La plaidoirie au procès des attentats de janvier 2015 de Maître Axel Metzker

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La plaidoirie au procès des attentats de janvier 2015 de Maître Axel Metzker

MA PLAIDOIRIE AU PROCÈS DES ATTENTATS DE JANVIER 2015

« Il est impossible de plaider quoi que ce soit. On pourra plaider, photographier, interviewer, filmer ou dessiner. Mais plaider des mots les uns après les autres comme des perles sur un fil, en s’imaginant qu’on obtiendra un ravissant bijou est vain.

Se croire capable de partager cette expérience avec les autres est une entreprise perdue d’avance. On ne transmet pas une désagrégation. On ne raconte pas un délitement.

Il faudrait plaider des mots nouveaux pour écrire la biographie de chaque parcelle de chair qui fut retirée de leurs corps. Et autant de plaidoiries pour toutes les miettes de viande découpée par des milliers de fourmis qui emportèrent sur leur dos un bout de leurs tripes et de leurs vies.

Chaque phrase plaidée sera une fausse victoire car il faudra en plaider des milliers d’autres, qui jamais ne suffiront à esquisser le portrait de l’abîme.

A quoi bon plaider, écrire ou dessiner. Nos efforts s’effondreront en direction du néant.

L’instant où il faudra reposer la parole sera cruel car il sonnera la fin de l’illusion. Celle d’espérer échapper à la solitude profonde de la victime.

On aimerait n’avoir jamais joué à ce jeu dangereux où l’on imaginait triompher du silence.

Le sortilège de la plaidoirie ou du dessin commence à l’instant où avance le crayon vers la feuille, la parole vers le micro, et il ne s’achèvera que lorsque la totalité prendra fin.

Même épuisé, on a envie de tout détruire.

Autour de soi la multitude s’arroge le droit de défaillir, de fuir, de gémir, de réclamer, de conspuer ou de diffamer.

Les pleurnichards me dégoutent, les geignards me révoltent, les nombrilistes me révulsent. Chaque microbe se croit le centre d’un monde qui n’a jamais existé.

Sans demander notre avis, ils se sont positionnés au milieu de tout et, par la même, ont expulsé les autres vers le dehors.

En se retirant, la sauvagerie a laissé place à la vulgarité. Elle fut l’autre violence infligée à leurs personnes. La vulgarité s’est assise à la table des disparus et les a souillés de sa laideur.

Il n’est pas possible de décrire la fureur qu’elle a fait bouillonner en moi sans être traversé des pieds à la tête par le désir d’écraser ceux qui ont sali le journal CHARLIE HEBDO.

Car ils avaient jeté pendant 23 ans la totalité de leur Energie, comme des buches dans une chaudière chauffée à blanc, jamais rassasiée toujours prête à exploser.

Jusqu’à ce mois de janvier 2015, où elle atteint son point d’incandescence ultime.

Il n’est pas sûr qu’il faille permettre à tous d’écouter ses paroles.

Peut-être certains en souffriront-ils. Mais il faut pourtant les plaider, pour la satisfaction d’au moins un seul.

La plaidoirie est un égoïsme dont le seul but est la délivrance de celui qui s’y prête.

Les autres peuvent pleurer.

Ils seront convoqués au détour des phrases, comme des fous et des cavaliers sur un échiquier où ils ne gagneront rien.

La vérité fera encore saigner ceux qui croyaient que tout était fini. Car cela ne finira jamais.

Terrorisme, fanatisme religieux, intolérance primitive.

Nos tourments personnels auraient dû avoir l’élégance de s’effacer derrière la nécessité impérieuse de lutter pour des valeurs communes.

Mais l’obscénité de notre époque, l’égocentrisme infantile érigé en valeur moderne d’épanouissement ont libéré des flots de narcissisme victimaire aussi déplacé que morbide.

Seules la charité et la compassion nous ont été autorisées. Il ne fallait pas se révolter, ne pas désigner de responsables, ni tendre le doigt en direction des lâches et des coupables présumés.

Et encore moins dénoncer le prosélytisme de croyances archaïques, de concepts réactionnaires, afin de ne pas heurter ceux qui les pratiquent, et veulent les propager pour se sentir moins seuls, enfermés qu’ils sont dans leur pensée moyenâgeuse et totalitaire.

Tout cela fut déjà écrit, et il ne sert à rien de radoter.

La violence. Elle n’a pas disparu. On l’a supportée. On l’a encaissé. On l’a absorbée. TAPIE dans nos entrailles, elle attend le moment d’en sortir.

