L'alyah comme sur des roulettes : à quoi rêvent les enfants d'Israël ?

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à quoi rêvent les enfants d'Israël ?

N'avez-vous jamais rêvé de vous rendre à l'aéroport et prendre le premier vol
qui s'offre à vous ?

Pour le goût de la découverte, au nom de la liberté, histoire de reprendre son souffle, de se sentir de nouveau vivant, et seul ; seul face à ce choix, seulement celui de partir pour mieux s'apprivoiser.

S'apprivoiser.

Parce que l'on passe notre existence à chercher à apprivoiser l'autre.  À apprendre le vivre ensemble, la résilience, à comprendre et respecter cet autre si différent de soi.
À force de nous adapter à une société, un mode vie, de se fondre dans le moule de la famille, du rôle qu'on nous a et qu'on s'attribue, on risque de se louper.

Est-ce grave ? En sommes-nous affectés ? Pourquoi rechercher un inconnu incertain et peut-être dérangeant ? Pourquoi vouloir être trop curieux en poussant les portes qui conduisent inéluctablement à des horizons trop lointains, un soi inexploré, en sommeil qui demeure au garde à vous.

A-t-on besoin de partir loin pour s'explorer, se rencontrer, s'apprivoiser ?

Sur cette petite île qu'est Israël, les enfants rêvent, fantasment le monde, étouffent presque.

Mais pourquoi ?

Dans ce pays qu'on dit être celui des enfants, on finit par ouvrir les yeux un jour, à prendre le temps de lire les paragraphes en petits caractères de cet acte de mariage qu'on a scellé avec la Terre.
Le jour de l'Alyah, on est si heureux et les yeux remplis d'espoir que l'on ne lit pas jusqu'au bout ; oui, ça pourrait ressembler à une ketouba : la Terre prend possession de nous et elle a le droit de nous rejeter un jour en nous offrant un Guet amer.
Alors, on s'accroche, et on se bat. On ne voudrait pas être rejeté, qui le voudrait ?! On veut être à la hauteur de notre Alliance, accomplir la mitsva de vivre sur la Terre Promise.

Nos tout-petits sont propulsés Reines et Rois dès le berceau. Mais que faire de tant de pouvoir dans un nouveau monde si complexe ? La régence s'organise, insidieuse.

Sans crier gare, un beau matin, on leur retire leur couronne flamboyante. Voilà venu enfin le temps d'apprendre certaines petites choses, de marcher au pas où presque. Personne ne les y a préparé. Et il faut s'adapter dans la précipitation.

Et si ça ne va pas assez vite, voilà qu'on leur tend le bonbon miracle, la Ritaline, qui va leur clouer le bec gentiment, les faire asseoir, les faire devenir élève en un claquement de doigts. C'est magique. Pourquoi s'en priverait-on ? 

Alors si votre enfant, en plus d'être bouleversé par le passage de la royale maternelle à la "sérieuse" école primaire, vient de faire l'Alyah, vous pouvez être sûrs que directrices et maîtresses se précipiteront pour vous convoquer et vous recommanderont quelques goûtes de ce breuvage enchanteur. A croire que c'est en vente libre ici.

Si vous refusez, ils vont traqueront tout au long de l'année pour réclamer le diagnostic d'un pédo-psychiatre spécialisé dans les troubles de l'attention (ce qui est très logique et pratique quand votre enfant ne parle pas encore couramment la langue, n'est-ce pas ?).

Ne vous laissez pas impressionner. Faites appellent à la personne responsable du Département de l'Alyah et de l'Intégration de votre ville. Il existe quand même quelques lois qui protègent les petits immigrants. Pour les enfants nés ici, priez, priez pour que votre enfant s'adapte au plus vite au nouvel ordre. Il s'adaptera, et on vous dira alors combien il est merveilleux en tout point. Tenez bon face à la pression Ritaline. 

Le géocentrisme est le repère absolu. Israël est le centre du monde, Israël se suffit à lui-même. On apprend son Nord, son Sud, son Est et son Ouest entre ses frontières étroites.

Le reste du monde, sa géographie et son histoire sont les pièces quasi-manquantes du puzzle éducatif (de mon point de vue européen). Voilà comment, me semble-t-il, es enfants se mettent à fantasmer d'explorations lointaines, et vous parlent de voyages comme les légendes des anciens mondes qu'on pouvait se raconter le soir venu.

