Pourquoi ne vous suicidez-vous pas ? Demandait le psychiatre Viktor Frankl

Actualités, Alyah Story, Antisémitisme/Racisme, Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
Pourquoi ne vous suicidez-vous pas ? demandait le psychiatre Viktor Frankl

« Pourquoi ne vous suicidez-vous pas ? » demandait parfois le psychiatre Viktor Frankl (1905-1997) à ses patients déprimés. Brutale, cette méthode thérapeutique touche pourtant à l’essentiel : dans la réponse à cette question, en effet, se trouvent les raisons de vivre de l’âme en peine.

Frankl, il faut le dire, n’était pas un psychiatre ordinaire. Juif viennois, il s’oppose rapidement aux nazis, dans les années 1930, en refusant d’euthanasier les malades mentaux.

En 1942, sa famille et lui sont déportés dans des camps de concentration.

Son père, sa mère, son frère et sa femme n’en reviendront jamais.

En 1946, Frankl publie Découvrir un sens à sa vie, le bouleversant récit de son expérience concentrationnaire. Le témoignage s’apparente au classique Si c’est un homme, que l’Italien Primo Levi publiera l’année suivante.

Frankl met de côté tout sensationnalisme et ne se penche pas sur les « atrocités nazies » les plus spectaculaires, mais plutôt sur les « petits tourments infligés, jour après jour, à des êtres humains ».

Il ne veut pas raconter la vie des détenus héroïques, mais celle des prisonniers ordinaires, dans le but, précise-t-il dans l’édition de 1984, de « montrer que la vie a toujours un sens, même dans les circonstances les plus pénibles ». Un tel témoignage, croit-il, pourra « aider les gens portés au désespoir ».

Découvrir un sens à sa vie s’est vendu à des millions d’exemplaires dans le monde depuis 75 ans. Même s’il est souvent cité dans les ouvrages consacrés à l’univers concentrationnaire, Frankl, note Jacques Dufresne dans L’Agora, « n’a eu qu’un rayonnement limité dans le monde francophone ».

Il faut donc se réjouir de la réédition, aux Éditions de l’Homme, de son œuvre maîtresse et de la première édition en français de Oui à la vie. Découvrir un sens à l’existence malgré les souffrances, un recueil de conférences données par le psychiatre en 1946, neuf mois après sa libération.

Frankl, qui soignait des suicidaires avant la guerre, connaissait Freud et s’intéressait à ses travaux sur les névroses.

Toutefois, comme l’explique Gordon W. Allport, professeur de psychologie à Harvard, dans sa préface au livre de Frankl en 1959, là où Freud voit l’origine des névroses « dans l’angoisse consécutive à des désirs inconscients et contradictoires », Frankl la situe plutôt dans « l’incapacité de trouver un sens à sa vie et de se sentir responsable ».

L’approche thérapeutique développée par Frankl s’appelle la logothérapie et « se penche tant sur la raison de vivre de la personne que sur ses efforts pour en découvrir une ».

Elle s’inspire notamment d’une idée de Nietzsche selon laquelle « celui qui a un “pourquoi” qui lui tient lieu de but, de finalité, peut vivre avec n’importe quel “comment” ».

Quand on le transfère à Auschwitz en 1944, Frankl cache sur lui le manuscrit du livre dans lequel ildéveloppe ses idées sur la logothérapie. Ce précieux document lui sera évidemment retiré. « Mon désir profond de le récrire, note Frankl, m’a aidé à survivre aux rigueurs des camps où j’ai été interné. »

Les quelques livres de référence en psychologie que j’ai consultés ne disent rien de la logothérapie.

L’approche m’apparaît pourtant extrêmement riche, particulièrement à notre époque de fragilité psychique. « Moins rétrospective et moins introspective » que la psychanalyse, la logothérapie, explique Frankl, « s’intéresse plutôt à l’avenir, c’est-à-dire à la signification que le client peut lui donner ».

Au cours de l’histoire, l’humain a perdu deux choses qui dictaient ses comportements : la plupart de ses instincts fondamentaux et, ensuite, les traditions. L’humain contemporain doit donc assumer la responsabilité de faire des choix, de trouver le sens de sa vie.

Souvent, il n’y arrive pas et sombre dans l’ennui, dans un « vide existentiel » menant à la dépression, à l’agressivité, à la toxicomanie et à des crises liées à la retraite et au vieillissement.

Pour surmonter ces obstacles, la logothérapie propose un décentrement du soi, une quête de sens dirigée vers l’extérieur par trois voies principales : l’action, « à travers une œuvre ou une bonne action » ; la contemplation, ou l’expérience de la spiritualité, de la vérité et de la bonté par le contact avec la nature, la culture ou l’amour d’un être ; et la souffrance, non pas recherchée, mais vécue avec sens et dignité.

Frankl insiste : l’humain n’est pas déterminé par les circonstances dans lesquelles il se trouve et peut toujours « choisir ce qu’il deviendra — moralement et spirituellement ». « L’acte d’exister, continue-t-il, n’est rien de plus que de répondre à la vie et d’assumer sa responsabilité à son égard. »

C’est ce que cet humaniste, opposé à toute forme d’euthanasie, appelait l’optimisme tragique. En sommes-nous encore capables ?

Vous cherchez à communiquer efficacement sur vos services ?
Communiquez sur Alliancefr.com, le premier magazine juif sur le net 
Plus qu’un magazine, Alliance est une plateforme à destination de la communauté juive francophone concernée par Israël et le monde juif
Son ADN  : offrir  une information dans tous les domaines sur Israël 
Contactez-nouspour découvrir la formule de communication qui vous convient.
tel : 01 70 00 75 75

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi