Frédéric Viey

Frédéric Viey est guide notamment pour le Musée d'Art et d'Histoire du Judaisme (Le Paris Juif à travers les Siècles).
Conférencier: sur différents sujets concernant l'histoire du Peuple Juif
Organisateur et accompagnateur de Voyage à thème juif: Chine, Ouzbekistan, etc...
Ancien secrétaire général du CCJ77
Membre de la Commission des Archives Juives
Membre fondateur de la Société d'Histoire de Fontainebleau et sa Région

Les articles de Frédéric Viey

Journal des Juifs d’Algérie de la colonisation française à la révocation du décret Crémieux

Journal des Juifs d’Algérie de la colonisation française à la révocation du décret Crémieux

 

Journal des Juifs d’Algérie , de la colonisation française à la révocation du  décret Crémieux.  La colonisation et les Juifs algériens.  

’L’Univers Israélite’’ du 21 octobre 1904.

Il est une question assez peu connue et qui place nos coreligionnaires algériens sous le coup d’une révoltante incapacité légale. Il s’agit des concessions de terres domaniales. Vous savez, qu’en Algérie fonctionne le système de la colonisation officielle. L’Etat s’efforce d’attirer des cultivateurs, leur accorde des terres, crée pour eux des villages, des ‘’centres’’, protège leurs débuts. Les bénéficiaires des concessions en deviennent propriétaires définitifs, après un certain nombre d’années de résidence sur les terres et moyennant certaine somme de travaux ou dépenses engagées pour la mise en valeur du sol. Les décrets du15 juillet 1874 et du 30 septembre 1878, en réglementant l’attribution des terres, écartait purement et simplement nos coreligionnaires. Le texte de 1874 établissait les droits exclusifs des ‘’Français d’origine européenne ou naturalisés’’, et n’admettant d’exception que pour les ‘’indigènes non naturalisés qui auraient rendu des services signalés à la France en servant dans les ‘’corps constitués de l’armée de terre et de mer’’.

Le texte de 1878 maintenait la disposition relative aux indigènes et réservait les faveurs du service de la colonisation ‘’aux Français d’origine européenne et aux Européens naturalisés ou en instance de naturalisation’’. Ainsi un Andalous, un Mahonnais, un Napolitain, fraichement débarqué, absolument ignorant de la langue, de l’histoire, du génie de la France, pouvait, en introduisant une demande de naturalisation, et avant même qu’il fut reconnu digne d’être admis dans la famille française , aspirer à une concession territoriale – et un israélite, né citoyen de la République, en possession de tous ses droits civils et politiques, eût-il rendu des services les plus marquants à la cause française, devait s’interdire tout espoir d’installation sur un lot domanial.

Que le juif fût admis dans l’armée, dans l’administration, et devint dépositaire d’une partie de la puissance publique, qu’il exerçât l’enseignement et contribuât à former l’âme des jeunes Français, aucun obstacle légal ne s’y opposait – mais le premier étranger venu était considéré plus apte que lui à représenter la race française dans les campagnes, plus digne que lui de recevoir une fraction des terres appartenant au domaine national. Pouvait-on imaginer une situation plus paradoxale ?

Depuis quelque temps on annonçait la réforme de cette réglementation assurant une revanche au bon sens et à l’équité. Notre confiance s’autorisait, d’ailleurs, des progrès réalisés par les israélites depuis 1878 ; ils ne veulent plus, comme autrefois, rester cloitrés dans les villes ; ils se livrent, de plus en plus nombreux, aux travaux des champs ; le colon juif, vivant, lui et les siens, de la vie des agriculteurs, est devenu une réalité ; l’administration n’ignore ni son existence ni ses succès, pas plus qu’elle n’ignore les résultats obtenus à la ferme-école de Djédéïda par les jeunes gens israélites algériens.

N’était-il pas de son devoir de favoriser ce mouvement, de pousser vers le travail de la terre des énergies qui ne demandent qu’à s’employer, de ménager un débouché à des populations urbaines trop denses, rongées par la misère ?

-Mais la routine bureaucratique ne perd jamais ses droits et c’était naïveté de croire qu’elle céderait le pas à la justice quand il ne s’agissait que de juifs. L’Officiel du 16 septembre dernier publiait un décret, signé le 13, lequel, sauf en ce qui concerne les étrangers en instance de naturalisation, confirme textuellement l’ancien régime. ‘’Ne peuvent être admis comme acquéreurs, soit à titre onéreux, soit à titre gratuit, que les Français d’origine européenne et les Européens naturalisés jouissant de leurs droits civils et politiques….’’.

Ainsi reste heureusement effacée la disposition qui permettait à des inconnus, sans attache avec la société française, d’aspirer à des concessions. Mais cet effort de légalité a semblé suffisant aux rédacteurs du nouveau décret. Français originaires d’Afrique, nos coreligionnaires sont formellement exclus. Non seulement ils ne peuvent espérer des lots à titre gratuit, mais il leur est défendu d’en acheter ; les terres domaniales algériennes deviennent comparables à ces provinces russes hors du ‘’Territoire’’, où les juifs ne sauraient pénétrer.

C’est la législation restrictive dans toute sa beauté ; il n’y manque même  pas cette élégante précision de formules par laquelle on écarte les israélites sans les nommer. Et voilà deux ans que l’on célèbre sur tous les tons la paix sociale reconquise, la disparition de l’antisémitisme en Algérie ! Le calme règne dans les rues, mais le système d’exclusion a survécu aux violences : en fait, les droits des Juifs ne sont pas des droits.

Il est trop vrai, malheureusement, que nos coreligionnaires portent la responsabilité des humiliations qu’on leur inflige. Aucune organisation n’existe pour représenter leurs prérogatives, étudier les événements qui les intéressent, prévenir par des démarches opportunes les mesures qui lèsent leur dignité. Contre eux, la route et la malveillance ont beau jeu. Pourquoi compterai-on avec des gens qui s’abandonnent, qui n’entreprennent rien pour affirmer leur force ni même exposer leurs besoins ?

Les Consistoires algériens 

  1. le  Gouverneur général de l’Algérie a adressé au Préfet d’Alger la lettre suivante :

‘’Le 3 mars dernier, vous m’avez transmis le texte d’une délibération par laquelle le Conseil général d’Alger demande que les Consistoires israélites algériens comprennent des groupements moins importants, soient régis par la même législation que dans la métropole et soient soumis au droit commun, notamment en ce qui concerne ‘’les produits des cimetières’’.

Comme vous le savez, le but des décrets des 23 août 1898 et 21 septembre 1903 a été de réaliser, dans la plus large mesure possible, l’assimilation de l’Algérie à la métropole, au point de vue de l’organisation du culte israélite. ‘’En France, il est établi un Consistoire dans chaque département renfermant 2.000 âmes dans le même département : la circonscription du Consistoire s’étend de proche en proche sur autant de départements qu’il en faut pour que ce nombre soit atteint. ‘’ (Décret du 17 mars 1808).

Dans le rapport qui a précédé le décret du 23 août 1898, M. le Ministre des cultes s’exprimait ainsi : ‘’Il ne semble pas douteux que les circonscriptions consistoriales algériennes doivent être ramenées, autant que possible, aux sages proportions des circonscriptions de la métropole, proportions qui, en Algérie, correspondent au territoire d’un arrondissement, non à celui d’un département. C’est, en effet, à l’arrondissement que répond, en Algérie, ce groupe d’environ 2.000 israélites prévu par l’ordonnance de 1844 comme base d’une organisation rationnelle des Consistoires.

Et c’est par application de ce principe que les décrets des 23 août 1898 et 21 septembre 1903 ont décidé la création d’un Consistoire au chef-lieu de chaque arrondissement algérien comptant 2.000 israélites ; les arrondissements ne comprenant pas une population égale à ce chiffre ont été groupés de proche en proche, de manière à ce qu’il fût atteint.

La multiplicité trop grande des Consistoires, telle que la demande le Conseil général, n’irait pas sans inconvénients, dont le plus direct serait une augmentation de charges pour le budget de la colonie. C’est, en effet, un principe consacré par la législation que le Consistoire doit comprendre un rabbin au nombre de ses membres. Il semblerait, du reste, quelque peu étrange qu’une communauté consistoriale, dont l’existence n’a de raison d’être que pour l’organisation du service du culte, fût précisément dépourvue de ministre.

Or, les ressources du budget spécial doivent être utilisées, autant que possible, dans un tout autre sens que celui de l’institution de nouveaux emplois. J’ajoute que si, dans le but d’assurer une plus juste répartition des pouvoir, il a paru utile au Gouvernement de créer un plus grand nombre de Consistoires par département, il convient de ne pas exagérer cette conception, afin de ne pas tomber dans l’excès contraire par un morcellement trop grand de l’autorité des Consistoires dans leurs rapports tant avec les pouvoirs publics qu’avec les populations israélites.

