(ynet)
Alors que les soldats armés sont déployés pour sécuriser les synagogues de France, les membres de la communauté juive du pays disent que ça ne suffit pas.
« Il y a des zones de Paris où vous ne pouvez pas montrer que vous êtes Juif. Si vous entrez dans le métro avec une kippa, vous aurez des problèmes ».
Aux alentours de la synagogue de rue de la Tournelle à Paris, il n’y a pas moins de sept soldats armés. Même dispositif militaire à la synagogue de la place des Vosges afin de sécuriser une Bar-Mitsva.
Les jeunes Juifs que nous avons rencontrés en dehors de la synagogue racontent qu’au début des prières, il n’y avait pas moins de 20 soldats armés à l'extérieur.
C’est la même situation dans les écoles juives.
Il y a un vrai point d'interrogation qui pèse sur l'avenir de l'importante communauté juive de France, au nombre d'environ un demi-million, à cause de la montée de l'islam radical dans le pays ainsi qu’à cause des attaques terroristes ayant déjà tuées de nombreux Français juifs.
Les jeunes juifs de France rencontrent un problème complexe: Ils sont de plus en plus prudents sur l'affichage de leur identité juive car ils craignent des incidents antisémites et des attaques terroristes.
Certains pensent que l'immigration vers Israël ou les États-Unis est la solution. D'autres croient que ce serait faire le jeu des terroristes.
Force est de constater que les chiffres de l’alyah françaises sont en augmentation, même si les chiffres annoncés en début d'année se sont démentis à l'approche des vacances , selon le ministère de l'intégration 1986 olims sont arrivés depuis le début de l'année.
Beaucoup de touristes décideront de rester sur place et viendront grossir ce chiffre comme chaque année.
Le nombre de jeunes participants au projet "Massa Israël Journey", qui permet aux jeunes Juifs du monde entier de passer plusieurs mois en Israël afin de mieux s’intégrer la société israélienne, a bondi de 77%, tandis que le nombre de participants aux différents séminaires sur l’Alyah a augmenté lui de 110%.
On estime que près de 2.500 olim français devraient arriver en Israël entre Juillet et Août. Un record pour ce que l’on appelle déjà « l’été de Alyah".
Le directeur général de Masa, Liran Avisar Ben Horin, a déclaré que :
« Au cours de la dernière année, nous avons assisté à une augmentation spectaculaire du nombre de jeunes français participant à Masa. Ce sont des chiffres que nous n’avions jamais connu. Il est évident que de plus en plus de jeunes juifs se posent des questions sur leur avenir et décident de tenter l'expérience d'une année de vie en Israël. Il ne fait aucun doute que les attaques antisémites à Toulouse et le supermarché Hyper Cacher ont sapé la stabilité de la communauté juif française. De plus en plus de jeunes explorent des solutions de rechange. Israël est en concurrence avec de nombreux autres pays qui veulent des jeunes esprits brillants et talentueux. Massa affine constamment les expériences et les programmes qu'il offre aux jeunes Juifs qui envisagent d'émigrer d’Europe ».
Solal Sabah, 21 ans, étudiant juif qui vit à Paris, a déclaré à Ynet qu’il n’y a plus que quelques zones à Paris où il se sent en sécurité. Il décrit ces zones comme des «bulles». Mais il existe de nombreux endroits où il est déconseillé de se promener avec une kippa sur la tête.
Pour lui : « Il y a des zones à Paris et dans sa banlieue, où vous ne pouvez pas montrer que vous êtes Juif. Si vous entrez dans le métro avec une kippa, vous aurez des problèmes. Cela a toujours été comme ça pour nous. Pas pour nos parents ».
Yaakov Ben-Saïd 25 ans, juif Parisien travaille dans la gestion d’un hôtel, affirme que les zones où vous pouvez encore se promener avec une kippa sont de plus en plus rares.
« Je suis en désaccord avec le terme « bulle »- en fait, il s’agit d’une « mini-bulle. À 500 mètres de l'endroit où nous nous trouvons en ce moment, nous ne pourrions pas nous promener avec une kippa…. Je ne dois dire à personne que je suis juif ».
Nathan Sabah, 23 ans, entrepreneur high-tech, dit que de cacher son judaïsme ne signifie pas seulement de ne pas porter les symboles juifs, mais c’est aussi être obligé de cacher sa solidarité avec Israël.
« Quand il y a la guerre, comme l'été dernier, vous ne pouvez pas dire que vous êtes contre les Palestiniens ou pro-israélien dans les rues ». « Vous ne pouvez pas expliquer à quelqu'un pourquoi Israël doit faire ce qu'il fait et pourquoi les gens meurent à la guerre. Si vous commencez à expliquer quelque chose et ils vous accusent d’être pro-Israël et vous interdise de parler! Que ce soit dans le métro, sur une place ou dans un café avec beaucoup de personnes. On vous fait taire immédiatement » !
