JEWBOY

Chronique Cinéma - le - par .
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Un film de Tony Krawitz
Avec Ewen Leslie, Naomi Wilson, Saskia Burmeister
Durée : 52 minutes
Date de sortie : 21 février 2007

Présenté au festival de Cannes dans la sélection Un Certain Regard en 2005, Jewboy offre une vision passionnante de la culture juive orthodoxe. L’œil du
réalisateur australien Tony Krawitz sur cette communauté, a priori
opaque, possède la précision d’un documentaire, tout en insufflant
l’émotivité nécessaire à l’émergence d’une empathie envers le
personnage principal.

Synopsis
Yuri
rentre à Sidney suite au décès de son père, Rabbin de la communauté. Ce
retour aux sources ajouté à son deuil entraîne une réaction de rejet de
la route tracée pour lui. Le jeune homme s’interroge de plus en plus
sur son mode de vie et cherche à se fabriquer une nouvelle existence.

Jewboy_Photo06.jpg Le film commence par le rituel de tahara, la purification du corps du défunt, qui démontre d’emblée le souci d’authenticité du réalisateur. Jewboy,
au titre aussi simple que révélateur, apporte avant tout un éclairage
salutaire sur certaines pratiques de la communauté juive orthodoxe. Un
regard extérieur qui tente de pénétrer dans le mystère communautariste,
sans jamais tomber dans la caricature. En un sens Jewboy remplit un rôle pédagogique, conscient ou non. Cependant les 52 minutes
de cette œuvre intimiste ne sauraient se réduire à une leçon de
judaïsme.
Et c’est là que le personnage de Yuri intervient, vecteur
des questionnements que tout un chacun se pose à un moment ou un autre,
quelque soit sa culture et son éducation, sur sa vie et le sens qu’il
doit lui donner.

De par le contexte, Yuri remet en cause son mode de vie régi par la religion, lui que tout sonjewboy_10.jpg entourage prédestine à devenir rabbin, comme l’était son père, mais les
doutes dont le jeune homme est assailli s’inscrivent dans une
perspective universelle. Ses 23 printemps, cette période charnière
entre l’adolescence et l’âge adulte, la perte de son père, son retour à
Sidney auprès de sa famille après avoir étudié en Israël, tous ces
facteurs poussent Yuri à s’interroger sur qui il est vraiment. Ou
plutôt qui il voudrait ne pas être. Ici il s’agit d’un rapport à la
religion à repenser entièrement. Rapport à la religion qui décline
rapidement et logiquement sur un rapport au sexe.
Iraillé entre les
exigences de sa foi et ses désirs charnels de jeune homme
inexpérimenté, Yuri cherche, tâtonne. Il scrute l’effleurement d’une
main, l’insistance d’un regard, s’enferme de plus en plus dans une
logique de séduction… pour mieux se libérer des carcans religieux.

jewboy_11.jpgObjet
de désir ultime, la femme, aguicheuse, mystérieuse, mais surtout pas
sienne. Toujours en quête d’une nouvelle vie, Yuri fuit sa promise de
confession pour mieux s’enticher d’une belle laveuse de taxis, goy bien
sûr. Notre garçon juif devient d’ailleurs lui-même chauffeur de taxi,
toujours dans cette logique de quête identitaire et surtout de rejet de
la vie qui lui est promise par sa communauté. Cette fuite en avant lui
permet d’ouvrir les yeux sur le monde extérieur et ses tentations. La
question est de savoir comment réagir face à ces nouvelles perspectives
qui se présentent à lui. Yuri se trouve à la croisée des chemins et
s’octroie, en s’extirpant du cocon communautaire protectionniste, le
plus beau et le plus compliqué des privilèges : la liberté de choisir.
Le choix de vivre, d’être comme il l’entend. Encore faut-il savoir ce
que l’on veut.

Alors,
tout s’entremêle, colère liée à la mort du père, défi des institutions,
recherche de la sexualité, autant de questionnements, de doutes, de
remises en cause qui peuvent être considérées comme l’essence même du
judaïsme. Cette capacité à ne rien tenir pour acquis, à interroger sans
cesse le monde qui nous entoure, n’est-elle pas la base du cheminement
juif ? Ce message que Joann Sfar clame avec humour dans ses épisodes du
Chat du Rabbin, Tony Krawitz semble le distiller également dans Jewboy. La fin, ouverte, demeure dans cette volonté de ne rien imposer, chacun décidera du chemin à emprunter.

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