Ceci étant posé, je dois faire remarquer que contrairement à ce que pense le Conseil général, les Consistoires sont régis, à l’heure actuelle, par la même législation qu’en France. Le décret du 21 septembre 1903, sur la comptabilité des Communautés consistoriales, avait déjà été étendu à l’Algérie depuis le 31 décembre 1895. Donc, dans la colonie comme dans la métropole, les Consistoires ont les mêmes dépenses, et les éléments du budget sont déterminés par un texte précis et formel.

La comptabilité des Consistoires algériens est même soumise, dans une certaine mesure, à des règles plus rigoureuses, puisque, par dérogation à l’article 15 du décret du 27 mars 1893, le receveur des contributions diverses est de plein droit trésorier de la Communauté, lui seul a qualité pour s’immiscer dans le maniement des deniers consistoriaux.

D’autre part, le Consistoire, contrairement aux errements qui étaient autrefois  pratiqués, a perdu l’administration d’une grande partie de ses ressources, en vertu de la disposition qui l’oblige à verser  à la caisse du bureau de bienfaisance les 7,12é au minimum du rendement de la taxe sur la viande.

Pour ce qui est ‘’du produit des cimetières’’, il est incontestable que les recettes réalisées de ce chef doivent, par application de l’article 133 de la loi du 5 avril 1884, être encaissées au profit des communes, toutes les fois qu’il s’agit de cimetières communaux. Mais une pareille disposition ne saurait recevoir d’exécution lorsqu’il s’agit de cimetières non communaux, c’est-à-dire privés ou appartenant à des congrégations religieuses, hospices, communautés, etc. Il est de jurisprudence (v. Dalloz, liuv. 76-341 et code des lois politiques et administratives, t. 2, au mot ‘’sépulture’’, que dans les cimetières possédés par les Consistoires, les concessions sont faites, non par les communes, mais par les Consistoires, et à leur profit.

Pour les raisons que je viens d’indiquer, le vœu du Conseil général me parait sans portée.

Mon administration, certes, ne se refusera pas à proposer s’il le faut, des modifications à l’œuvre déjà réalisée par le décret du 21 septembre dernier, mais ce ne sera qu’autant que l’expérience en aura révélé la nécessité et qu’autant que ces modifications n’iraient pas à l’encontre des principes de notre droit public. ‘’

Quelques hommes célèbres sur l’histoire des Juifs d’Algérie : 

Altaras, Jacques Isaac (J.E.) 

French shop-builder and philanthropist ; born in Aleppo, Syria, in 1786, and died at Aix (Department of Bouches-du-Rhône), France. Janv. 30, 1873. He was the son of a rabbi in Palestine, and letf Jérusalem in 1806 to engage in business in Marseilles as a ship-builder trading with the Levant, in which he was sucessful.

In the Middle of the century a project was started to assist Russian Jews to émigrate to Algéria, then recently conquered by France. Altaras took up the idea with zeal, and armed with letters of introduction from Guizot and with promises of support from many infuential Jews, he started for St. Petersburg. In 1846, intending to petition the czar to allow 40,000 Jewish families to emigrate from Russia to Algéria, but he was promptly informed by the minister of foreign affairs, Count Nesselrode, that he had laid the matter before the czar, and that his application could only be supported on condit’ion of an advance payment of about sixty rubles in taxes and fines for each family, in conformity withe the Russian Jews, wihich do not allow the Russian subject to leave the country for lifetime. Altaras considered these difficulties insurmountable, and thus the project was abandoned. Altaras was président of the Marseilles Consitory for thirty years and knight of the Légion of Honour, and helped with Marini to found a school of Jewish children in Marseilles.’’

Jewish Encyclopédia.

Gallica : Jacques Isaac Altaras (1786-1873)

Président du Consistoire israélite de Marseille – Président de la Chambre de Commerce de Marseille.

‘’L’Afrique, journal de la colonisation française politique’’.

Albert Cohn (J.E.) 

French philantropist and scholar ; born in Presburg, Hungary, Sept. 14, 1814, died at Paris, March, 15, 1877. He belonged to an Alsatian familly which had settled in Hungary during the eighteen century. From 1824 to 1836 he lived in Vienna, studying first in the gymnassium and afterward at the university, and receiving in 1834 the degree of doctor in philosophy. He was then chiefly interessed in Oriental language, and, through the influence of Professor Wenrich, was engaged as teacher of Hebrew in the Protestant séminary. He was introduced at the same time to the Oriantalist, Baron von Hammer-Purgstall,  who employed him as one of this secretaries.

Baron von Hammer-Purgstall was instrumental in forming Cohn’s decision to leave Vienna, where at that time there was no hope of preferment for jew, and to settle in Paris, which he did in 1836. Then began his lifelong connection with the Rothschild family. Three of the children of Baron James de Rothschild  received successively from him their instruction in Hebrew and in Jewish history ; and in 1839, after a year spent with his pupils in the Holy Land and in Austria, he was placed by the baron and baroness in charge of their extensive charities, a position which he held for the remainder o this life.

Cohn did much for the charity commission of the Paris Community, of which he was successively treasurer and président, making it a model for similar institutions throughout Europe.

His next field of activity was among the Jews of Algéria, who suffered much through the préjudice of the French conquerors, including those in command. In 1845,  and again 1847, he visited the country, often trraveling through district where war was raging, and where the life of a European was insecure. His report, présented by him personally to King Louis Philippe and to his son, the Duke d’Aumale, led to an organization of the Jewish communities in Algeria which was destined to bring about their gradual assimilation with the Jewish communities of France.

Cohn was again in Algeria en 1860, after visiting Morocco, where matters pertaining to the Jews, which required his attention, arose from the Spanish expedition of that year. Owing to his influence with the celebrated Don Juan Prim and others, these matters were soldved in a menner that was favorable to the Jewish population…..’’

Albert Cohn. 

Albert Cohn a fait le récit de son premier voyage en Algérie dans ‘’Lettres Juives’’ publiées en 1865 dans ‘’L’Univers Israélite’’.  

 Adolphe Crémieux. (J.E.) 

‘’Né à Nîmes le 30 avril 1796 ; avocat ; député de Chinon de 1842 à 1848,  membre du gouvernement provisoire (garde des sceaux) en 1848, représentant d’Indre et Loire  à la Constituante et à la Législative ; député de Paris aux élections complémentaires des 21-22 novembre 1869, mort à Paris, le 10 février 1880’’.

Crémieux, Isaac Adolphe : French statesman, born at Nimes April 22, 1796, died in Paris Feb. 9, 1880. He was educated at the Lycée Impérial, where he and a cousin were the only Jewish students. Crémieu was at the time an ardent admirer of Napoléon I. and i twas he who, at the head of a deputation of th epupils of the Lycée, addressed the emperor in the court of the Tuilleries. For many years he remained faithful to this idol of his youth, and was the adviser and friend of the proscribed Bonaparte.

Crémieux was admitted to the bar at Nîmes on attaining his majority (1817), and soon becam famous. He was brillant orator and a skifful advocate : combining eloquence with a wide knowledge of the law, rare powers of assimilation, clearness, irony, and the facuity of inspiring others with his own enthusiasm. Many of the most important cases in the south of France were soon entrustded to him, the most famous being that of the nororious royalist bandit Trestaillon, whose conviction he obtained. This case made Crémieux’s name as familar in Paris as i twas in the départment of the Gard : the young lawyer entered into relations with all the liberals of Paris, and he thenceforth passed his yaerly vacations in that city. His patriotisme was shown in the famouse cas called ‘’De la Marseillaise’’ (1819) when he was calld upon the defend three young men accused of having sung the hymn of the Révolution. In spite of the président’s opposition, he dared to praise it, and recited the poem in paraphrase, to let the jurymen pass judgment upon it. At the famouse verse ‘’Amour sacré de la Patrie’’, all the jurymen had risen, and the accused were acquitted. After the revolution of 1830 Crémieux removed from Nîmes to Paris, where he bought Odillon Barrot’s practise at the Court of Cassation. This he retained for nearly seven years, and then resumed his privat practise, ranking withe the leading layers of Paris.

Crémieux was successful in oibtainin the abolition of the humiliatin oath known as the ‘’More Judaïco’’, which every Je had been forced to take on coming into court ; and this made Crémieux the leader of his coreligionist, whose social status and interest he protected during his entire carcer. In 1840, Crémieux took an important part in sécuring the acquittal, through Mehemet Ali, of the Jewish victims of the famouse Damascus ritual murder case (see Damascus Affair). His retrun from the Orient was a series of triumphs, the Jews of Vienna being foremost in their demonstrations of gratitude. He was also received by Prince Metternich, the then cancellor of the Austrian empire.

In 1842 the leader of the opposition asked Crémieux to préent himself for election in the arrondissement of Chinon, to supplant Piscatory, the ministerial deputy from Indre et Loire. After a hard struggle he was elected, and duringthe als years of Louis Phillippe’s reign he achieved brilland successes, both as a layer and has a speaker. He was not only an able and disinterested defender of journalists and statesmen, but also the patron of all artists. At his reunions the most celebrated singers of the Opéra and of the Théâtre des Italiens appeared ; and on one occasion they were accompanied by Rossini, Meyerbeer et Auber. Crémieux was one of the most brillant orators of the ‘’Campagne des Banquets’’ which brought about the revolution of Feb. 24, 1848, and his election as a member of the provisional government was due in a great measure to this fact. As minister of justice he was instrumental in abolishing capital punishment for political offenses, the exposure of the condemned to public curiosity, and the political oath. But the républic, of which he was so proud to have been one of the founders, came to an abrupt end.