Ils rêvent déjà d'ailleurs, comme tout prisonniers. Mais les connaissances sont sur le sujet partielles, voire, inexistantes. Formatés, formés, préparés, sélectionnés dès l'école, les voilà mûres pour leur mission, Tsahal.

Et la douche est froide pour certains tandis que le temps se fait long ou si enrichissant pour d'autres. Et le retour n'est pas toujours au rendez-vous pour une poignées d'entre eux à qui on réserve en remerciement et excuses des louanges presque nationales.

Et ils voudront fuir ensuite ce pays à qui ils ont tout donné. Comment pourrait-on leur reprocher ? Se sentent-ils trahis pour certains, reconnaissants et glorieux pour d'autres, ou encore brisés et handicapés ? Mais, c'est dans un élan de liberté, qu'ils déploient, à l'unisson, leurs ailes vers d'autres rivages.

Voir ce monde qu'ils connaissent si peu et qu'ils espèrent meilleur. Petits, on leur a dit qu'ils étaient les rois du monde. Ça en faisait des royautés muselées par km2.

Maintenant, ils reprennent leur couronne volées, arrachées.

De bonne grâce, elle leur est accordée. Allez donc voir le monde et revenez-nous bientôt, peu importe dans quel état vous reviendrez. Vous serez appelés si nécessaires. Vous êtes à jamais les soldats d'Israël. Et on se surprend à être émues. Quelle fierté et quelle revanche sur l'Histoire. 

L'Alyah, quel que soit l'âge auquel on la fait, n'est pas une immigration classique. On revient chez nous. Mais, c'est un chez nous que l'on ne connaît pas véritablement (croyez-moi, toutes vos vacances en Erets ne vous donneront jamais un avant-goût de votre Alyah. On bascule dans une autre dimension, voilà tout, pour le meilleur et le pire et encore le meilleur rassurez-vous).

Avec des frères et sœurs qui nous ressemblent pas et qui ne nous attendent pas en fin de compte.

Dès que l'on envisage le grand départ, on se branche sur l'onde de l'émotionnel sur-tendu, et personne ne sait si l'on retrouvera la raison un jour. Tout devient superlatif. On doit y croire. Alors on met le paquet.

A la moindre contrariété, la plus petite ou grande épreuve, on culpabilise, on se remet en cause. Pas question d'échouer. Pas question de partir. Et on oscille entre ceux qui n'osent à peine se plaindre de la chaleur tant ils redoutent le courroux divin et ceux qui déversent en continu leur ressentiment. On avance à l'aveugle en essayant d'esquiver les coups, et cheminer sur notre droit chemin.

La (L)lumière est la première de nos rencontres. Elle est unique, omniprésente et salvatrice. On réalise qu'on ne pourra jamais plus vivre sans elle.

Puis, c'est le sentiment de liberté qui nous envahit. On relâche une pression qui nous collait jusqu'ici comme une seconde peau venimeuse.
On est étourdis, secoués mais confiants. Tout semble enfin possible.
Nous voilà libres d'être nous-mêmes et de nous épanouir en tant que tel. On doit y croire et on y croit. La (L)lumière est là pour nous donner la vitalité, la force, et on remercie déjà pour ce cadeau inestimable.

Mais nos paupières sont à demi-closes. On ne peut encore la regarder de face, les yeux grands ouverts, dès le premier jour. Ils se décillent peu à peu. On comprend le langage verbal et corporel, l'état d'esprit, l'éducation.

On perçoit la souffrance derrière laquelle ils expriment un racisme de principe. Il ont payé cher leur droit à naître ici et à y grandir, survivre.

Ce n'est pas les petits derniers arrivés qui pourront leur faire des leçons de vie et de croyance. Ils n'ont pas le temps de s'arrêter à la nurserie des nouveaux immigrants. La machine de l'Alyah tient encore debout et ça suffira. "De toutes façons, il faudra bien qu'ils se la prennent la petite secousse", pensent-ils sans doute trop fort. Le plus tôt serait le mieux. 