Comme un volcan endormi pendant des millénaires, un jour elle explosera de nouveau à la face du monde. Ou peut être jamais. Ceux qui croient qu’elle est dernière nous n’ont pas compris qu’elle est maintenant à l’intérieur de nous.

Il n’y aura pas de reconstruction.

Ce qui n’existe plus ne reviendra jamais.

RISS, « Une minute 49 secondes », paru en 2016.

LA NARRATION

La parole des victimes est pour nous la priorité. La Justice est faite avant tout pour les victimes. Leur parole a été protégée.

Le devoir de mémoire s’impose à jamais et leurs mémoires nous obligent.

Mais la lecture du livre de RISS m’a convaincu que le mot victime est peut-être inadéquat. Il préfère le mot innocent à celui de victime.

Pour Riss, le mot « victime » « est un faux ami qui ne vous aide pas mais au contraire vous met la tête sous l’eau et vous noie »[1].

« Innocent », j’étais innocent. Pas victime.

« Innocents », nous l’étions tous. Nous n’avions rien fait pour mériter d’être fusillés. »

Riss déclare que le mot INNOCENT délimite deux mondes impossibles à mélanger. Celui des coupables et celui des non coupables.

Innocent est le mot qui nous protègerait des amalgames que tentent les confrères dans les prétoires, quand ils prétendent que les assassins qu’ils défendent sont autant « victimes » des injustices de la société que ceux qu’ils ont massacré gratuitement.

« Victime » est un mot qui permet à l’infamie de mettre les innocents dans la même cellule que celle des coupables.

Innocent et rien d’autre…

J’hésitai…moi-même entre les deux mots victimes ou innocents ?

Mes clients étaient ils des victimes ou des innocents ?

Convaincu par Riss, j’ai donc modifié ma plaidoirie en ce Sens.
On parlera de « la parole des innocents ».

CABU
Les victimes, enfin « les innocents » font partie de nos vies depuis plus de 5 ans, d’autres font parties de nos vies depuis notre enfance.

Avant d’évoquer mes clients, j’évoquerai la mémoire de quelques innocents partis trop tôt.

Le 7 janvier 2015, quand j’ai entendu le nom de CABU dans la liste des victimes (innocents), j’ai ressenti une immense tristesse, un pincement au cœur, comme si je venais de perdre un membre de ma famille, un bout de mes souvenirs d’enfance, l’effacement ou la perte d’un film de vacances.

CABU était notre « Madeleine » de Proust.

Ses milliers de dessins ont traversés nos vies à chacun. A chaque époque, il en fabriquait.

CABU était l’historien de nos sourires, de nos rires et de nos révoltes d’enfants, d’adolescents et d’adultes.

A chaque dessin, on ne pouvait que sourire ou mieux comprendre le Monde dans lequel on vit.

Cabu a eu une très belle vie.

Quand on consacre sa vie à faire rire ou sourire ses contemporains, on ne mérite que le Paradis.

La France venait de perdre l’un de ses plus grands dessinateurs ayant consacré sa vie à la réussite d’un journal CHARLIE HEBDO.

CHARLIE HEBDO

Tout d’abord, je souhaite un joyeux anniversaire à CHARLIE HEBDO.

JOYEUX ANNIVERSAIRE CHARLIE HEBDO.
50 ans de dessins, de débats et de polémiques,
50 ans de lutte contre la connerie humaine,
50 ans de bêtises contre les bobos, les réac, les beaufs, les intolérants, les frustrés, les sauvages
50 ans de lutte contre le politiquement correct.
CHARLIE HEBDO c’était la provocation, l’art de vivre à la française, le droit au blasphème.

CHARLIE HEBDO C’était mon enfance dans laquelle j’ai grandi avec mon tendre Professeur CHORON qui avait disparu quelques années plus tôt…en 2005 (10 ans avant)

Le 7 janvier, on a ainsi décimé les compagnons de route du Professeur CHORON et la Relève.

On a tué pour la première fois de l’histoire « des éclats de rire. »

Heureusement que les rescapés se sont relevés et je suis fier de montrer cet exemplaire TOUT EST PARDONNE.

Ce journal TOUT EST PARDONNE est la preuve de la Relève et de la résurrection.

Ce dessin DE LUZ réalisé quelques jours après la tuerie était l’espoir donné à une nouvelle Relève d’entrer en piste pour le meilleur et pour le Rire.

Je ne serai jamais autant reconnaissant à RISS d’avoir pu poursuivre ce combat au nom de tous les siens mais aussi au nom de tous les nôtres.

Depuis 50 ans, malgré la censure, et toutes ses lâchetés, CHARLIE HEBDO est devenu un symbole 

LIBERTE EGALITE FRATERNITE DISAIT CHARLIE. Telle est notre devise à JAMAIS.