Crémieux has often been blamed, and he doubtless blamed himself, for advocatin Louis Napoléon’s candidacy as président. He believed however, in the sincerity of prince’s expression of republican sentiments, and cherished the illusion that a nephew of Napoléon would sustain the republic in France, and redeem the ‘’eighteenth of Brumaire’’. Moreover he was strongly prejudiced against General Cavaignac, who, after having refused, on the pretext of ill health, the portofolio of minister of war, offered to him by the provisional government, suddently  became well enough to be the chief exécutive.

Crémieux’s illusions concerning the policy of Louis Napoléon soon vanished. Under date of Dec. 15, 1848, he addressed a letter to the newly elected prince, in which he exhorted him to be a ‘’standard for reconciliation and not of disillusionment’’, and tho remain true to his republican prinicpes. He never saw Napoloéon again. On leaving the prisons of Mazas and Vincennes, to which the coup d’état of his former friend had brought him, he retired from active politics and went back to his law practise, defending thoughout  France the newspapers thate were persécuted, and the interests of all the preoscribed republicans, among them Louis Blanc, Challemel-Lacour, Ledru Rollin, Pierre Leroux, and many others.  

To enumerate Crémieux’s many and important cases would be impossible. Among his clients were the sultan and the viceroy of Egypt. He journeyed to Bucarest in the interests of the Alliance Israélite Universelle, of which he had become the président  in 1863. Finally, in 1868, he had to give way to the voters of Paris, and, in spite of his seventy-three years, was complled to take his seat in the Palais-Bourbon, to help overthow the empire and again save his beloved France. But this time the tas kwas impossible. The incapacity of the leaders and Bazaine’s treeson lost the army. Gambetta himself, formerly Crémieux’s secrétary and now his colleague in the Government of National Defense, could not create a new army or capable generals. The five months of terrible anxiety, followed by the ingloriouse peace, prostrated Crémieux. He offered a part of this wealth to help pay the millions demanded by the Germans, but Thiers would not listen to the plan of a national subscription. Crémieux was made a life senator. He gave 50,000 francs in aid of the victims of the flood at Toulouse, urged by the same sentiments that, in 1860, had led him to adress the following appeal to his coreligionists in behalf of the Christians of Lebanon :

‘’The Christians of East are subjected to the most horrible persécution. Tortures, rape, assassination, pillage, burning, the murder of women, children, and old people, even mutilation of corpse – such is the picture presented by the whole region of the Lebanon. Blood is shed ; misery  and famine are spreading among a dense population, whom Mohmmedan fanticism is destroying in a war even against the intention and forces of the Turkish government, and whose sole crime is that they worship the Christ. French Jews, let us be the first  to come to the aid of our Christian brothers ; let us not await the results  of diplomacy, which is always so slow and which will regulate the future ; let us alleviate present needs. Let a large subscription be begun to-day in Paris, and let a Jewish committee be organized to-morrow. Do not let us lose one day, one hour ; let the signal for abundant relief be given in the midst of the Jewish assembly, gathered in this capital of civilisation. This signal be answered by our brethren in  England, Germany, Belgium, Holland, and all Europe ; in the countries that recognize them as citizens, and in those that still refuse the this noble title.  You, also, Jews of the American countries where religious liberty is triumphant, you will help the Catholics of Asia, who are so cruelly oppresed by superstition. Let the rich Jew bring his large offering, and the poor Jew his pious obelus. But a still greater throught shall rise from this first impulse. Who knows ? Perhaps God, who rules over all, has permitted  these catastrophes in order to give a solemn occasion to all the culte to aid one another, for mutual defense against the furious hatreds, the daughters of superstition and barbarity. A permanent ommittee in every country. With eyes open for all the victims of fanaticism, without distinction of religion, must be created and supported. The misfortunes that fall at this moment upon so many innocent victims arouse the sympathy of all. They suggest the thought of a future protection against this scourge, which our century repudicales with horror-religious persecution.’’

 

Crémieux’s entire life is a proof of the nobility of this caracter. In 1832 he heard that his father, on leaving the prison in 1796, had found his business destroyed, and had been compelled to compromise with his creditors. Crémieux  did not rest until he had found all these creditors of their heirs ; and he returned to them not only the principal, which most of them had forgotten, but also the accumulated interest for thirty six years.Thereupon  he sought and casily obtained the rehabilitaétion of his father’s name. He never sacrificed  any of his convictions to his personnal interests, and did not hesitate to antagonize the powerful influence of the Rothschild in advocating , in the Chamber of Deputies, the acquisition of the railroads by the government.

Always ready to aid his coreligionists, Crémieux never forgave them a mean action. Thus, he refused to aid Deutz, the despicable accuser of the Duchess of Berry, who appealed to him as being a Jew. On Jan. 30 1880, Crémieux lost his wife, who since 1824, had been his constant companion and helper. Bouth had frequently said that neither could live without the other, and Crémieux’s death occured tend ays after that of his wife.

Bibliography : La Grande Encyclopédie, Myers Konversations-Lexicon. J.R.’’

 

Joseph Cohen (J.E.) 

Joseph Cohen : French journalist ; born at Marseilles, nov. 1, 1817, died in Paris, 1899.

After finishing his sutdies at Aix, he was admitted ‘to the bar there in 1836. He founded the ‘’Mémorial d’Aix’’ of which he was the editor until 1843. At this time he, withe Jacques Isaac Altaras, was interested in the Jews of Algéria, publishing some articles on them in the ‘’Archives israélites’’. He thereby gained their friendship, and they elected him préident of the newly founded Jewish consistory in Algers. He assisted them in reorganizing their mode of worship, and later (1868)  they sent him to Paris as delegate in the central consistory of the Jews of France.

On returning to France in 1850, he resumed this journalist work, writing on politics as well as on matters pertaining to Judaïsm. From 1860 to 1862 he was one of the editor of the first french Jewish weekly : ‘’La Vérité Israélite’’, in which he published this famous work, ‘’Les Déicides’’, an investigation into the life of Jésus, in which he attacks the originality of the moral teaching of the Gospels, and defends the Pharisees. The work appeard in book form in 1864 (a second edition in 1866) and was translated into English in 1874. Cohen subsequently published a supplementary work, ‘’Les Pharisiens’’, 2 vols. 1877.

His reputation suffered somewhat in consequence of unfortunate financial transaction ; but after some years of silence he reengaged in political journalism, and was editor of ‘’La Liberté’’ to the close of life.

 

Michel Aaron Weill (J.E.) 

Weill, Michel, Aaron : French rabbi ; born at Strasburg July 19, 1814 ; died at Paris Jan. 6, 1889. He was educated at the Ecole Centrale Rabbinique at Metz, where he received the rabbinical diploma, and at the Sorbonne at Paris. After acting as a professo rat the Ecole Consistoriale at Nancy, Weill was in 1845 appointed instructor at Algiers, where he became the first French chief rabbin (1846-64) ; His earnest efforts inculcate French civilization in the Algérian Jews met, however, with little success, and he retired into private life until 1876, when he accepted the rabbinate of Toul. Nine years he resigned this office and settled in Paris, devoting himself to litérary pursuits.

Weill was the author of the following works : ‘’Le Judaïsme, Ses Dogmes et sa Mission’’ (Paris, 1866) ; ‘’Théocicée’’ (ib. 1867), ‘’La Révélation’’ (ib 1868), ‘’Providence et Rémunération’’ (ib 1869), ‘’La Morale du Judaïsme’’ (2 vol. ib 1875-77), ‘’La parole de Dieu, ou la Chaire Israélite Ancienne et Moderne’’ (ib 1880), and ‘’Oraison Funèbre de M. Lazare Isidor, Grand Rabbin’’ (id 1888).

Gédéon Netter,  

Grand Rabbin de Constantine.

Il a été vendu aux enchères, un sceau portant l’inscription G. Netter Rabbin Nice
Gédeon Netter fut nommé Rabbin de Nice en 1861. 

Isaac Bloch  

Isaac Bloch naquît le 17 juillet 1848 à  Soultz (Haut-Rhin).  Il commence ses études scolaires à l’école communale israélite de Bischeim puis étudia au Lycée de Strasbourg tout en recevant l’enseignement religieux de Salomon Lévy, rabbin de Brunath. En 1866, il est reçu élève au Séminaire Israélite à Paris et en 1870 il s’engage comme aumônier-brancardier volontaire durant la guerre franco-prussienne.
En 1872, titulaire du diplôme du deuxième degré rabbinique, il entre au service de l'Alliance Israélite Universelle en tant que secrétaire. Candidat au poste de rabbin, en 1875, il est élu à ce poste à Remiremont. Il écrit de nombreux articles publiés dans l'Univers israélite, la Revue des études juives,  ainsi que dans d'autres périodiques. Il publie aussi une Histoire de la littérature juive avec Emile Lévy, grand rabbin de Bayonne. Le poste de Grand rabbin d’Oran étant libre, il postule en 1878 à cette fonction fut où il est élu. La même année il part en tournée pastorale jusqu'à Mostaganem, et ouvre à Oran un cours d'instruction religieuse. Il fonde aussi une Société de la jeunesse israélite. Le 11 mai 1880, il préside la cérémonie de la pose de la première pierre de la synagogue d'Oran pour laquelle il a cherché des financements en France et en Angleterre.