Quand on se met à parler d'Israël, on devient poète-dramaturge, avocat-politicien, spécialiste en géopolitique, archéologue, érudit en Torah, procureur acerbe, et peut-être même, tout ça à la fois ; et ce, le temps d'une seule et même discussion. Des génies serions-nous devenus, semble-t-il.

Tant qu'il s'agit de nous, les seuls adultes, on peut encaisser les bouleversements du changement de vie, une réalité qui finit par frapper de plein fouet un beau matin. Même si le réveil peut être brutal, il demeure encaissable.

Mais quand il s'agit de vos enfants, les nôtres, ceux-là même que l'on a conduit ici pour un avenir meilleur, vous pouvez vous retrouver rapidement au tapis. Eux ne se plaindront pas, pas trop. De temps en temps, ils exprimeront leur vie d'avant tout au plus. Mais qu'en est-il de nous ? Nous, les responsables ? On prie alors qu'on a fait le meilleur des choix pour eux. Raison pour laquelle, je crois bien qu'il est plus simple d'être profondément croyant quand on fait son Alyah.

C'est un match de boxe que vous disputez. Vous savez que vous avez très peu de temps pour vous relever avant d'être déclaré K.O.. On apprend vite à esquiver les coups, mais on a peu d'endurance. Il ne faut pas s'essouffler.

Et la (L)lumière nous donne ce qu'il nous faut de nécessaire pour tenir encore debout.

L'éducation est le pilier branlant de l'édifice. On ne parvient pas au début à croire. Non, l'erreur doit venir de nous, forcément. On n'est pas suffisamment intégrés, voilà tout.

Le temps fera son affaire. Bientôt. On apprend le mode d'expression. On apprend à pleurer et crier en public. On apprend à s'imposer, à ne pas laisser le choix, "point en barre" comme dirait mon fils.

 

On est tantôt fatigués tantôt en pleine forme olympienne. Mais, nous autres européens n'avons pas été programmés sur cette fréquence. On vient déjà d'avoir supprimé l'un de nos deux jours de congés.
Le rythme nous bouscule dans notre physiologie même.
Le corps et l'esprit tentent de successives re-programmations.
On se dit bien, que l'une d'entre d'elles fonctionnera un jour. On y met toute notre volonté. Parce qu'on ne veut plus de notre vie d'avant, même si on regrette souvent la facilité qu'elle nous procurait. On se demande si on veut vraiment de la nouvelle. Parfois, on ne sait plus. Ça arrive. Le plus souvent, on est mues pour une force invisible que j'appelle à titre personnel (M)miracles, petits et puis grands.

Dans la débâcle, je me raidis dès que j'entends l'un de mes enfants me parler de leur avenir, qu'ils envisagent ailleurs de nos frontières. Pourquoi cette lubie ? Partir, fuir ? On vient à peine d'arriver. Nous sommes venus pour vous.

Ou étaient-ils notre prétexte ? Aucun de mes enfants ne voit l'avenir ici.

Et ils s'inquiètent de savoir où l'on demeurera en Erets, si on viendra vivre avec eux ou leur rendre de simples visites. "Tu sais maman, je ne pourrai pas faire un restaurant casher Lé Méhadrin dans mon hôtel à Skopelos. Mais tu pourras y manger du poisson à volonté" s'organise déjà ma fille. Elle doit tout prévoir pour que ça devienne réalité.

On continue sans certitude aucune. Notre seul allié demeure notre bitakhon - assurance- et l'acceptation de bien vouloir poursuivre tant que la (L)lumière nous donnera l'énergie pour.
On ne sait pas si on aime ce que l'on est devenu, mais on aime l'idée d'essayer de devenir meilleur.
Si on est masochistes ?
Ah vous croyez ?
Sans doute que vue de l'extérieur ça ressemble à une histoire de fous.
Mais, je veux essayer d'être cette folle.
Besserot Tovot mes chéri(e)s d'🧡 et gardez toujours sur vous votre passeport, qui sait si l'envie de partir, à l'improviste de vous prendrez pas ? Oui, oui, la crise sanitaire finira bien par se taire un jour, souhaitons-le prochain. 
Partir pour mieux revenir, mues par cet ADN du Juif Errant. On ne sédentarise pas si vite le Peuple de la Diaspora.
Mélanie Oz

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