être pas plus idiots que la
moyenne. Quand vous racontez une histoire de crime au cinéma, le
criminel est généralement plein d'astuce et d'intelligence. Si vous
regardez la vie, beaucoup d'assassins et d'escrocs n'ont rien de très
brillant. Nos personnages sont simplement plus réalistes…

D'où la perplexité au sommet de la CIA…

Les
patrons de l'Agence se demandent ce qui se passe, eux ne sont pas
idiots. Il se trouve que seul le public a la réponse et sait pourquoi,
en haut lieu, personne ne peut rien comprendre.

Il paraît que vous aviez déjà fait un film d'espionnage que personne n'a vu ?

Et
pour cause ! Nous devions avoir une dizaine d'années quand on a tourné
avec une caméra Super 8, et c'est très généreux d'appeler le résultat
un film ! Cela faisait partie de nos jeux d'enfants.

Vous vous amusiez déjà avec le cinéma ?

Toujours,
c'était notre distraction favorite : inventer des histoires, et
bricoler des films avec un matériel d'amateur. On les faisait tantôt
ensemble tantôt séparément, Ethan et moi. C'est à l'âge adulte que nous
nous sommes vraiment retrouvés dans le travail.

Puisque nous en parlons, comment était votre enfance ?

Calme et confortable, dans une famille ordinaire de la middle-class américaine. Pas de drame.

Votre prochain film ?

A
Serious Man, une histoire située dans le Midwest en 1967, qui nous
ramène justement à notre enfance et à notre culture juive, sans être du
tout autobiographique.

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