En 1882, il est élu au poste de grand rabbin d'Alger et d'Algérie. Son épouse y fonde en 1886 la Charitable israélite, destinée à la visite des femmes malades et en couches. De 1888 à 1890, il assure en plus l'intérim du rabbinat de Médéa. Il s'efforce de ramener la paix dans la communauté d'Alger et fait le plus souvent ses discours en langue arabe. Il s'intéresse à l'histoire, en particulier celle des Juifs algérois dont il étudie les épitaphes dans un ouvrage qui fait toujours autorité. Il est secrétaire de la Société historique algérienne. Il est élu au grand rabbinat de Nancy en 1890 et demeurera à ce poste jusqu'à sa retraite.  Il est fait chevalier de la Légion d'honneur le 14 mars 1900, sur une recommandation de  l'ancien gouverneur de l'Algérie qui souligne que "bien souvent, grâce à son tact et à son habileté, les conflits ont été évités entre les juifs et la population algérienne". Chargé par le Consistoire central d'une mission d'enquête sur l'état des communautés juives en Algérie, il rédige en 1909 un rapport très documenté et un projet de réorganisation du rabbinat de la colonie. En 1905, Isaac Bloch est  nommé officier de l'Instruction publique en tant qu'aumônier du lycée de Nancy, et il participe à la création de l'Union des rabbins français, au bureau de laquelle il siège à partir de 1908.
Pendant la première guerre mondiale, il est aumônier de la place de Toul de 1914 jusqu'à sa démission pour raison de santé en 1918 ; ses trois fils et son gendre sont  sous les drapeaux. Il servira encore en 1918 en assurant un cours de Talmud au Séminaire. Devenu veuf, il démissionne et se retire à Paris près de ses enfants en 1919. Il décède le 13 août 1925 à Paris

Mahir Charleville,  Grand Rabbin d’Oran. 

La rubrique nécrologique du Grand Rabbin Mahir Charleville est parue dans Les ‘’Archives Israélites de France’’ du 9 février 1888:

‘’Nécrologie

Mahir Charleville, Grand-Rabbin de Versailles.

Le Judaïsme français vient de perdre en Mahir Charleville, Grand Rabbin de Versailles l’un de ses pasteurs à la fois les plus distingués par le talent et les moins favorisés dans la bataille pour la vie : doué ‘une intelligence vive et pénétrante, d’un esprit original, d’une facilité naturelle de parole, Charleville avait fécondé ces dons naturels par de solides études, et parcourus en tous sens le vaste champ de l’érudition rabbinique, de la littérature juive, de la philosophie en général ; avec ces puissantes ressources pour faire son chemin, et un beau chemin, dans la carrière qu’il avait choisie, après des preuves multiples de rare aptitude, de savoir réel d’éloquence persuasive, Charleville n’a connu dans le monde ni le succès, ni le bonheur ; à quoi attribuer cet écart si considérable entre les moyens et le résultat, comment expliquer ce peu de proportion entre le mérite déployé et les récompenses dues à ce mérite ? C’est une question difficile à résoudre si l’on ne savait combien de fois, dans la vie humaine, des causes d’ordre essentiellement insignifiantes paralysent les meilleures dispositions, font échec aux plus honorables projets.

Maintenant que le repos de la tombe – consolation suprême de ceux à qui les épreuves n’ont pas manqué – est assuré à ce vigoureux lutteur, il serait malséant autant qu’inutile d’insister sur les déboires dont ses jours ont été abreuvés et sur l’origine de ses mécomptes : contentons-nous d’énumérer sommairement les principales phases de cette existence longtemps ballotée, et donnons au nom de nos coreligionnaires, dont les intérêts spirituels et moraux préoccupèrent constamment Charleville, un suprême adieu à sa dépouille mortelle.

Né en 1814, issu de cette grande et intelligente Communauté Messine qui a fourni au Judaïsme comme à la patrie française tant de serviteurs dévoués et d’individualités éminentes, les Terquem, les Gerson-Lévy, Les Samuel Cahen, les Oulif, etc… Charleville eût de bonne heure à lutter pour l’existence : sa famille, fort honorable, était de condition très modeste, la carrière rabbinique se trouva naturellement désignée à son esprit studieux, mais peu fait pour les opérations commerciales où tant de nos coreligionnaires d’alors cherchaient à leur activité un fructueux aliment : seulement les débouchés étaient maigres à cette époque dans la carrière pastorale, et les emplois étaient rares. Le futur Rabbin dut donc se résigner à commencer par l’enseignement public une carrière accidentée qui dévia maintes fois et qui fut traversée aussi par des fonctions administratives. Prédicateur à Lyon et aussi  directeur de l’Ecole Israélite de cette ville où il se créa quelques solides amitiés, il rentra plus tard dans le Rabbinat de Dijon, (ressort de Paris). Les importantes fonctions de Grand-Rabbin de la capitale étant devenues vacantes, il en remplit l’intérim quelque temps ; en 1848, pour la nomination définitive, Charleville fut un des deux candidats qui balancèrent les suffrages, tant sa réputation de Rabbin instruit et d’orateur capable était bien établie. Si le succès lui échappa, dans ces circonstances décisives, un échec aussi honorable le désignait à un poste supérieur, et, comme il ne s’en trouvait pas de tel vacant dans la France continentale, au bout de quelques années, il fut appelé aux fonctions de directeur de l’hôpital Rothschild à Paris qu’il occupa longtemps les occupa-t-il sans difficultés, sans tracas et sans discussion,  c’est ce qu’il serait difficile d’affirmer. L’administration n’était point la vocation de ce Rabbin éminent et peut-être aussi ne trouva-t-il pas autour de lui les concours qu’il aurait dû rencontrer. D’aussi délicates fonctions dans une métropole immense comme Paris, n’étaient pas au-dessus de son dévouement, mais trop peu en rapport avec la direction de ses études  et les habitudes prises de son caractère, après sept ans d’exercice, il dut y renoncer, et, comme il fallait vivre, comme aucun emploi pastoral en rapport avec son mérite et de ses lumières n’était vacant, Charleville fut franchir la Méditerranée à un âge mûr : il accepta le poste de Grand-Rabbin d’Oran. L’Algérie est, et elle était surtout il y a vingt-cinq ans, (les choses se sont améliorées depuis) une terre dure au Rabbinat français, et elle a usé plus d’un de nos pasteurs ç cause de la différence des mœurs et de la rivalité – aujourd’hui bien diminuée heureusement – entre les deux éléments indigène et français. M. Charleville trouva en tout cas, dans ces rudes fonctions, un excellent moyen d’acquérir l’estime publique à défaut de sympathie : il se livra à de longues recherches sur le droit coutumier juif, de concert avec un magistrat éminent, catholique, M. Sautayra – devenu depuis premier Président de la Cour d’Alger – et l’œuvre sortie de leur collaboration, l’Eben Haezer, fait autorité dans les questions rabbiniques légales, où nos coreligionnaires algériens attachent encore un si vif intérêt. Cependant les fatigues du ministère d’Oran, la nostalgie du pays natal, diverses raisons faisaient désirer à Charleville le retour dans la métropole ; mais, soit absence d’un poste au niveau avec sa capacité et ses services, soit malchance habituelle, Charleville ne put réaliser ce légitime désir qu’en subissant une sorte de déchéance morale, ou plutôt de disgrâce matérielle en acceptant le poste de Versailles, avec le titre honorifique de Grand-Rabbin, peu en rapport avec le rang de cette Communauté s’il l’était avec le talent du pasteur, et c’est là que ce pasteur chevronné vient, après six ans de résidence ininterrompue, terminer sa carrière.

Auteur Frédéric VIEY

Juin 2022

 

 

Histoire des Juifs en France : L’affaire Bacharach à Fontainebleau

juif errant, les juifs de seine et marne par Frédéric Viey

''A la suite de la découverte de certains documents nous savons qu'il y avait des itinérants juifs qui parcouraient l'Ile de France avant la Révolution française. On en retrouve ainsi à Fontainebleau, à Versailles ou à Germantes. Les archives de la Bastille font état de nombreuses demandes faites par des Juifs tudesques ou du Sud-Ouest afin de pouvoir résider près du siège royal mais d'autres documents rappellent aussi que dans toutes sociétés il y a malheureusement des manquements.

Voici donc l'histoire d'un juif étranger qui fut recherché à Paris et à Fontainebleau, cet événement fait partie des mille péripéties de l'Histoire de France et de l'Histoire du Peuple Juif.

