Bernard Zanzouri

Spécialiste de l’éducation informelle. Ancien directeur du mouvement de jeunesse Tikvatenou, formateur de centaines d’animateurs de la communauté juive de France, je suis également un des fondateurs du Centre national des étudiants francophones à Jérusalem. Conférencier spécialisé en pédagogie de l’adolescent, je suis un des experts de la commission culture juive de la fondation pour la mémoire de la Shoah. Depuis deux ans, je travaille sur un projet de résolution de conflits intergénérationnels – la méthode A.D.O

Les articles de Bernard Zanzouri

Alyado: Éduquer, c'est voir tout en grand par Bernard Zanzouri



Lors de ma dernière tournée de conférences en France, une responsable d'une école juive m'a posé la question suivante: comment expliquer à nos enfants ce qui se passe quand des actes antisémites sont perpétrés? Comment les rassurer, leur donner envie de continuer à vivre leur vie quotidienne avec fierté et motivation?


Je lui ai proposé immédiatement de m'inviter dans son école pour parler aux élèves et, ainsi, montrer aux enseignants les options pédagogiques qu'on peut mettre à leur disposition, eux qui ont le bonheur et le mérite de guider nos enfants tout au long de la semaine.
Sa réponse m'a pris de court:"ah non, ça ne va pas être possible. Si vous voyiez comme notre programme est chargé"...


Les maths. La physique. Le fils qui sera médecin. Les priorités clairement définies d'une communauté qui, même meurtrie, refuse de changer ses habitudes. Ou ses petits rêves.
Éduquer, ce n'est pas remplir les week-end de nos enfants de devoirs.


Ou faire de la réussite scolaire l'unique phare de l'adolescent. Et encore moins le faire bosser comme un fou en poussant le stress au paroxysme. Sa richesse ne viendra pas, demain, uniquement de son bulletin de salaire.


Il faut qu'il s'implique dans des mouvements de jeunesse: il y apprendra la responsabilité, la rhétorique, l'esprit d'équipe et surtout à moins focaliser sur son ego. Qu'il fasse du krav maga aussi pour cesser de trembler comme une feuille à chaque insulte qu'on ne manquera pas de lui jeter à la figure.


Qu'il participe à des conférences, pour apprendre à affûter son argumentaire. À des cours pour se remplir de connaissances juives pour qu'il comprenne d'où il vient et où il va. Qu'il s'inscrive à un oulpan pour garder toutes les options ouvertes pour son futur.


Et, en Israël,qu'il arrête d'arpenter le kikar à Nethanya comme s'il avait découvert l'Amérique. On apprend à aimer ce pays en s'y promenant. En y rencontrant des gens qui sont des pages d'histoires sur deux jambes.


L'histoire du courage. De l'abnégation. De l'amour du prochain.
Éduquer son enfant, c'est faire tout pour en faire un type bien, un juif fier de ce qu'il est. Un être qui rend sa famille heureuse et le monde autour de lui meilleur.


Ça me rappelle qu'une dame m'a appelé dernièrement, en me demandant comment faire pour que son fils fasse sa alya tout en évitant l'armée.


C'est simple en fait, pour ça il faut monter en Australie.


Ici, c'est un pays qui se bat. Et qui mérite qu'on se batte pour lui.
Et qu'on y vienne pour vivre une histoire d'amour impossible à mettre dans des mots.

Alya, avec un grand A par Bernard Zanzouri



Vous l'avez tous remarqué bien sûr, mais il est temps de consacrer à ce phénomène, tout de même assez marginal, quelques lignes amusées.


Je veux parler de la façon d'orthographier le mot Alya.


Et si vous pensez que ce n'est pas un problème, amusez-vous à googeliser ( comment écrire googeliser?) le terme, et vous allez vous rendre compte que même les grands organismes traitant du phénomène du retour en Israël au quotidien, n'arrivent même pas à accorder leurs violons sur la façon d'ordonner ces quelques lettres.


D'aucuns mettront un h à la fin d'alya. D'autres un i à la place du y mais sans h. Certains ne peuvent l'envisager sans dire "a-li-yah", en insistant par écrit sur ce que l'oral sous-entend: un i et un y à la suite. Peut-être bien. Mais avec un h à la fin ou non?


À vous, amis lecteurs, la question semble triviale et sans intérêt. Mais pour moi qui avais mis vingt ans, après mille atermoiements, pour adopter définitivement le choix de l'association AMI, savez-vous dans combien de journaux ou magazines pour lesquels j'ai écrit, j'ai retrouvé en final un h à la fin ou un i au milieu de ma prose?


Et tout cela sans parler de la version à deux l, qui prend de l'avance sur l'avion qui vous conduira en terre sainte. En résumé, traumatisme de taille, à chacun de mes articles concernant l'immigration vers Israël ( j'aime bien ce terme, ça repose), j'ai sans cesse l'impression d'entendre le rire moqueurs d'amis linguistes en filigrane.


Et c'est pourquoi, à défaut de prétendre mettre un jour fin à la polémique, je veux soumettre aujourd'hui une proposition à tous les sites internet du monde qui pense que le sujet est au goût du jour; l'alya est une telle révolution dans notre vie, un tel souffle qui nous porte contre tant de vents et tellement de marées, qu'il faut impérativement, dans tous les cas de figure et en toute circonstance, écrire ce petit mot, deux mille ans attendu, avec un grand A.
Un très grand A.

