L'euthanasie, l'Allemagne et les Juifs

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L'Allemagne contre l'euthanasie comme dans le judaïsme

L'euthanasie, l'Allemagne et les Juifs

Le suicide assisté, réclamé par une majorité d'Européens de l'ouest selon les sondages, entre peu à peu dans les moeurs et les pays légifèrent les uns après les autres. Les barrières religieuses sont déjà tombées en Belgique, en Suisse ou dans certains Etats scandinaves. En France, la loi de mars dernier a renforcé la possibilité de recourir à une forme d'euthanasie en cas de maladie incurable au stade terminal.

Mais un pays résiste à cette évolution : l'Allemagne. Les députés du Bundestag (chambre basse du Parlement de Berlin) viennent de refuser la moindre entorse à la tradition chrétienne, qui interdit purement et simplement le suicide assisté.

Cette attitude conservatrice a pour origine le souvenir douloureux de l'euthanasie que les nazis ont pratiquée à grande échelle, notamment à l'encontre des malades mentaux et invalides.
Au total, 200 000 pensionnaires d'hôpitaux psychiatriques ou handicapés physiques ont péri prématurément, du fait d'une politique meurtrière délibérée.

En outre, la laïcité n'existe pas en Allemagne et le poids des églises y est plus fort qu'ailleurs sur le continent.

La communauté juive a également usé de son pouvoir d'influence et de sa position morale particulière dans le paysage médiatique pour réclamer cette interdiction drastique.

Josef Schuster, qui préside le Conseil central des Juifs d'Allemagne (équivalent du CRIF français), a déclaré qu'il était soulagé par la décision du Bundestag intervenue en cette mi-novembre « après un long et sérieux débat, parfois chargé en émotions lourdes ».

Josef Schuster est lui-même médecin et membre éminent du comité d'éthique de la très officielle Association allemande de la santé.

Selon lui, il faut tout faire pour « améliorer les soins palliatifs en tant qu'alternative crédible au suicide assisté ».

De son côté, le grand rabbinat a élevé la voix pour rappeler que le judaïsme condamne l'euthanasie.

En France, la loi de mars 2015, jugée pourtant timorée par les plus progressistes, a d'ailleurs été désapprouvée par les responsables du culte israélite.

Mais il faut souligner que la tradition talmudique est plus nuancée sur le sujet que les deux autres religions monothéistes. En principe, le précepte semble clair. Dans le traité Avot, rabbi Elazar Hakapar énonce cette sentence qui fait autorité : « C’est malgré toi que tu es créé, malgré toi que tu vis, malgré toi que tu meurs… et malgré toi que tu viendras à rendre des comptes devant le roi des rois, béni soit-il ».

Donner la mort sciemment et activement constitue, dans la loi juive, l’un des interdits suprêmes. Le fait qu’il s’agisse de sa propre vie ou de celle d’autrui n’a aucune incidence en la matière. Au surplus, la Torah considère que tuer son prochain, c'est en quelque sorte se tuer soi-même.

Néanmoins, le Talmud rapporte plusieurs récits de suicides jugés pardonnables et qui n'empêchent nullement l'entrée dans l'« olam haba », le monde futur.

La tolérance pour le passage à l'acte quand la souffrance est insupportable est très nette lorsque cette souffrance risque de provoquer la perte du sens de la vie et, dans la foulée, le reniement de la foi et de la confiance en Dieu. Une appréciation évidemment subjective. En dépit du tabou biblique, une porte est donc ouverte pour un médecin souhaitant abréger les douleurs incurables de son patient.

Pour le moment, le rabbinat orthodoxe, majoritaire en Allemagne comme en France, reste inflexible et refuse toute avancée législative. Les Juifs libéraux et réformés américains sont beaucoup plus ouverts. Le débat a donc le mérite d'exister et existait déjà à l'époque lointaine où la loi orale a été consignée dans le Talmud, ce qui n'est pas le cas dans la tradition chrétienne.

 

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