Frédéric VIEY''

Le juif errant en France, seine et marne et ses juifs par Frédéric Viey

Le juif errant en France, seine et marne et ses juifs par Frédéric Viey

 

L’affaire Bacharach à Fontainebleau.

Parmi les différents documents, concernant des internés à la Bastille, il est loisible de trouver quelques Juifs pour différentes raisons. François Revaison a publié différents tomes à propos des documents inédits des Archives de la Bastille et relate notamment l’histoire de l’affaire Bacharach, ce fils d’Israël fut emprisonné à la Bastille selon l’ordre d’entrée du 22 octobre 1745 et de sortie du 6 janvier 1749 pour les raisons qui suivent :

Suspects
Courrier de d’Argenson à Marville

Hagée Lohn est soldat du régiment Allemand où il a été écrivain. Dans cette fonction, il a acquis quelques légères connaissances des cours d’Allemagne, et avec cette teinture il est venu à Paris, cet été, disant qu’il avait de grands moyens à indiquer pour empêcher l’élection du Grand-Duc*, il s’est adressé à M. le chancelier**, pendant la campagne. Comme il ne parle qu’allemand, ce ministre se servit d’un trucheman, et de la conversation résulta un agenda ou quelques titres de mémoires à composer. M. le chancelier m’en écrivit et comme on ne voulait rien négliger dans une grande occasion, il fut accordé à cet Allemand 500 liv. pour venir me trouver à Alost, et retourner de là en Allemagne, si on n’était pas content de ses avis.
Je l’ai vu audit lieu d’Alost ; je l’ai fait interroger par M. de Bully qui sait l’allemand. M. l’électeur de Bavière a pris la peine de l’examiner, il ne sait rien, et n’est propre à rien au monde en affaires politiques. Je l’ai donc congédié, lui disant qu’il avait ce qu’il fallait pour regagner son pays.
Je l’avais cru parti, lorsque j’ai appris de M. de Séchelles qu’il l’était venu trouver de la part de M. le chancelier et de la mienne, disant qu’il avait ordre de nous venir trouver et il lui a escroqué 4 louis.
M. de Séchelles le cherche pour le faire arrêter. M. le duc d’Harcourt*** m’apprend ici qu’il est arrivé à Fontainebleau, et qu’il l’est venu trouver pour le même objet, disant qu’il a de grandes choses à communiquer au Roi.

* L’Empereur d’Allemagne, Charles VII, était mort le 20 janvier 1745, et l’époux de Marie-Thérèse avait été élu le 13 septembre suivant.
** L.-F. d’Aguesseau, seigneur de France, chancelier de France.

*** François, duc d’Harcourt, maréchal de France et gouverneur de Sedan. 17 octobre 1745

Il est porteur de cette lettre, ce sera pour vous prier de le faire arrêter, de le faire conduire par delà le Rhin, ou de le faire engager dans quelque régiment étranger. Apostille de Marville. – Ecrit à M. le marquis d’Argenson pour le prier de m’envoyer des ordres en forme pour autoriser la détention de ce particulier que j’ai envoyé à la B. Je lui ai en même temps adressé ses mémoires et papiers, pour, sur sa demande, de les faire traduire et lui envoyer ensuite le traducteur pour conférer avec lui. J’ai marqué qu’il fallait que le traducteur fut catholique, et qu’il prétend que l’avis est important.

Maurepas à Marville Passy, 17 octobre 1745
Je vous envoie l’adresse d’un homme qu’il est nécessaire que vous fassiez arrêter dès aujourd’hui et conduire à la B. S’il a changé de gîte, ce ne peut être que depuis très peu de temps, ainsi ce ne sera pas difficile de le déterrer, mais il ne faut pas perdre un moment.

J’y joins deux lettres écrites par un ou deux juifs qui pourraient nous donner des lumières, j’avais bien pensé à l’abbé Sallier*, mais je ne crois pas qu’il sache lire l’hébreu vulgaire, et il conviendrait mieux d’avoir recours à quelques-uns de ces honnêtes juifs que nous avons à Paris.

Bien entendu que vous promettiez récompense et que vous feriez faire la traduction devant vous ; je crois même qu’il vaudrait mieux qu’il y en eût deux qu’un, pour constater la vérité de la traduction ; je sais en gros qu’il s’agit de l’affaire du Prétendant.

d’Argenson au Même. Fontainebleau le 17 octobre 1745

M. de Maurepas a dû vous écrire, cet après-midi, pour vous prier de faire arrêter et conduire à la B. Jean Recquer, dont je n’hésite point à vous envoyer la lettre, afin que vous ayez une entière connaissance du fait dont il est question, et comme l’intention du Roi est que vous preniez les plus justes mesures pour qu’il n’échappe point à vos recherches, et que l’on pourrait craindre que le nom de Recquer soit supposé, je m’empresse de vous envoyer un courrier dans la vue de prévenir les ordres que vous pouvez avoir donnés pour faire arrêter ce particulier pendant la nuit.

Il est essentiel que vous chargiez de cette expédition un commissaire intelligent, et que vous lui donniez expressément ordre de se saisir de tous les papiers de ce particulier à l’effet d’avoir le projet qui lui a été envoyé par son frère, pourquoi il fera la visite la plus exacte d’abord sur sa personne et ensuite dans ses meubles et effets, et s’il arrivait que ce particulier ne fût point connu chez la dame Vidal, sous le nom de Recquer, et qu’il y eût dans la maison différentes personnes, il faudra sans hésiter les faire arrêter toutes, et user des mêmes précautions, sauf à les relâcher à mesure que ces différentes personnes vous fourniront des renseignements certains, et lorsque vous aurez connu le véritable Recquer.
* Claude Sallier, professeur d’hébreu au collège de France, membre de l’Académie française, et des belles lettres, mort en 1761, âgé de 73 ans

Au moment qu’il sera arrêté, et demain, de grand matin, dans le cas où vous n’auriez pas trouvé le projet du frère, vous l’interrogerez sur son état et celui de sa famille, à l’effet de connaître si effectivement il a un frère en Ecosse, sans pousser pour le moment votre interrogatoire plus loin. Si au contraire on parvient à avoir le projet dont est question, vous lui ferez à cet égard les questions les plus détaillées et telles que la nature du projet vous le suggérera.

M. de Maurepas* vous a dû adresser en même temps la lettre d’un juif adressée à M. Hockman, banquier à Londres, dans laquelle était incluses celle de Recquer, avant que d’en faire faire le déchiffrement soit qu’ils soit de connivence avec Recquer ou non, il est nécessaire que vous fassiez arrêter ce juif parce que comme il n’est pas douteux qu’il est en relation avec Recquer, il serait à craindre qu’ayant appris qu’il est arrêté, il n’eût le temps d'en donner avis en Ecosse.

Ces lettres ont été trouvées dans la malle qu’un de nos armateurs a pris à la hauteur de Dunkerque sur un paquebot anglais.

Marville** à d’Argenson 18 octobre 1745

Je reçois dans l’instant la lettre dont nous m’honorez, et sur les une heure, j’avais reçu l’adresse de Recquer par M. de Maurepas avec la lettre adressée à Hockman, banquier à Londres, et une autre lettre adressée à Abraham Jacobo, et qui s’est trouvée apparemment dans le paquet de Hockman. M. de Maurepas me marquait, en même temps, de faire arrêter Recquer et conduire à la B., et de faire traduire en ma présence les deux lettres jointes à son paquet. L’adresse chez la dame Vidal qu’il m’a envoyé est véritable. Il n’y a que quinze jours que cette dame Vidal est dans la rue des Deux-Ecus. Recquer y vient manger, et ordinairement n’y fait que dîner ; il y fait d’autres voyages dans le jour, mais il n’y couche point. Samedi, à 9heures du matin, la dame Vidal est sortie. D’avant-hier, et hier, et de la journée elle n’était pas encore rentrée, Recquer n’a pas paru non plus des deux jours, ce qui me ferait craindre que ces deux particuliers, instruis de la prise du paquebot anglais, n’eussent eu du soupçon, ou peut-être ne se fussent en allés. D’ailleurs cet établissement fait le jour ou le lendemain que la lettre de Recquer que vous me faites passer a été écrite, cette lettre étant du 1er octobre, me donne un furieux soupçon. Il ne parait pas que dans la maison l’on sache ce que c’est que cette dame Vidal, et d’où elle venait, quand elle s’y est établie, c’est du moins ce que l’on a appris assez indirectement, à la vérité, par un particulier de la maison que l’on a fait jaser sans oser le questionner jusqu’à un certain point. Plus la capture me parait importante, plus la conduite à tenir habitent cette maison, que cela ne mènerait à rien, et peut être par trop de précipitation courrais-je risque de tout gâter.

*Jean-Frédéric Phélypeaux, comte de Maurepas (1701-1781 70). Il fut Secrétaire d’Etat à la Marine de Louis XV de 1723 à 1749.
** Claude-Henri Feydeau de Marville (1705-1787) Lieutenant Général de Police.

