Le secret caché dans des fragments « vierges » des manuscrits de la mer Morte

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Le secret caché dans des fragments « vierges » des manuscrits de la mer Morte

Le secret caché dans des fragments « vierges » des manuscrits de la mer Morte

Pendant près de soixante-dix ans, quatre morceaux de parchemin ont dormi dans des boîtes à Manchester, catalogués comme vierges, jugés trop insignifiants pour intéresser qui que ce soit. Une simple loupe, un œil averti et une technologie d'imagerie de pointe ont suffi à faire mentir cette étiquette : ces fragments des manuscrits de la mer Morte portent bien du texte, resté invisible depuis l'Antiquité.

Des rebuts de laboratoire devenus trésor national

L'histoire commence dans les années 1950, en pleine effervescence des fouilles de Qumrân.
Le gouvernement jordanien remet alors une série de petits fragments de parchemin à Ronald Reed, spécialiste du cuir à l'université de Leeds, afin qu'il en étudie la composition physique et chimique.
Ces morceaux sont considérés comme idéaux pour ce type de tests précisément parce qu'ils sont vierges, donc sans valeur documentaire. Reed et son étudiant John Poole les étudient, les publient dans ce cadre technique, puis les rangent. Personne n'y prête plus attention pendant des décennies.

En 1997, la collection Reed rejoint l'université de Manchester, à l'initiative de George Brooke, professeur de critique biblique et d'exégèse à la bibliothèque John Rylands. Les fragments restent alors soigneusement conservés dans les boîtes originales de Reed, presque intouchés.

Une lettre aperçue à la loupe, et un doute qui ne lâche pas

Le tournant survient lorsque la professeure Joan Taylor, du King's College de Londres, examine ces fragments dans le cadre d'une étude financée par la fondation Leverhulme, menée avec Marcello Fidanzio, de la faculté de théologie de Lugano, et Dennis Mizzi, de l'université de Malte. En observant une pièce à la loupe, elle croit distinguer une lettre minuscule et effacée : un lamed, le « L » de l'alphabet hébreu.

Le doute persiste. Ces fragments étaient censés être vierges, certains avaient même été découpés pour des analyses du cuir. Mais l'hypothèse ne quitte pas la chercheuse, qui décide de photographier systématiquement, en imagerie multispectrale, tous les fragments de plus d'un centimètre qui paraissent vides à l'œil nu.

Cinquante et un fragments passés au crible, quatre livrent leur texte

Cinquante et un fragments sont ainsi photographiés recto verso. Six d'entre eux retiennent l'attention pour un examen approfondi. Au terme de l'analyse, quatre révèlent un texte lisible en hébreu ou en araméen, tracé à l'encre à base de carbone. D'autres morceaux, sans texte complet, laissent apparaître des lignes de réglure ou de minuscules vestiges de lettres.

Le fragment le plus riche conserve les restes de quatre lignes de texte, entre quinze et seize lettres, la plupart partiellement effacées. Mais un mot se détache nettement : « Shabbat ». Ce passage pourrait être lié au livre biblique d'Ézéchiel, dans son chapitre 46. Un autre morceau correspond au bord d'une section de rouleau, avec un fil de couture encore visible, près duquel se lisent les premières lettres de deux lignes de texte.

« Des pièces de puzzle retrouvées sous un canapé »

La professeure Taylor résume l'émotion de la découverte avec une image restée célèbre depuis : « des pièces de puzzle retrouvées sous un canapé ». Peu de lettres subsistent sur chaque fragment, mais chacune complète un peu plus le tableau que les chercheurs tentent de reconstituer depuis des décennies.

Pour l'université de Manchester, l'enjeu dépasse la seule curiosité scientifique. Cette authentification fait de la bibliothèque John Rylands la seule institution du Royaume-Uni à détenir des fragments textuels authentifiés des manuscrits de la mer Morte, dans un contexte où plusieurs affaires de faux ont récemment secoué ce champ d'études. Ici, aucune ambiguïté sur la provenance : toutes ces pièces proviennent des fouilles officielles menées dans les grottes de Qumrân, sans être jamais passées par le marché des antiquités.

Un gardien unique du patrimoine judéo-chrétien

La bibliothèque John Rylands se voit ainsi confirmée dans son rôle de conservatoire majeur des textes judéo-chrétiens, aux côtés de ses fonds déjà considérables. L'équipe de recherche poursuit ses investigations sur ces fragments, en lien avec la bibliothèque et le professeur Brooke, dans le cadre d'un projet plus large consacré aux vestiges de Qumrân conservés à Manchester. Les résultats détaillés doivent faire l'objet d'un rapport à paraître.

De ces bouts de parchemin longtemps relégués au rang de matériel de laboratoire ressurgit ainsi un fragment de mémoire vieux de deux mille ans, preuve que même ce qui paraît vide peut encore avoir quelque chose à dire.

Source : University of Manchester, Dead Sea Scroll fragments thought to be blank reveal text

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