Yadin Gelman : De soldat blessé le 7 octobre à star du cinéma israélien avec Amy Schumer

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Yadin Gelman : De soldat blessé le 7 octobre à star du cinéma israélien avec Amy Schumer

Yadin Gelman : entre guerre, amour, cinéma et résilience — le témoignage d’un homme entier

Dans le podcast « Spill It » animé par Lilach Markovich, l’acteur et réserviste israélien Yadin Gelman se livre avec sincérité. Grièvement blessé le 7 octobre 2023 lors d’un affrontement à Berri, il raconte sa reconstruction physique, son cheminement personnel, son coming out, son histoire d’amour avec la journaliste Adva Dadon, la naissance de leur fils, et son incursion dans le cinéma avec Amy Schumer. Un récit à la croisée du drame et de la lumière.

Une vie qui bascule un 7 octobre

Yadin Gelman n’a jamais oublié ce moment. Ce matin d’octobre 2023, il est en opération avec son unité de réserve dans le sud d’Israël lorsque tout bascule. Une balle perce sa poitrine, sectionne des nerfs et laisse son bras gauche inerte. Il pense alors avoir perdu sa main. « Mon bras gauche était ouvert du coude à la poitrine, je ne le voyais plus, je ne le sentais plus. Dans ma tête, il avait disparu. »

Durant 55 longues minutes, allongé au sol sous le feu ennemi, il lutte pour rester conscient. « L’hystérie est la pire chose dans ces moments-là. Je me forçais à respirer calmement, mais je perdais du sang, ma vision se troublait. »

Transporté en urgence à l’hôpital Soroka après deux interventions de fortune sur le terrain, Yadin Gelman a survécu de justesse à ses blessures. Mais celui qui l’accompagnait ce jour-là, le capitaine David Meir, a été tué par balles lors de l’attaque.

Et pourtant, ce n’était pas lui qui devait initialement être en mission avec Gelman. Le binôme prévu était Yarden Adam, frère de la journaliste Maayan Adam. Mais le matin même, Yarden a appris l’assassinat de sa sœur, Mefal Adam, par les terroristes du Hamas. Bouleversé, il décide de rester auprès de sa famille. Cette absence imprévue l’a probablement sauvé.

« Je ressens au plus profond de moi que Mefal, en mourant, a sauvé la vie de Yarden », a confié Maayan Adam à Gelman lors de son émission.

Entre Dieu et le théâtre : un homme en mouvement

Élevé à Baka, un quartier religieux de Jérusalem, dans une famille sioniste religieuse, Gelman connaît une jeunesse pieuse. Mais à vingt ans, pendant son service militaire, la foi chancelle. « Pendant deux ans, j’ai vécu des hauts et des bas. Je restais religieux par peur, jusqu’au jour où j’ai allumé mon téléphone un samedi, levé les yeux – et rien ne s’est passé. J’étais sûr d’être foudroyé. »

Aujourd’hui, il se définit comme laïc. « Je suis croyant ? Je ne sais pas. Ça change tout le temps. Je me confronte aux questions que beaucoup fuient. »

Sa famille accepte cette mue. « Au début, c’était délicat. Aujourd’hui, ils veulent juste qu’on soit tous réunis. »

Une relation sous les projecteurs, mais à l’abri du regard

Adva Dadon, journaliste respectée, est aujourd’hui sa fiancée. Ensemble, ils ont un fils, Yonatan Lavie, né il y a dix mois. Leur relation, médiatisée malgré eux, n’a pas été exposée dès le début. « On voulait être sûrs. Sortir puis rompre, c’est une perte d’énergie pour tous. »

— Qui voulait garder le secret ?

« Elle. Elle est journaliste, très discrète, et a un enfant d’un précédent mariage. »

— Vous pensiez que cette relation allait booster votre carrière ?

« Oui, bien sûr. »

— Elle ne se sent pas éclipsée ?

« Elle a encore des ambitions. Mais ce n’est pas une compétition. Elle m’aide énormément, surtout dans l’écriture. C’est une plume exceptionnelle. »

Le couple tente de garder une frontière entre sphère privée et vie publique. « On a partagé la grossesse, pas la bague. On cherche un équilibre, qu’on rate parfois. »

Une naissance dévoilée trop tôt dans les médias a été un coup dur. « J’ai demandé qu’on n’en parle pas. Puis l’information a fuité dans l’agence. J’ai reçu un message de vous, trop tard. J’ai été blessé. Moi, c’est noir ou blanc. Je donne ma confiance à fond… et après, elle est perdue. »

Un mariage en suspens

— Vous êtes fiancé, père… et toujours pas marié ?

« C’est prévu. Mais c’est très difficile d’organiser un mariage en temps de guerre. Il y a des otages, une atmosphère déconnectée. On veut attendre le bon moment. »

Une blessure, mais pas de héros

Le mot « héros », Gelman le rejette. « Je suis venu et j’ai fait ce pour quoi on m’a entraîné. Rien de plus. »

Il rend hommage à David Meir, tombé à ses côtés. « Il était tout mon contraire, et pourtant, on s’est battus ensemble. C’est ça, Israël : des gens aux idées opposées qui s’unissent. »

Depuis, il a subi de multiples opérations. « En janvier, ils m’ont greffé un os de la jambe à l’épaule à cause d’une infection. Mon bras gauche est toujours insensible. Mais j’ai encore ma main. C’est un miracle. »

L’art comme refuge

À la fin de son service militaire, Gelman s’oriente vers le théâtre. « Mon commandant pensait que je signerais pour sept ans de plus. Mais j’ai découvert un autre monde. »

Très vite, il décroche son premier rôle grâce à un coup de chance. « Esther Kling m’a vu dans la cour de l’école. Le lendemain, j’avais une audition. »

Mais son retour à l’école après le tournage est glacial. « Je suis revenu après deux mois d’absence. Aucun mot. Juste du silence. » Il évoque une école de théâtre impitoyable, sans soutien psychologique, où chacun est en compétition, exposé, vulnérable.

Amy Schumer, Instagram et un projet inattendu

Aujourd’hui, Gelman travaille avec le réalisateur Eliran Peled sur le film Now More Than Ever, une comédie romantique inspirée de sa vie. « On ne voulait pas d’un film de guerre. Plutôt une histoire d’amour. »

C’est Amy Schumer elle-même qui l’a contacté après avoir aimé un de ses posts Instagram. « Elle m’a répondu cinq minutes après mon message. Depuis, elle participe à la production et au scénario. »

— Elle n’a pas eu peur ?

« Peut-être aujourd’hui, vu les critiques. Mais elle est fière d’être juive. Elle s’exprime beaucoup sur les ravisseurs. Elle a sauté sur l’occasion. »

Et demain ?

— À quel moment vous direz-vous : j’ai réussi ?

« Jamais. Je veux écrire mes rôles, les produire. Et plus tard, réaliser. Mais pour l’instant, je continue. »

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