Le prévenu Recquer, ou du moins celui que l’on soupçonne de l’être, peut avoir 25 ou 26 ans. Je ne sais encore s’il est juif ou non. Je dois vous ajouter que, quoique la dame Vidal n’ait pas paru depuis deux jours, son appartement est resté meublé, et peut être en observant prudemment et ne précipitant rien, reviendra-t-elle dans la maison et que Recquer y viendra-t-il la chercher. Du reste j’ai chargé le commissaire et les officiers de police les plus intelligents de l’expédition avec ordre, si la capture se fait, de garder tous les lieux exactement de tout ce qui pourrait arriver de nouveau.

J’ai bien pensé que la capture de Recquer devait précéder le déchiffrement des deux lettres que M. de Maurepas m’a données, et que je garde bien précieusement ; enfin, croyez que je me conformerai scrupuleusement à tout ce que vous me marquez et que j’apporterai à l’affaire toute l’attention dont je suis capable et qu’elle mérite. Le tout est que nos gens ne soient pas en fuite.

A deux heures du matin. J’ai toujours du monde dans l’endroit, et il faut que la dame Vidal ne soit pas rentrée, ayant donné ordre qu’on m’en vint donner avis sur-le- champ. Je tâche aussi par sous-main de découvrir ses allures ; je me fais informer de qui elle a loué l’appartement et peut être par là apprendrai-je son état et sa dernière demeure, ce qui me mènerait à connaitre ce que c’est que Recquer. En l’arrêtant, si on peut l’attraper, il me parait aussi indispensable de s’assurer de cette dame Vidal.

Poussot à Marville 21 octobre 1745

J’ai l’honneur de vous rendre compte que je me suis rendu, le 18 octobre 1745, à Fontainebleau, à l’effet d’arrêter Bacharach que je n’ai point trouvé. J’ai appris le lendemain de mon arrivée que Bacharach avait voulu présenter à Mme la Dauphine des bijoux, le samedi ou le dimanche précédent, et Mme la Dauphine ayant refusé de les voir, il avait pris le parti de sortir de Fontainebleau, le lundi matin, et de s’embarquer dans le coche royal*, on ignore si c’était pour venir à Paris ou pour aller à Versailles. On croit qu’il a fait ce petit voyage avec Massin, beau-frère des Scabre,

bijoutiers, dont l’un est à Paris, les deux autres suivent la Cour**.
J’ai laissé par ordre de M. d’Argenson, à qui j’ai eu l’honneur de rendre compte de mes démarches, durant mon séjour à Fontainebleau, un homme sur lequel on peut compter au cas que Bacharach reparaisse à la cour, et qui sera guidé s’il est nécessaire par Pichenet, officier de la prévôté.
M. d’Argenson, après avoir fait faire des informations à ce sujet par M. de Lally, colonel, et les avoir trouvées conformes à ce que j’avais eu l’honneur de l’informer, m’a ordonné de vous dire, n’ayant pas le temps de vous écrire, qu’il se reposait entièrement sur vous du soin de cette affaire, et qu’il espérait que vous la feriez

* Pendant le séjour du Roi à Fontainebleau, le coche royal transportait les courtisans du quai de Valvins à la Tournelle en 12 heures, et à 2 livres 10 sols par tête. Jamais on n’avait connu de vitesse pareille; les badauds étaient enchantés. On franchit maintenant cette distance en 1 heure, mais il faut payer 7 fr 23, 5 fr 40, et 4 francs. Le Parisien trouve que c’est trop long, et surtout bien cher.
** Un certain nombre de marchands avaient le privilège de suivre la cour en tous lieux, et de tenir boutique ouverte pour les courtisans.

Suivre avec exactitude et que si vous jugiez à propos de faire arrêter les correspondants de Bacharach, et nommément Vidal et le mari de la limonadière, vous pourriez donner les ordres que vous jugeriez à propos, et que vous lui feriez plaisir de lui faire part de ce qui se fera à ce sujet.

En conséquence de ce que j’ai su et des ordres qu’il vous a plu de me donner, je me suis transporté, aujourd’hui 21 octobre, à Versailles, chez Massin, avec lequel j’ai dit plus haut qu’était venu Bacharach. Je n’ai pas trouvé Massin chez lui, on m’a dit qu’il était arrivé à Versailles mardi matin, et que mercredi il était reparti pour Fontainebleau. On n’a pu me donner aucune nouvelle de Bacharach, depuis mon retour de Versailles. J’ai vu Scabre, de Paris, à qui j’ai fait entendre qu’il était d’une conséquence infinie de me dire où était actuellement Bacharach. Il m’a dit qu’il ne le connaissait en aucune façon, ni ne savait où il est, mais il m’a promis d’écrire dans la journée à un de ses frères de Fontainebleau, et m’a fort assuré que si Bacharach retourne à Fontainebleau ou que s’il en a quelque nouvelle directes ou indirectes il en instruira sur-le-champ M. d’Argenson.

Argenson au Même. Fontainebleau, 21 octobre 1745
Votre officier est retourné et il vous aura rendu compte des perquisitions qu’il a faites et que j’ai fait faire chez Bacharach. Il me semble que plus on entrera dans cette affaire et plus il est à désirer de s’assurer de ce fripon. Ce n’est pas qu’il ne se puisse faire que le projet qu’il a enfanté ne soit un tour destitué de fondement pour tirer de l’argent du Roi d’Angleterre, sans avoie aucun moyen d’exécuter ce qu’il promet, mais l’objet est trop important pour ne le pas approfondir. Votre officier de police vous aura dit la présomption qu’il a que Bacharach est allé d’ici à Versailles. Il est vrai qu’il est difficile d’imaginer ce qu’il y est allé faire dans un temps où il n’y a personne, mais dès qu’on ne peut le trouver à Paris ni ici, où il a certainement paru, il y a peu de jours, il faut bien suivre les indications qu’on en donne. De mon côté je réveillerai l’attention de ceux qui sont chargés d’épier ici le moment de son arrivée,

s’il y vient. Continuez, je vous prie, à m’informer de la suite de cette affaire.

Fontainebleau, 22 octobre 1745
Je pense comme vous que c’est Bacharach qui est l’auteur de toute l’intrigue, et si nous ne l’avons, nous ne tenons rien. Il me parait inutile de se presser de lever le scellé de ses papiers et effets qui ne nous échapperont pas, et je crois que l’on ne peut trop affecter dans ce moment-ci de ne se donner aucun mouvement sur la suite de cette affaire, jusqu’à ce que l’on sache à quoi s’en tenir sur l’effet des mesures quevous avez prises pour faire arrêter Bacharach, ce qui doit être notre principal objet.

Poussot au Même 25 octobre 1745

J’ai l’honneur de vous informer que sur ce que vous me fîtes l’honneur de me dire

hier au soir, qu’il convenait que la demoiselle Vidal vous rende compte chaque jour des démarches qu’elle fait pour découvrir Bacharach, ne pouvant aller moi-même lui communiquer vos ordres, j’y envoyai ma femme, à 9 heures du soir, la Vidal n’était point chez elle, elle arriva peu de temps après avec sa servante, qu’elle était allée chercher, et la dame Maréchal qui ne la quitte pas un instant. Aussitôt que ma femme lui eu t dit le sujet de sa mission, elle parut fort embarrassée, principalement lorsqu’elle lui dit que vous vouliez avoir la lettre de son amant que le rôtisseur avait reçue; elle s’en défendit, assurant qu’elle l’aurait aujourd’hui, et qu’elle me l’enverrait. Elle parait fort inquiète des suites de cette affaire ; elle soutient toujours qu’elle n’a jamais su ce que faisait Bacharach, et dit que plusieurs fois elle avait essayé de lui tirer son secret, qu’elle n’a jamais pu le savoir, et qu’il lui a différentes fois répondu quoi mourrait avec son secret, ou que son secret mourrait avec lui.

Elle a été hier chez M. de Bauffremont, et chez M. de Rose, elle a resté quatre grandes heures chez ce dernier, elle dit qu’elle est presque sûre qu’il sait où est Bacharach.
La dame Maréchal reconduisit ma femme jusqu’à son fiacre, et lui dit en fort peu de paroles et bas, parce que la servante de la Vidal n’était pas éloignée, que la Vidal se

déterminerait jamais à livrer Bacharach, qu’elle l’aimait extraordinairement, et qu’il n’y avait pas lieu d’espérer qu’elle fit rien directement contre lui. Elle ajouta que malgré cette difficulté, elle entrevoyait que sous quatre ou cinq jours elle sera en état, vu la confiance de la Vidal, qu’elle dit avoir entièrement gagnée, de donner des nouvelles certaines et même livrer Bacharach.

Ma femme est allée dîner dans une maison du faubourg Saint-Germain où on m’a dit que s’assemble toute la séquelle de Bacharach, elle saura le nom de ceux qui se trouvent à ces assemblées, et quelques circonstances de ce qui s’y passe.