Alyahstory: Le poids du mot "monter" par Bernard Zanzouri



En retouchant cette semaine le plan de mon bouquin sur les adolescents, je me suis rendu compte, une fois de plus, de l'impact des mots et autres verbes employés au quotidien sur la coloration définitive de nos trames éducatives. Plus simplement, ma façon de parler à mon enfant représente non seulement un contenu pédagogique précis - amplifié par l'impact de ma diction et par le débit de mon propos - mais donne aussi à ces jeunes une direction et des points de repère cardinaux qui éclairent leur avenir.


Le monde a été créé par des paroles, ne l'oublions pas. L'intérieur de l'enfant, c'est le petit secret du jour, se construit mot à mot. Vedibarta bam, nous ordonne le Chema Israël, "tu parleras en eux".


Lors de ma tournée en France la semaine dernière, un ado me confiait que ses parents et lui même "partiraient" en Israël en juillet prochain.
J'ai sursauté. Le verbe était erroné. On part en Australie ou on émigre aux États-Unis si bon nous semble.


Et sur le pont d'Avignon, on y danse.


Mais Israël c'est différent: Israël on y monte.


L'alya n'est pas une émigration. Pas un simple retour à la maison non plus. Pas seulement la dernière phrase du Seder, celle qui nous remplit de fierté. Pas uniquement le lekh lekha, cette seule façon "d'aller à la rencontre de nous même".


L'alya est une montée. Une véritable élévation. Un passage dans une dimension autre. Une mutation.


La véritable justification de l'alya et plus encore pour nos enfants, c'est de leur expliquer que monter en Israël est un mérite. Une récompense. Le prix Nobel de ta vie de juif. Pour celui qui ne comprend pas ça, celui qui "part" en Israël ou pire, qui "fuit" vers Israël, cette dimension restera à jamais cachée.


Faire l'armée deviendra "une galère",
trouver du boulot sera un "cauchemar", chercher une bonne école pour ses ados se changera en "parcours du combattant"; le tout sur un fond de conflit israélo-arabe violent qui vous fera trembler.


Mais quand on entame sa montée, le passage à l'étage, au niveau au dessus, on inverse aussi le sens de son regard. Ce qu'on regardait de bas en haut et qui semblait immense, insurmontable, on va le voir désormais depuis le haut vers le bas. Une vue d'ensemble qui va nous permettre de distinguer, en parallèle de notre construction personnelle, le chantier enfin renouvelé de notre identité nationale.
Et c'est un plaisir quotidien.


Dans lequel la pluie est une bénédiction. Une nouvelle route, le miracle du retour d'Israël.
Et le sourire de notre enfant, la victoire de la lumière sur l'obscurité.

L'Alya de France et les élections par Bernard Zanzouri



Les prochaines élections du 17 Mars en Israël, qui n'étaient ni désirées ni désirables, vont amener comme à l'accoutumé leur flot d'alliances, de slogans détonants et le pointage publique de tous les responsables - et coupables -concernant tous les sujets possibles et imaginables; bref, le folklore moyen-oriental à la sauce mère juive. "Il faut que tout change" diront les affiches, mais, probablement, rien ne changera vraiment.


Pourtant quelque chose doit obligatoirement changer. Une donne qui ne regarde pas Obama, ni Daesh, ni même Abou Mazen mais, beaucoup plus proche de nous, cette vague d'alya de France sans précédent et qui, malgré les beaux discours et les bonnes intentions, reste sans parrain officiel.


Or, sans protecteur puissant, chef de parti ou de gouvernement qui prendrait véritablement l'intégration des juifs de France en Israël très au sérieux, ce tournant historique restera un acte manqué de l'histoire de notre beau pays.


Mettre des moyens - très limités d'ailleurs - dans l'encouragement à l'alya alors qu'il manque de places dans les écoles à l'arrivée en Eretz est une gageure.
Avancer dans la reconnaissance des diplômes c'est très bien, mais que fait-on avec les non-diplomés. Et les non-fortunés?


Ne faudrait-il pas un plan spécial d'urgence? Une adaptation des budgets à l'ampleur des problèmes? Une union sacrée de toutes les associations et bonnes volontés concernées avec la machine administrative pour une efficacité décuplée?


Je passe personnellement de ville en ville en Israël pour mes conférences concernant les ados et je ne vois que des personnes très sionistes, très courageuses, pleines d'emouna et d'envie. Mais des personnes très seules aussi face aux problématiques. Les associations font ce qu'elles peuvent, mais sont-elles vraiment soutenues?


La vérité est que l'alya de France a toujours été le parent pauvre de l'alya. Pas dans ses dimensions statistiques, loin de là. Mais dans l'intérêt qu'on lui a porté.
Aussi j'attends personnellement de tous les partis pour ces trois prochains mois non pas des promesses, de belles photos avec des olim qui agitent un drapeau, ou des déclarations à faire verser des larmes à des crocodiles.


Mais un véritable changement dans les têtes, dans les approches, dans la compréhension de l'histoire. Kibboutz Galouyot, le rassemblement des exilés n'est pas un slogan électoral. Ce n'est plus un rêve non plus. C'est une réalité concrète aujourd'hui, qu'il faut assumer et étreindre avec un amour infini.