Sabah ajoute que les attaques terroristes de Toulouse et Paris ont été un tournant pour les juifs de France :
« La situation était toujours difficile, et maintenant nous le voyons tous les jours. Les choses ont changé : Toulouse, Hyper Cacher, Charlie Hebdo ! Que ferons-nous dans un an si quelque chose comme ce qui est arrivé à Hyper Cacher se reproduisait? Certains de mes amis disent que quand ils vont à un supermarché casher pour acheter quelque chose et qu’ils voient quelqu’un qui leur parait suspect, ils font demi-tour. Aujourd’hui, de nombreux Juifs ont peur d'aller dans des endroits casher ».
Selon les jeunes juifs rencontrés à l'extérieur de la synagogue, la communauté juive de France est divisée quant à la solution. Beaucoup ont des amis qui ont quitté la France et ont décidé de faire leur Alyah. Mais eux, ne sont pas sûrs que ce soit la bonne solution.
« Ces personnes disent qu'ils ont peur et qu’il faut s’en aller», dit Yaakov.
«Elles pensent que la France ne fait rien et qu’il est difficile d'être un Juif en France. Je comprends qu’elles ne se sentent pas bien en France, mais je suis persuadé que la solution est de rester ici. Nous ne devons pas quitter Paris, nous devons nous promener partout avec une kippa et montrer que nous sommes là. Nous ne devons pas permettre à ceux qui ne veulent pas de nous ici de gagner. Si nous voulons combattre, alors nous ne pouvons pas avoir peur de sortir avec une kippa et montrer que nous sommes Juifs »
Yaakov Ben-Saïd veut rester en France, mais il ne cache pas le fait qu'il se prépare également au pire :
« Je n’ai pas de bons pressentiments à propos de notre avenir ici. J’espère le mieux, mais je ne sais pas. Nous devons rester, mais en même temps, nous devons nous préparer pour le jour où nous devrons nous enfuir ! Voilà ce que je fais, je vis ma vie quotidienne, mais je me prépare également à partir. Voilà pourquoi les gens achètent des appartements en Israël ».
Ce qui irrite les jeunes Juifs Français, est que leurs compatriotes ne comprennent pas la situation dans laquelle ils se trouvent :
« Ils sont touchés par ce qui est arrivé à Charlie Hebdo, mais pas pour ce qui est arrivé à l’Hyper Cacher», explique Sabah.
Ils ne disent pas que l’attentat de l’Hyper Cacher était antisémite et contre les Juifs et parlent de cet attentat comme un événement de beaucoup moins grande importance ».
Yaakov est fataliste est ajoute :
« Ils ne nous comprennent pas. Ils ne sont pas familiers avec l'histoire d'Israël, ni avec l'histoire du peuple juif. Ils voient les images de la guerre avec les Palestiniens de Gaza et ne vont pas plus profondément s’intéresser à ce sujet. Ils ont besoin d'en apprendre davantage sur le conflit. Des amis français qui pensaient superficiellement à ce conflit se sont rendus en Israël et sont revenus après seulement cinq jours en pensant différemment. A leur retour, ils voulaient être juifs et sont revenus avec une kippa sur la tête ».
La jeunesse Française juive affirme que, malgré la grande amélioration des dispositifs de sécurité autour des institutions juives, les autorités françaises ne savent pas vraiment comment faire face à ces menaces.
Alors qu’en Israël, vous vous sentez protégés. Vous savez que, si quelque chose se passe, la police et le Magen David Adom arriveront rapidement.
L'attaque de l’Hyper Cacher a duré cinq heures et personne ne savait quoi faire.
Les jeunes juifs Français rencontrés ont souligné que l'Alyah n’est pas un processus simple.
Ils disent que, après avoir enquêté, ls ont découvert qu'il y a des diplômes et certificats professionnels Français, non reconnus en Israël à moins de faire toutes sortes de programmes ou de stages, ce qui compromet grandement leur avenir économique.
Solal Ben-Saïd déclare que:
« Il est très difficile de trouver un bon emploi et de vraiment s’intégrer dans la société israélienne. Des amis à moi qui ont fait Alyah n’ont jamais trouvé du travail en Israël ». « Pourtant, la plupart des immigrants Français ont de bons diplômes et pourraient trouver de meilleurs emplois en France. Mais ils sont prêts à réduire leur niveau de vie afin de vivre à Tel-Aviv ou dans une autre ville israélienne.
Même ceux qui ont fait leur Alyah, n’ont pas entièrement quitté la France. Ils viennent passer quelques mois chaque année, puis, il y en a certains qui finissent par rentrer en France pour de bon.
Solal fini son cet interview par cette phrase :
« Il est trop tôt pour dire si les immigrants qui sont arrivés en Israël à la suite des récentes attaques reviendront ou non, nous devrons attendre un an ou deux pour le savoir».
David BRISSET.