28 octobre 1745

Il n’est plus douteux que la Vidal cherche à tromper, je l’ai vue ce matin, elle a eu le front de m’assurer qu’elle faisait son possible pour le découvrir et qu’elle était presque certaine qu’il était à l’Ile-Adam avec le valet de chambre du comte de la Marche, qu’elle dit être son plus grand ami. Pour mieux me donner le change, elle m’a demandé si M. de Marville ne lui fournirait pas une voiture pour aller à l’Ile- Adam en cas de besoin. Lorsqu’il a été question du Saint-Joseph, de la lettre de Bacharach qui lui a été remise par le rôtisseur de la rue Mazarine et de ses bijoux, elle m’a répondu qu’elle ne savait pas positivement où était Saint-Joseph, que d’ailleurs Bacharach devait à celui qui l’a, que ses bijoux étaient en gage ; que Dureau le savait bien. Quant à la lettre elle dit qu’elle n’a pas eu le temps de la retirer, qu’elle ira aujourd’hui chez le rôtisseur, et qu’elle me l’enverra. Elle m’a assuré, avec un ton très décidé, qu’elle découvrirait immanquablement Bacharach et qu’elle en donnerait avis sur-le-champ, mais a-t-elle ajouté, il faut que M. de Marville se donne patience, il est

trop pressé, on ne fait pas un ouvrage de cette nature en si peu de temps.
Elle m’a tenu ce langage avec un air, vu les circonstances où elle se trouve, que je suis aperçu dans le moment qu’elle me trompait. Je me suis déterminé sur-le-champ à trouver un moyen de parler en particulier à Mme Maréchal, je suis parvenu à les séparer pour une demi-heure, sans aucun risque ; voici ce que m’a dit la Maréchal : toutes les démarches qu’elles ont faites ensemble depuis hier ont été infructueuses, elles n’ont eu des nouvelles certaines de Bacharach que par l’entremise des Juifs qu’elles furent trouver hier matin dans ce qu’elles appellent la Juiverie, rue Saint- Martin, au-dessus de la rue Maubué ; l’un d’eux leur a donné rendez-vous, à huit heures du soir, dans la place des Victoires où il a été les prendre, et les a conduites près l’église des Récollets, faubourg Saint-Laurent. Environ une demi-heure après est arrivé Bacharach, il s’est retiré avec la Vidal à quelque distance du juif et de la dame Maréchal ; ils ont causé plus de deux heures et demie, seuls ; après ce temps, la dame Maréchal a été admise à leur conversation, ils lui ont confié qu’ils avaient envie d’écrire une lettre pour la substituer en place de celle que l’on demande à la Vidal, qui lui a été rendue par le rôtisseur ou par sa femme ; Bacharach est dans le dessein d’écrire pour sa justification à M. de Marville. Il est convenu que le jour que Breton, orfèvre, a été arrêté, il a sorti de la chambre qu’il occupait chez lui, qu’il s’est retiré rue Beaubourg vis-à-vis le cul-de-sac des Anglais, chez Benjamin, juif, commis au bureau des tabacs, qu’il avait resté chez Benjamin pendant trois jours, et que, le quatrième Benjamin lui-même l’avait conduit chez une allemande où il est actuellement. La dame Maréchal lui a proposé de lui donner une retraite plus sûre que celle où il est, s’il ne l’a pas acceptée, il ne l’a pas non plus absolument refusée.

Enfin les choses sont au point que la dame Maréchal m’a assuré en la quittant qu’elle répondait sur sa tête qu’elle le livrerait avant trois jours.

29 octobre 1745
Suivant ce que m’a dit la femme de Breton, Bacharach est intimement lié avec le marquis de Rose, elle dit que dans le temps que Bacharach était caché chez elle, le marquis envoyait tous les jours son laquais le voir et lui parler au travers d’un trou

qu’on avait pratiqué dans la muraille de la chambre.
La Vidal, malgré l’envie qu’elle a de persuader que Bacharach est innocent, m’a cependant dit que dans la conversation de quatre heure qu’elle eut le lendemain de son élargissement de la B., avec le marquis de Rose, il s’était échappé au point de dire qu’il lui avait quelquefois prêté son style, et aidé de ses écrits, il n’eut pas plus tôt lâché ce peu de paroles, qu’il s’aperçut qu’il en avait trop dit, et fit ce qu’il put dans la suite de la même conversation pour détruire ce qu’il venait d’avancer.
On sait qu’autrefois le marquis et Bacharach étaient amis intimes, ils ont eu ensemble quelque altercation, et sont demeurés quelque temps sans se voir et se sont réunis depuis environ deux mois.

Maurepas au Même Fontainebleau, 29 octobre 1745

Je suis fort aise que vous vous ayez enfin Bacharach, et que nous ayons son propre aveu, tout ce que vous avez fait à cette occasion ne put l’être mieux, j’en viens de rendre compte au Roi. Comme je n’ai point vu d’Argenson depuis votre lettre, je ne puis vous mander ce qu’il en pense, je m’en rapporte à ce que vous déciderez sur l’élargissement de ceux qui ne vous paraitront point dans l’affaire après des interrogatoires suffisants.

Argenson au Même Fontainebleau, 31 octobre 1745

Je vous envoie trois ordres du Roi : le premier, pour autoriser celui que vous avez donné pour faire conduire à la B. Hagée Lohn, Allemand ; le deuxième, pour l’en faire sortir ; et le troisième, pour lui enjoindre de se retirer sans retardement hors du royaume avec défense d’y rentrer sans la permission de S.M., à peine de punition. Vous donnerez, s’il vous plait, les ordres nécessaires pour leur exécution, et comme il parait par ce que vous m’avez écrit qu’il pourrait bien n’être pas porté à obéir, vous le ferez, s’il vous plait, accompagner jusque sur la frontière du Rhin par deux personnes sûres qui lui remettront l’ordre du Roi, et lui renouvelleront les défenses qui y sont portées.

Apostille de M. de Marville. – Ecrit à M. d’Argenson que je lui ai fait notifier les ordres du Roi, qu’i a fait sa soumission d’obéir, et que suivant ses intentions, il sera conduit sur le bord du Rhin.
Le 14 novembre 1745

Argenson au Même 29 novembre 1745

Je vous fais mon compliment sur la découverte de Bacharach, parce qu’en effet c’était une opération difficile, et qui vous a coûté bien des soins. Je suis bien aise que nous le tenions, et qu’on puisse éclaircir, par son moyen, le véritable motif de la lettre qu’il a écrite au roi d’Angleterre. Je suis assez porté à croire qu’elle n’avait en effet d’autre objet que de tirer les 500 louis qu’il demandait ; cependant il ne faut pas nous trop prévenir de cette opinion. La lettre est si positive, et les liaisons que cet homme a eues en Angleterre, où il a fait plusieurs voyages, sont si suspectes qu’elles vous fourniront bien de la matière pour le presser dans les interrogatoires que vous allez lui faire subir. Vous avez très bien fait de faire arrêter Fourniquet et vous tirerez de grandes lumières de ce que vous en apprendrez, ainsi que du laquais qui est à la B., pour faire couper Bacharach. En un mot vous savez mieux que moi ce qu’il faut faire pour éclaircir cette affaire autant qu’il est possible, et quand vous pourrez nous fournir un mémoire propre à instruire le prince Edouard des attentions qu’il doit prendre, sur ce qui l’entoure, et jusqu’à quel point il doit être en garde sur les projets qu’on pourrait former contre lui, je vous prierai de me le remettre, afin de lui faire passer les avis nécessaires. Je pense comme vous qu’il faut tenir parole à la Vidal, à Le Breton en faisant lever leurs gardes, et j’opinerais aussi volontiers à faire mettre la Villemette ne liberté. Comme vous en écrivez cependant à M. de Maurepas, je ne puis que m’en reporter à ce qu’il vous mandera à ce sujet.

Rapport
Au mois d’octobre 1745, un corsaire français s’est emparé d’un paquebot qui portait des lettres en Angleterre. Il est venu ensuite relâcher dans un port de France, et la malle dans laquelle les lettres étaient renfermées a été apportée à Paris où M. d’Argenson en a ordonné l’ouverture.
Dans ces lettres, il s’en est trouvé une écrite en hébreu, et adressée à un sieur Bacharach, à Londres, dans laquelle il y en avec une autre écrite en français, d’une écriture contrefaite et adressée au Roi de Grande-Bretagne. Il parait nécessaire de joindre à ce mémoire la copie de cette lettre ; cette lettre se trouve signée Johann Recquer, et on y marque qu’il faut faire passer la réponse sous cette adresse, chez la dame Vidal, rue des Deux-Ecus.

Le ministre instruit du contenu dans cette lettre n’a rien négligé pour tâcher d’en découvrir l’auteur, et il a adressé des ordres à M. de Marville lieutenant de police, pour qu’il s’en assurât.
Cette recherche était difficile, le nom de J. Recquer étant totalement supposé, le nom et la demeure de la Vidal étaient vrais, mais la Vidal soutenait ne point connaître de Recquer.
Elle a été arrêtée et conduite à la B., et par les différentes questions qui lui ont été faites elle est convenue qu’elle était en relation avec un nommé Bacharach, juif, qui avait un frère établi à Londres, qu’elle recevait quelquefois des lettres pour ce Bacharach, mais qu’on ne lui en avait jamais adressé sous le nom de Recquer.

