Guet , procés de Viviane Amsalem interview inédite de Shlomi Elkabetz signé Laurent Bartoleschi

Chronique Cinéma - le - par .
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Le film avait été présenté en première mondiale à la Quinzaine du dernier Festival de Cannes; il fut grandement applaudit et remarqué de part sa qualité de mise en scène et un état de fait plus qu’explosif.

 

Au-delà du problème posé - celui de la demande de divorce d'une femme à son mari, qui, ce dernier, porte un refus catégorique - le troisième et dernier volet des frères et sœur Elkabetz sur la femme contemporaine israélienne est réellement d'une beauté et d'une puissance stupéfiantes. « גט, le Procès de Viviane Amsalem »  demeure un film coup de poing, un véritable cri de révolte de la part d'une femme envers la loi religieuse.   

Le film sort en salles le mercredi 25 Juin.

A ne rater sous aucun prétexte!

Rencontre avec Shlomi Elkabetz , frère de Ronit, auteur et réalisateur du film.

 L.B : Pouvez-vous nous rappeler l’histoire brièvement de cette trilogie ?

Shlomi Elkabetz : Lorsque l’on a décidé d’écrire cette trilogie avec ma sœur Ronit, on a voulu mettre en relief les trois étapes d’une femme israélienne sans cesse à la recherche de la liberté, de sa liberté. 

 

Dans « Prendre Femme », il était question de traditions, d’éducation, et de religion à travers les yeux d’une femme au sein même de son foyer conjugal. Que pouvait-on trouver à l’intérieur de son intimité ? « Shiva, les Sept jours », présentait la femme vis-à-vis de la famille et de la société. 

 

Avec « גט », la dernière étape, se dessine le portrait de dette même femme et l’État. Cette trilogie n’est pas autobiographique comme on a pu souvent l’entendre. Personnellement, faire des films autobiographiques, peut devenir rapidement ennuyeux. Il est plus intéressant de donner un point de vue de ce que l’on connait, plutôt que de décalquer sa propre histoire, au cinéma.

 

 Qu’avons-nous ressenti lors de notre jeunesse ? Que nous ont apporté nos rencontres ? Vous savez, des femmes dans le cas de Viviane, on en trouve de partout dans le monde. Avec « Prendre femme », on a eu la chance de présenter le film un peu partout dans le monde, que ce soit en France bien sûr, mais aussi en Thaïlande, en Australie, au Japon, beaucoup de femmes (voire quelques hommes aussi !) venaient nous parler après les projections afin de nous dire que Viviane, était leur histoire ! Du coup, on ressent une certaine fierté à faire ce genre de film.

 

L.B : Pourquoi avoir mis plus de six longues années pour conclure les « aventures de Viviane Amsalem?


S.E. : Après « Shiva, les Sept jours », Ronit a été énormément sollicitée par des réalisateurs français notamment, pour jouer dans leur film (NDLR, André Téchiné pour « la Fille du RER », Pascal Elbé pour « Tête de turc »). Pendant ce temps, j’ai réalisé plusieurs émissions pour la télévision israélienne, et un film, « Témoignage ».

 

En 2010, on se dit enfin prêt à tourner la conclusion de notre trilogie, l’écriture, la production, tout était pratiquement calé, sauf que Ronit était tombée enceinte. On a préféré attendre que l’enfant ait un an pour pouvoir débuter le tournage.

L.B : Vous savez que ce film tombe à pic avec une actualité qui a défrayé la chronique au sein de la communauté juive ! En aviez-vous entendu parler en Israël ?

S.E. : Absolument oui! Cette histoire a dépassé les frontières. Je peux même vous dire que je connais personnellement la femme dont son mari lui a demandé une somme colossale pour pouvoir récupérer son גט. 

 

Mais comme vous pouvez l’imaginer des cas similaires en Israël ou ailleurs peuvent exister. C’est triste. Nous avons voulu démontrer avec notre film - pourquoi ne pas faire les choses simples? Que ce soit une femme, ou un homme qui ne s’entendent plus avec leur conjoint, pourquoi continuer ? Pourquoi l’un doit posséder l’autre ?       

L.B : Que peut apporter votre film ?

S.E. : Ce que j’espère, c’est qu’un dialogue s’installera entre les gens ; maintenant que les choses changent. Qui sait ? C’est difficile à dire ; le cinéma possède cette force de réunir les gens et de les réveiller. Aujourd’hui, les portes d’un tel procès sont closes. Voir le procès d’un meurtrier, c’est chose possible, tandis que pour un divorce non. Un vrai huis-clos ! Le film devient en quelque sorte une porte d’entrée à cette catégorie de tribunal.


L.B : Lors de la première projection du film à Cannes, beaucoup de remarques ont retenu mon attention : non seulement les spectateurs rigolaient énormément, mais ils se posaient des questions telles que : à quelle époque se situe le film ? Comment expliquez-vous ces contradictions? 


S.E. : En effet à l’issue des différentes projections, les gens n’y croyaient pas ; ils pensaient à quelque chose d’inimaginable. Ce qui est aberrant finalement, est qu’il s’agit de la triste réalité ! Je le répète pour vos internautes non juifs, notre film est CONTEMPORRAIN !

 

L.B : On retrouve dans « גט, le Procès de Viviane Amsalem », un équilibre subtil entre la comédie et le drame, qui évoque parfois les grands films italiens des années 60/70… 

 

S.E. : Oui c’est vrai ce que vous dîtes, mais il y a aussi des influences  cinématographiques et littéraires américaines et françaises. Les gens rient beaucoup tout au long du film. Non pas, parce que c’est une comédie, mais plutôt des situations totalement absurdes. Ils ne croient pas à ce qu’ils voient sur l’écran. Ce qui fait un double pari réussi.

 

L.B : On pourrait presque comparer finalement ce procès, comme celui de la société israélienne…


S.E. : Très juste. On s’est toujours dit avec Ronit que « גט »  ne s’attardait pas seulement sur le procès de Viviane Amsalem. Le film est un procès sur la société israélienne. C’est un miroir qui reflète bien l’État dans lequel le film se situe et où je vis. 

 

Oui,Israël est reconnu pour ses progrès considérables  que ce soit dans le mode économique, informatique,… mais il faut reconnaitre que cet État n’est pas un grand pays démocratique – il n’est reconnu démocratique que par rapport à ses voisins autour. Il existe encore beaucoup d’intolérance vis-à-vis au sein de la société. Cependant, il ne faut pas voir le film comme une décharge contre Israël. J’adore mon pays. Je m’y sens bien, tout comme ma sœur. J’ai ma vie en Israël, ma famille, mon travail, je m’y sens libre malgré tout !

 

Laurent Bartoleschi

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