CHARLIE HEBDO a toujours pu renaitre de ses cendres et faire résurrection

Dans 1000 ans, CHARLIE HEBDO sera encore là.

LES GUIGNOLS DE L’INFO

Mais attention, la liberté d’expression a subi d’autres coups en France, plus sournois…récemment...

J’en profite pour dénoncer la disparition des Guignols de l’info le 22 juin 2018, autre forme de provocation à la française qui a disparu de la télévision, sans la moindre polémique en donnant raison à ceux qui combattent la liberté d’expression (les djihadistes) et qui ne supportent pas la caricature (les politiques) et qui manquent profondément d’humour. (Quelques milliardaires patrons de chaine, les djihadistes et certains politiques)

Il est vrai que « tuer des marionnettes » est moins grave que tuer des hommes et des femmes.

Il n’empêche force est de constater que nos libertés reculent.

Force est de constater que notre société de droits régresse, face au terrorisme, aux pandémies, à l’intolérance.Nos Libertés reculent. L’intolérance progresse. On ne supporte plus autrui.

Dessiner est devenu suspect. Aller à la Messe devient dangereux. Dire qu’on est juif, est source d’inquiétude pour celui qui le dit et pour celui qui l’entend. Enseigner la liberté d’expression à des enfants peut entrainer la décapitation. Enseigner à des enfants ou à des adultes, l’histoire de la shoah est une provocation.

Notre Droit est faible face à eux

Un juge d’application des peines a libéré COULIBALY, KOUACHI, BENYETTOU, POLAT.

L’Archange de la révolution, SAINT JUST  DISAIT : PAS DE LIBERTE POUR LES ENNEMIS DE LA LIBERTE

Les Droits de l’Homme exigent une nouvelle politique. Il faut nous adapter à cette nouvelle menace. L’avenir du genre humain en dépend.

SAINT JUST a également déclaré : "Chez les peuples vraiment libres, les femmes sont libres et adorées."

Antoine de Saint-Just - 1767-1794 - L'esprit de la Révolution Cette très jolie phrase de Saint JUST est une déclaration d’amour à toutes les femmes.

Or, les terroristes se vantent « de ne pas tuer les femmes ».

Tout le monde aura compris le gros mensonge, la publicité mensongère, la turpitude, l’esprit de malice de celui qui prononce une telle phrase après avoir tué ELSA KAYAT. En effet une seule femme est morte dans la rédaction de CHARLIE.

Je dis bien une seule femme. Or, les terroristes, ces voyous, ses djihadistes, ses fous d’Allah, ses sordides personnages ont osé se « vanter de ne pas tuer les femmes » juste après l’avoir assassiné avec une kalachnikov.

Pourquoi le proclamer alors qu’ils ont tué ELSA ? Cette question est pour nous fondamentale.

Qui était ELSA KHAYAT ? Un célèbre psychiatre…certes.

Une femme juive sépharade qui recevait des menaces de mort et des invectives antijuives à la suite de son article sur la SHOAH. Une sépharade qui s’intéressait à un drame ashkénaze. Quel courage.

Mais pour CHERIF KOUACHI c’était avant tout une JUIVE. En réalité, ses assassins affirment ne pas tuer les femmes sauf les femmes juives.

COCO
CHERIF KOUACHI savait qui il assassinait. Ils avaient identifié toute la rédaction.

Pour preuve, juste avant la tuerie, en bas de l’immeuble, les terroristes ont identifié COCO, cette sublime femme, dessinatrice qui a vécu un calvaire.

Son chemin de croix est dans tous nos esprits. Son témoignage nous a transformé en statue de sel.

Survivre à un calvaire, est un combat héroïque. Survivre à un calvaire c’est pire que disparaître. Je souhaite rendre ainsi hommage vibrant au courage de COCO. Elle est inscrite dans le livre des Justes et des vivants.

L’ange Clarissa
A l’instant présent, je pense à tous les disparus : Fréderic, Franck, CABU, ELSA, CHARB, HONORE, Oncle  BERNARD, Mustapha, Michel, TIGNOUS, Georges et AHMED.
J’ai une tendresse particulière pour la princesse CLARISSA, l’ange des abîmes qui s’est envolé pour rejoindre les cieux.Nous le savons, cette princesse a protégé à jamais tous nos petits frères et toutes nos petites sœurs de l’école juive YAACOV, l’école juive de Montrouge.

J’évoquerai Philippe et François Michel sans oublier mes autres petits frères que je porte dans mon cœur : YOHAN et YOAV.

Ainsi, je plaiderai aussi Au nom de tous les miens.

Source Blog media part Maître Axel Metzker

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