Cette déclaration n’a plus laissé lieu de douter que Bacharach ne fût l’auteur de la lettre adressée au Roi de la Grande-Bretagne, et l’on a cherché à s’en assurer. On a arrêté son valet, qui de même que la Vidal a déclaré qu’il n’était point à Paris mais à Fontainebleau.

On l’a fait chercher à Fontainebleau inutilement, et il n’y avait point été, mais au bout de douze jours pendant lesquels il avait fait cinq demeures, il a été arrêté et conduit à la B.

Il a reconnu la lettre écrite au Roi de Grande-Bretagne et signée J. Recquer pour être de lui.
Il a aussi reconnu la lettre écrite en hébreu et adressée à Salomon Bacharach à Londres, pour être pareillement de lui et a déclaré que ce Bacharach était son frère.

Il parait encore nécessaire de joindre ici une copie de la traduction de cette lettre.
En même temps qu’il s’est déclaré l’auteur de deux lettres en question, il a dit qu’il avait réellement aucune habitude ni relations auprès du prince Edouard, que tout le contenu dans sa lettre au Roi de Grande-Bretagne était faux et inventé, que se trouvant dans une grande détresse, et ayant besoin d’argent pour se tirer de ses engagements de commerce qu’il avait contractés, et voyant la récompense que le Roi d’Angleterre promettait à celui qui s’assurerait de la personne du prince Edouard, il avait cru que sur sa simple exposition le Roi d’Angleterre pourrait lui envoyer les 500 louis qu’il demandait, que s’il les avait reçus il les aurait employés à payer ses dettes, et n’aurait point été en Angleterre, qu’il n’avait fait part de son projet à personne, et que conséquemment qui que ce soit n’entrait dans son complot, que son frère même n’en était point instruit, et que le voyage dont il lui parlait dans sa lettre était un voyage à Hall en Saxe, dans les états du Roi de Prusse, pour aller voir leur père qu’il y avait douze ans que son frère n’avait vu.

Que les 500 louis dont il était parlé dans cette même lettre, à l’occasion d’une lettre de change de pareille valeur qu’il attendait de Portugal, était une histoire inventée pour que son frère pût en amuser ses créanciers de Londres.

Du reste il s’est trouvé sur lui aucuns papiers qui puissent servir de renseignements, et quelques recherches que l’on ait faites jusqu’à présent, il n’a pas été possible d’acquérir de nouveaux éclaircissements.

Ce Bacharach a toujours soutenu n’a voir ni parents, ni relations auprès du prince Edouard et ne connaitre personne en Ecosse.

Il a 31 ou 33 ans, se mêle de commerce de joaillerie, a beaucoup voyagé depuis huit ans qu’il est venu en France ; il y a d’abord resté quatre ans, ensuite a été à Lisbonne, deux fois à Madrid, est retourné en Prusse, ensuite a été en Hollande et en Angleterre.

A fait trois voyages en Hollande et cinq à Londres, dont le dernier a été de dix mois, et il y a quatre ou cinq mois qu’il en est revenu. Il soutient n’avoir fait tous ces voyages que par rapport à son commerce, et n’avoir entretenu de relation en Hollande et en Angleterre qu’à cet égard. Du reste, il a de l’esprit, parait actif, et a la réputation d’être très fin et encore plus secret.

Le Chevalier de Belle-Isle a Marville*

Lundi, 13 décembre 1745
Le juif que vous avez demandé à mon frère est arrivé, je le dois voir demain matin ; j’ignore encore l’heure, mais sûrement ce sera avant midi. Je vous supplie de me faire savoir si vous voulez que je le fasse conduire chez vous, sans le prévenir de ce que vous en devez faire, et dans ce cas, si c’est à vous personnellement à qui il faut que je l’adresse, ou si c’est à quelqu’un de vos secrétaires.

Ayez agréable de me mander son nom. Je chargerai le juif d’une lettre qui ne contiendra que le porteur est l’homme en question. Je vous préviens qu’il sait très peu parler français, et, je crois, point du tout l’écrire, en sort que l’ouvrage auquel vous le destinez ne pourra être mis par lui qu’en Allemand. Je crois, que vous ne manquez point de traducteur en ce genre, et c’est seulement pour que vous fassiez vos arrangements en conséquence, que je vous en fais l’observation. Je me conformerai sur tout cela à ce que vous me manderez. Apostille de Marville. – Répondu, et prié le chevalier de Belle-Isle de m’envoyer son petit juif, demain mardi sur les dix heures du matin.

Le 14 décembre 1745
Le porteur de cette lettre est le petit juif en question, auquel mon frère a déjà dit qu’il le faisait venir ici pour faire quelques traductions ; je ne lui en ai pas dit davantage, voulant lui laisser apprendre le reste lorsqu’il sera plus à même de parler à personne, en cas qu’il en eût envie, ce que je ne crois pas. Je me suis borné à lui recommander d’exécuter tout ce que vous lui direz, et je joins ma recommandation à celle que mon frère vous fait dans la lettre ci-jointe, d’ordonner qu’on ait soin de lui et que cette corvée soit utile à un homme qui nous l’a été si fort, pendant notre prison de

Hanovre.
Jacob Lévi, juif de Metz, qui avait été mis il y a dix jours à la B., pour y faire un travail à l’occasion de l’affaire Bacharach, ayant exécuté ce qu’on lui demandait, je l’ai fait sortir du château, sous le bon plaisir de M. de Maurepas.
Apostille. – Bon pour la liberté, 26 décembre 1745.

Marville à d’Argenson. 19 mars 1746
Sur ce que vous me fîtes l’honneur de me marquer, de faire arrêter Hagée Lohn, étranger, qu’il était suspect, à Paris, je l’ai fait conduire à la B. Je vous ai fait part, dans le temps, de sa capture, en vous priant de m’adresser un ordre en forme de la même date, et je ne l’ai point reçu, quoique, j’aie reçu l’ordre pour sa liberté. Je vous supplie de vouloir bien en faire expédier un, et de me le faire passer.

* Chevalier de Belle-Isle, tué à l’attaque d’Exiles.

D’Argenson à Marville.

Versailles, 21 septembre 1746 M. Chambrier* me sollicite de la part du Roi de Prusse, pour faire sortir de la B. un juif prussien, nommé Lazare, qui a été arrêté pour mauvaises correspondances, je crois que cela veut dire pour espionnage ; si son élargissement ne convient pas, on n’insistera pas ; si cela se peut, je ferai savoir ces égards.

Rapport

On informera le Prétendant de l’aventure et M. le duc de Fitz-James, et enfin Bacharach est resté depuis à la B., les ministres ayant jugé qu’il était bon d’y retenir un pareil aventurier tant que la guerre durerait.
A présent que voici la paix avec l’Angleterre, on remet sous les yeux de M. d’Argenson les motifs de la détention de Bacharach, afin qu’il décide de son sort. Apostille. – Bon. La liberté et l’exil hors du royaume. 5 janvier 1749.

Gault, femme de Vidal, se faisant appeler la demoiselle Salaville depuis qu’elle est entrée chanteuse à l’Opéra. Cette femme a été arrêtée de l’ordre du Roi, et conduite à la B., au mois d’octobre 1745 pour l’affaire Bacharach....
Cette demoiselle était sa maîtresse, elle était jeune et jolie, et femme de Vidal, employé dans les vivres, à la recommandation de M. le Prince de Conti.

Il faut observer que Bacharach n’avait point fait part à la demoiselle Vidal de son projet, et qu’il lui avait caché d’avoir indiqué son adresse.
A l’inspection d’un pareil complot, M. d’Argenson et M. de Maurepas envoyèrent des ordres à M. le lieutenant de police pour s’assurer de la Vidal, de Bacharach et du prétendu Recquer.

Il était question de les avoir tous trois en même temps, parce que l’un arrêté, pas les deux autres, on craignait de ne pouvoir en attraper qu’un seul.
Après bien des manœuvres, on ne put arrêter Bacharach qu’en gagnant la Vidal, sa maîtresse, car pour Recquer c’était un nom en l’air.

Il fut conduit à la B., avec ses papiers, la Vidal fut arrêté de même, et n’y resta qu’environ un mois, et après que Bacharach eut subi tous les interrogatoires.
L’affaire instruite, on reconnut que Bacharach était un menteur, que la proposition qu’il avait fait au Roi d’Angleterre, était une fable, et une pure fiction, qu’il n’avait nuls moyens de mette à exécution, et que son but avait été uniquement de tirer de l’argent au Roi d’Angleterre, espérant au moins d’avoir par provisions quelques à- compte, ce qui aurait peut-être pu arriver si les lettres n’avaient pas été prises avec le paquebot.

Les ministres informèrent le Prétendant et M. le duc de Fitz-Jame** de l’aventure. Bacharach a resté à la B. jusqu’à la paix et, en est sorti au mois de janvier 1749 avec un exil hors du royaume, et Mlle Vidal eut 50 louis de récompense pour ses peines et soins.* Le baron La Chambre était ministre plénipotentiaire du Roi de Prusse, et demeurait rue du Bac.
** Charles de Fitz-James, né le 14 novembre 1712.